I COMME ITALIE – Idroscalo di Ostia.

Punta Sacra. Francesca Mazzoleni, Italie, 2020, 98 minutes.

Idroscalo, un quartier situé à l’embouchure du Tibre, tout près de Rome, entre le fleuve et la mer. Au milieu de l’eau donc. Une eau partout présente, surtout quand il pleut. Un petit quartier, mais si riche en histoires et en personnages surprenants – et inoubliables.

Un quartier populaire qui fait l’objet de bien des convoitises et des spéculations. Un port de plaisance a été construit à proximité. Une bonne partie des maisons ont été détruites. Celles qui restent n’entendent pas subir le même sort. Résistance et mobilisation. Les natifs du coin n’envisagent en aucun cas de pouvoir vivre ailleurs.

Le film s’attache plus particulièrement à une femme, figue incontestable du quartier, Franca, et à sa famille. Surtout ses petites filles, des adolescentes plaines de joie de vivre, dont nous suivons les jeux, mais aussi les moments de pause dans le flot incessant de la vie, des moments de réflexion, d’échange entre amies, pour se tourner sur son passé mais surtout se projeter, un tant soit peu, dans l’avenir.

A ce portrait familial s’ajoute un portrait de toute une communauté, dont la vie humble mais truculente a fait la joie de bien des cinéastes et de tant de cinéphiles. Une communauté de comédie italienne, filmée avec tous les ingrédients du genre. Et ce n’est pas triste. Même si le dramatique affleure plus souvent qu’on ne le souhaiterait

Et on en redemande. Ces grandes réunions familiales – et amicales- où tout le monde parle à la fois, et où les discussions animées finissent presque toujours en dispute. Mais on parle aussi de façon sérieuse de problèmes sérieux. L’avenir du quartier et la façon de se défendre contre les requins des finances à l’affut. Mais on sait aussi évoquer les situations nationales et internationales. La personnalité de Pasolini fait problème mais Franca sait défendre son œuvre. « Je suis Victor Jara » déclare-t-on en dénonçant la dictature chilienne. Les adultes parlent beaucoup de politique, de la situation de la gauche et du parti communiste. Le sujet est particulièrement chaud, on s’en serait douté. Les adolescentes elles parlent de garçons bien sûr, mais aussi de leur foi religieuse, ou plutôt de leurs raisons de s’éloigner de la religion.

Et puis il faut préparer les fêtes, ce sont des moments si importants pour tous. Noël bien sûr, mais surtout le carnaval. Car ici, on sait s’amuser. Pour oublier les vicissitudes de la vie. Mais aussi pour ces moments où on se sent si bien ensemble.

Le film est organisé en chapitres, sept au total, dont les titres, simples, s’inscrivent sur de magnifiques images prises par des drones. De La Mer à Fête, en passant par Noël, Père, Mère, Enfants, et Foi. On pourrait presque parler de cosmogonie. Pourquoi le monde n’aurait-il pas pris naissance dans l’embouchure du Tibre.

C’est sans doute ce que nous dit le dernier plan du film. Ce long travelling qui survole, au ras de l’eau, le cours du Tibre au moment où il se jette dans la mer, où il en vient à se confondre avec la mer. Une vision de l’Infini.

P COMME PHOTOGRAPHIE – Lisetta Carmi.

Lisetta Carmi, une âme en chemin. Daniele Segre, 2010, 54 minutes.

Une vielle dame tout de blanc vêtue. Nous la suivons dans la rue, des rues bordées de maisons blanches. Vue de dos, elle semble avoir du mal à monter les escaliers qui mènent chez elle.  Un appartement où elle va nous recevoir en toute simplicité.

Cette vieille femme, c’est Lisetta Carmi, une célèbre photographe italienne, dont Daniele Segre nous propose le portrait. Un portrait tout simple, sans commentaire, sans avis de spécialistes, sans analyse d’autres photographes, sans témoignage de proche ou de membre de la famille. Juste la parole de Lisetta, filmée chez elle, seule avec la caméra. Et ses œuvres quand même. Ses photographies célèbres, celles qui ont fait sa renommée et son importance artistique, équivalente pourrait-on dire à celle de Cartier-Bresson, le seul photographe que Lisetta citera dans le film. Une référence à n’en pas douter.

Face à la caméra, seule chez elle, Lisetta Carmi évoque sa vie et sa carrière de photographe. Elle ne répond pas à des questions. Elle parle d’elle spontanément, directement, en suivant un fil chronologique invisible. Une parole entrecoupée seulement de quelque plan d’arbres ou de vues de la nature. Et quelques portraits posés, de son visage. Un visage si expressif.

Lisetta parle d’abord de son enfance, de ses parents. De famille juive, elle va fuir le fascisme de Mussolini en Suisse. Une répression qui la marquera durablement.

Puis elle évoque successivement les différentes étapes de sa carrière de photographe. En Italie bien sûr, mais aussi au Venezuela, où elle filme beaucoup les enfants. Les enfants et les pauvres sont visiblement les personnages qu’elle photographie le plus. Elle raconte les conditions de réalisations de ses séries les plus connues. Les dockers dans le port de Gênes par exemple. Un hommage au travail. Puis les travestis (comme elle les appelle) et dont le livre qu’elle leur consacre fait scandale. Elle raconte d’ailleurs avec beaucoup d’humour comment elle allait dans les librairies de Milan le demander. Toutes en possédaient au moins un exemplaire, mais caché sous le comptoir !

Elle s’attarde longuement sur les portraits de Erza Pound qu’elle a réalisé lors d’une visite éclaire chez lui, alors qu’il était malade. Des portraits qui révèlent tout de l’âme du poète.

Dès les premiers plans, le film était placé sous la présence de Bach, dont Lisetta interprète au piano le Clavier bien tempéré.  Il s’achèvera sur le son d’une clochette dans le premier âshram construit en Europe. Lisetta a abandonné la photographie. Elle parcourt une autre voie spirituelle.

Le film de Segre est parfaitement en phase avec l’œuvre de Carmi. Il montre clairement comment la photographie peut manifester un « amour immense de l’humanité ».

I COMME ITALIE – Filmographie

Des films de cinéastes italiens, bien sûr. Et ils n’ont pas tourné qu’en Italie.

 Mais aussi des films sur l’Italie, ou tournés en Italie, quelle que soit la nationalité du réalisateur.

L’Affaire Sofri Jean-Louis Comolli

Amore carne Pippo Delbono

Bella e perduta. Pietro Marcello

La Bocca del Lupo. Pietro Marcello

Bologna centrale Vincent Dieutre

La Chine, Michelangelo Antonioni

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain. Jean-Baptiste Thoret

Draquila, L’Italie qui tremble. Sabrina Guzzanti

Enquête sur la sexualité. Pier Paolo Pasolini

Fuocoammare, par-delà Lampedusa. Gianfranco Rosi

Grido. Pippo Delbono

Le Monde perdu. Vittorio de Seta

Mourir de travail. Daniela Segre

Orlando Ferito. Vincent Dieutre

Un paese di Calabria. Shu Aiello et Catherine Catella

Palazzo delle Aquile. Stephano Savona

Pasolini, la passion de Rome. Alain Bergala

La Paura. Pippo Delbono

Plomb Durci. Stephano Savona

La rabbia. Pier Paolo Pasolini

Repérages en Palestine pour le film : « L’Évangile selon saint Matthieu ». Pier Paolo Pasolini

Rome désolé Vincent Dieutre

Sacro Gra Gianfranco Rosi

San Clemente. Raymond Depardon

Sangre. Pippo Delbono

Samouni road. Stephano Savona

Santiago, Italia. Nanni  Moretti

Tahrir, place de la libération. Stephano Savona

Temps vrai. Daniele Segre

Un altro me. Claudio Casazza

Vangelo. Pippo Delbono

La Visite, Pippo Delbono

C COMME CV -Daniela de Felice.


Réalisatrice / Monteuse

Daniela de Felice naît à Milan (Italie) en 1976.  Elle étudie le dessin et l’histoire de l’art à Novara. Puis à 17 ans, le bac en poche, elle quitte l’Italie pour étudier la « Narration Visuelle » à l’ERG de Bruxelles. C’est à ce moment qu’elle découvre le cinéma d’Alain Cavalier, dont la liberté et l’inventivité la bouleversent

2019 ➤ Réalisation de « mille fois recommencer » (en cours)
Projet lauréat d’une bourse Louis Lumière de l’INSTITUT FRANÇAIS / Ministère des Affaires Etrangères
Aide au développement et à la production de la Région Normandie et de la PROCIREP
Produit par Alter Ego Productions et Rosso Films.
Bourse Brouillon d’un rêve Scam.

Le film fait le portrait d’étudiants apprenant la sculpture sur marbre, en contrebas des carrières de Carrara. Le film est accueilli en résidence à Périphérie.

Réalisation de « où sont passées les femmes peintres »
Produit par La Blogothèque Productions pour ARTE

2018 ➤ Réalisation de « Angèle à la casse », sa première fiction,  en collaboration avec Matthieu Chatellier.
Produit par Senso Films – avec l’aide à la production de la Région Normandie, Région Nouvelle Aquitaine et Département Charente Maritime . Festival Off Courts – Trouville. Interprété par Antoine Chappey, Pauline Parigot et Mourad Boudaoud.

Montage de « à travers Jann » de Claire Juge – Novanima productions.

2016 ➤ Montage de « Les oiseaux de passage » d’Adrien Charmot
Production L’Atelier Documentaire
Montage de « La mécanique des corps » de Matthieu Chatellier
Production Alter Ego
Compétition CINEMA DU REEL 2016, Festival International DocTunis, à nous de voir Oullins,
Festival dei Popoli Florence

2015 ➤ Réalisation de « Encore Plus Sombre » 3’15
Film réalisé dans le cadre du film collectif « Darkness » pour le festival de Pampluna
Montage de « Hypersensibilité Aérienne » de Marie Famulicki / 52′ FR3
Montage de « La prunelle de mes yeux » de Tuyet Pham / 63′ FR3
Montage de « Le temps du Regard » de Jean Marie Vinclair / 59′

2014 ➤ Montage de « Sauf ici, Peut-être » de Matthieu Chatellier
Compétition CINEMA DU REEL 2014, Festival Itinérances ALES, Festival de LAMA, Cinéimaginaire, Festival Filmer le travail / Poitiers
Achat au Catalogue National d’Images en Bibliothèque.
Production du film « Poireau Perpétuel » Zoé Chantre (en cours)
en coproduction avec les Films de L’Astrophore / Françoise Widhoff et Alain Cavalier

2013 ➤ Réalisation « Casa »
« GOLDEN DOVE FOR ANIMATED DOCUMENTARIES »
AU 56EME FESTIVAL INTERNATIONAL DE LEIPZIG.
CINEMA DU RÉEL 2013 – MENTION SPIALE DU JURY DE L’INSTITUT FRANÇAIS PRIX DE LA COMPETITION FRANÇAISE
RENCONTRES CINÉMATOGRAPHIQUES DE CERBERE MENTION SPECIALE DU JURY
FESTIVAL ARCIPELAGO ROMA – MIGLIOR DOCUMENTARIO.
PRIX DU JURY AU FESTIVAL DES FILMS DE FAMILLE ST OUEN – ESPACE 1789
Intégré à la plateforme de l’INSTITUT FRANÇAIS pour sa diffusion à l’étranger.
Sélections : CINEMA DU REEL 2013, VISIONS DU RÉEL 2013, DOK LEIPZIG 2013, en Compétition Internationale Mediterranean Film Festival – Bosnia Herzagovina, aux Rencontres Cinématographiques de Gindou, Festival à Nous de Voir / Lyon, aux Rencontres cinématographiques de Laignes, au Festival Cinéréseaux Bordeaux, au festival de Vendôme, au Fesdob Blitta (Togo), Arcipelago Film,
Festival Roma, Cinémed Montpellier, Festival Terra di Cinéma, Festival du documentaire d’Aix en Provence,
Festival International du Documentaire de Taïwan, Anthropologies Numériques Le Cube Issy les Moulineux.
Aide à l’écriture et au développement de la Région Basse Normandie. Aide à la production de la Région Aquitaine. Aide au court métrage de la Région Basse Normandie, Aide au développement Media. Aide à
l’écriture du CNC – fond de l’innovation audiovisuelle. Contribution Financière Court Métrage CNC. Film monté en résidence à Périphérie / Centre de Création Cinématographie en Seine Saint Denis
Production Novanima / Tarmak
Production du film :
« St Saint-Pétersbourg / Notes sur la Mélodie des Choses » de Charlie Rojo.

2012 ➤ Réalisation, cadrage et montage « Rayons » installation vidéo
résidence d’artiste dans le cadre de Culture à l’Hôpital en Basse Normandie. Festival des anthropologies visuelles / Au Cube – Centre des Arts Numériques Issy Les Moulineaux (DRAC et Région Basse Normandie) Installation itinérante.
Réalisation « Diorama »
Résidence d’artiste au Lycée Allende Hérouville st Clair / (Rectorat et Région Basse Normandie)
Montage du film « le Guet » de Perig Villerbu 26′
Montage du film « Acteurs de Cristal » de Yannick Butel 52’
Assistante chef de file « Populaire » Long métrage de Régis Ronsard.

2010 ➤ montage de « Doux Amer » Matthieu Chatellier 76′
En compétition Cinéma du Réel 2011, Gindou, Festival de Vendôme, Mois du film documentaire, A nous de voir, Festival Risc …
Production Alter Ego / TV TOURS
Aide à la production des Régions Centre et Basse – Normandie.
Aide à la production du Centre National de la Cinématographie / Procirep Angoa /Périphérie
Première Assistante réalisatrice « De l’aube à l’aube »
25 min / court métrage de fiction de Sandrine Poget / Production Tarmak Films Aide à la production de la Région Franche Comté.

2009 ➤ montage de « Voir ce que devient l’ombre » Long Métrage documentaire de Matthieu Chatellier sur Fred Deux et Cécile Reims. 89′
En compétition au Cinéma du Réel 2011, Festival de Vendôme, Doc’ouest,
Mois du film documentaire. PRIX SCAM « meilleur film 2010 » , ÉTOILE SCAM, Festival ASOLO ART
FILM FEST – PRIX meilleure Biographie d’Artiste. Production Moviala Films / Tarmak Films / BIP TV
Aide à la production des Régions Centre et Basse Normandie.
Première assistante réalisatrice « La Mauvaise Graine » 18′ / court métrage de fiction de Bénédicte Pagnot. / Production Mille et Une Films

2008 ➤ réalisation « (G)rêve général(e) » 97′
Co – réalisation avec Matthieu Chatellier / Distribution ISKRA
Visions du Réel à Nyon (CH), Festival Regards sur le Travail à Bruxelles, Rencontres du Cinéma Documentaire Périphérie, Festival de Villedieu les Poêles, Rencontres Cinématographiques de Gindou, Ecran Libre à Lyon, Le Comptoir du Doc à Rennes, Corsica Doc à Ajaccio…
Sortie en salle en Allemagne par EYZ Media. Distribué en Italie par Documé.
Mois du film documentaire en Basse Normandie et en Bretagne en 2008 et 2009, 2011.
Long Métrage documentaire avec le soutien à l’écriture et à la production de la Région Basse Normandie.
Réalisation « Libronero » 19′
Projet lauréat d’une bourse d’aide à la création FIACRE du Centre National Arts Plastiques
PRIX DU PAVILLON au Festival Coté Court Pantin / Doc en Courts à Lyon, Paris/Berlin Hors Circuit, Les Inattendus Lyon, Traverse Vidéo Toulouse, Mostra Internazionale de Nuovo Cinema a Pesaro, Cent Soleils Orléans, Transat Vidéo Caen, rencontres du cinéma documentaire Périphérie, festival de Vendôme, Festival Off Courts à Trouville, Festival Rayon Frais à l’Elysée Biarritz à Paris, Sans Canal Fixe / Cinémas de riposte à Tours. Le comptoir du Doc à Rennes, Filmer l’intime : séminaire de Patrick Leboutte au Café des
Images à Hérouville, au cinéma J. Eustache de Pessac et Eldorado à Dijon. Proposé par l’Agence du Film Court dans le cadre du Mois du Film documentaire et du Jour le Plus Court. Festival Signes de Nuit Paris.

1998 2000
Membre du département Vidéo à FABRICA CINEMA auprès de Marco Müller et Oliviero Toscani. Projets en collaboration avec Amnesty International, UNCHR , Istituto Luce, Domus Magazine, Alessi, ID Magazine.
Publications dans Novum Magazine (Berlin), I-D Magazine (London), Abitare (Milano), La Repubblica (Roma), Il Corriere della Sera (Roma).

1999

Assistante réalisateur « Afterwards» de Gianfranco Rosi, fiction 15′, 35mm Sélection officielle Mostra de Venise – Festival de Rotterdam.

Réalisation « Coserelle », Vidéo 10mn, Prod AJC! Bruxelles – ( film de fin d’études) Festival Les Inattendus Lyon, Paris/Berlin Hors Circuit, Festival du Film de Bruxelles, Festival del Nuovo Cinema Pesaro, Le comptoir du Doc Rennes…
Réalisation « King Kong Mpeg » Fiction Animation 2′
Festival de la Cité des sciences de la Villette paris (Grand Prix du public & Grand Prix du jury)

2009 2018
Réalisation de 6 films de 26 ‘ pour la Voix des Femmes dans le cadre de la formation Mieux être / Bien-être films en collaboration avec Sophie di Stefano chorégraphe et l’équipe de la Voix des Femmes dans le Calvados

2000 2018
Enseignement – activités pédagogiques
Animation de nombreux ateliers de pratique artistique et pratique audiovisuelle dans des Lycées, Collèges, IUFM de Basse Normandie et Université de Caen. Animation et direction de projets artistiques avec des néophytes. Animation
d’ateliers de pratique artistique dans des Centres de Détention. Enseignement à l’Institut Métiers du Cinéma IMC à Cherbourg. Interventions à l’INSAS à Bruxelles, au Master Pro Documentaire de BORDEAUX 3 – Montaigne, à
l’ESEC Paris. Intervenante à Créadoc / Master 2 de réalisation documentaire à Angoulême / université de Poitiers.
Intervenante à l’Université d’Amiens
Co- Présidente du conseil d’administration du Cinéma CAFÉ DES IMAGES / Hérouville st Clair

1994 ➤ Diplomée au Liceo Artistico Statale – 50/60 (histoire de l’art – dessin)

1998 ➤ Diplomée à l’Ecole de Recherche Graphique ERG. Diplome pluridisciplinaire de Narration Visuelle –
Mention : Distinction.

1999 2000 Boursière à F A B R I C A
Centre de recherche sur la communication – dirigé par OlivieroToscani
Département vidéo & cinéma – dirigé par Marco Müller

2007 Ecole du Doc / Rencontres de Lavilledieu aux états généraux du documentaire de Lussas.
Workshops : Alan Fletcher – graphisme / James Victore – graphisme / John Maeda – web design / Marti Guixe – design / Gijs
Bakker, droog design – design / Stephan Sagemaister – graphisme / Marina Abramovic – body art / Wim Crowel – graphisme et
typographie.

Bilingue – Italien et Français. Anglais – notions.
Permis de conduire B

I COMME ITALIE – Marginalité.

La Bocca del Lupo, Pietro Marcello Italie, 2009, 76 minutes

Enzo et Mary, un couple hors normes. Enzo a passé la plus grande partie de sa vie en prison. Mary est travestie, toxicomane. Depuis plus de vingt ans, ils s’aiment. Ils vivent ensemble lorsqu’ils ne sont pas derrière les barreaux. Une fois même, ils ont été incarcérés en même temps, dans deux cellules se faisant face. Il pouvait la protéger. Quand il est dedans et elle dehors, il sait qu’elle l’attend. C’est ce qui le fait tenir, savoir qu’il la retrouvera, qu’ils poursuivront leur vie commune. Ils s’écrivent beaucoup. Des lettres lues en voix off, celles de Mary surtout. Elle le soutient pour qu’ils ne fassent plus de bêtises, qu’il sorte le plus vite possible. Elle raconte aussi sa vie, leur rencontre, comment elle s’est attachée à lui, un dur mais capable de pleurer en regardant Bambi. « Il a la douceur d’un enfant dans un corps de géant », dit-elle. A le voir déposer un cierge dans une église on veut bien la croire. Ils ont un rêve commun : avoir une maison à la campagne, avec leurs chiens et faire un potager. A la fin du film, ils l’auront réalisé.

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Le film de Pietro Marcello ne se réduit pas au portrait de ce couple dont l’histoire pourrait pourtant donner naissance à bien des fictions. D’ailleurs le film regorge d’éléments empruntés au cinéma de fiction. Enzo a effectivement l’apparence d’un gangster américain. Son long parcours dans les ruelles du quartier de Mille à Gènes pour rejoindre l’appartement où l’attend une assiette contenant son repas nous laisse tout le temps de nous interroger sur son identité qui ne sera révéler que peu à peu. D’ailleurs la construction du film introduit aussi un certain suspens en différant l’apparition de Mary à l’image, alors qu’on entend sa voix depuis presque le début du film. En même temps que nous pénétrons ainsi dans l’intimité sentimentale de ces deux êtres, nous parcourons ce quartier de Gênes, ses ruelles peu éclairées le soir, ses bistrots, ses prostituées, ses marginaux de toutes sortes, ses petits commerces de pastèque ou ses trafics de cigarettes. Le jour, on assiste à la démolition de vieilles maisons. Et puis surtout, il y a le port, les bateaux, la mer, l’appel du voyage jusqu’au bout du monde et le retour improbable. Une ville, un quartier, filmé avec une grande poésie, malgré la pauvreté et toute la laideur qui la manifeste.

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Car si l’on peut parler de poésie à propos de ce film qui nous propose une intrusion dans des bas-fonds, c’est qu’il effectue un travail systématique sur les images. Pas un plan où n’apparaisse la volonté de montrer la ville autrement que sous l’aspect où elle pourrait nous apparaître lors d’une visite touristique. Pas un plan où les images ne soient travaillées, retravaillées, le plus souvent numériquement, pour atteindre une teneur plastique tout à fait originale. Certains effets peuvent bien paraître quelque peu esthétisants, comme ces couchers de soleil sur la mer virant du doré au rouge. Mais, dans l’ensemble, cette dimension visuelle est parfaitement cohérente avec le propos du film qui, en définitive, décrit plus une rédemption qu’une descente aux enfers, dans la gueule du loup.

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Et puis le réalisateur multiplie les sources, convoque des images d’archives, en noir et blanc ou sépia, des extraits de films, des images anonymes, des images d’amateurs, sous toutes sortes de formats. Une profusion qui tranche avec le long plan séquence constituant le cœur du film. Enzo et Mary sont assis côte à côte face à la caméra. Le plan est fixe. Elle fait le récit de leur vie, sans effet oratoire. Il écoute sans intervenir. Dans le film il est particulièrement peu bavard. Mais sa voix intérieure, voix off qui nous suit tout au long de l’exploration de la vieille ville, nous bouscule beaucoup plus que n’importe quel dialogue.

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La Bocca del Lupo est un film réellement à part dans la production cinématographique actuelle, que ce soit dans le domaine du documentaire ou dans celui de la fiction. Un film collage, un film qui construit une poétique de l’image, un film de création.

I COMME ITALIE TERRE D’ASILE.

Santiago, Italia, Nanni Moretti, Italie, 2018, 80 minutes.

Moretti auteur d’un documentaire : alléchant. Qui plus est, sur le Chili. Sur le Chili d’Allende, ou plus exactement sur le coup d’Etat militaire qui mit fin en septembre 1971 à la Présidence de Salvador Allende, et qui instaura une dictature sanglante menée par le Général Pinochet. Pourquoi pas. Mais on peut se demander quand même qu’est-ce qui a poussé le cinéaste italien à ce retour sur des événements bien connus et qui ont déjà été le sujet de pas mal d’interventions cinématographiques, des films de Carmen Castillo à ceux de Patricio Guzman entre autres.

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Il faut attendre plus de la moitié du film (si l’on n’a lu aucune critique ou présentation du film) pour trouver la réponse à cette question. Car ce film évoquant le Chili d’Allende et le coup d’Etat de Pinochet concerne en fait l’Italie, une Italie qui accueillit, grâce à l’action de son ambassade à Santiago, des centaines de réfugiés essayant de fuir la terreur de la dictature naissante. Beaucoup de ces réfugiés vivent encore en Italie. C’est eux que Moretti a retrouvés, pour leur donner la parole. Et cette parole trouve immédiatement un écho politique considérable dans le contexte actuel de l’arrivée au pouvoir – en Italie et ailleurs en Europe- d’un populisme proche d’une droite extrême, qui fait la chasse aux migrants  et qui refuse d’accueillir sur son sol les réfugiés fuyant la guerre. Car il s’agit d’une parole de paix. Tous décrivant une Italie où il fait bon vivre même si l’on est étranger. Une Italie où il est possible de s’intégrer et d’oublier, non pas son propre pays, mais la terreur instaurée par la dictature qui y sévit. Cette Italie existe-t-elle encore ? Le film de Moretti semble ne pas donner de réponse. Et pourtant tout spectateur qui défend les idées démocratiques la comprendre.

Le film de Moretti est un film d’interviews, presque exclusivement. Des prises de parole de chiliens, des cinéastes d’abord (Patricio Guzman, Carmen Castillo…), puis des ouvriers et d’anciens militants de l’Unité Populaire qui a porté Allende au pouvoir. Une partie du film tournée au Chili, avant de revenir en Italie, dans cet itinéraire qu’évoque le titre et qui a été celui des réfugiés rencontrés aujourd’hui bien loin de leur pays.

 

Un film donc bien simple dans sa forme et sa construction. Comme s’il était totalement inutile pour le cinéaste d’introduire quelque effet cinématographique que ce soit. Si la parole de ceux qui sont interviewés est suffisamment forte, pourquoi ne se suffirait-elle pas à elle-même ? Et tant pis pour ceux qui aimeraient un peu plus de dynamisme…

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Le film se déroule selon une logique chronologique banale. Dans un premier temps on nous parle, souvent avec enthousiasme, du Chili d’Allende et des espoirs que sa politique a fait naître. Quelques extraits de discours et une foule qui l’acclame suffisent à montrer son assise populaire. Et ceux qui en parlent aujourd’hui restent convaincus que ce programme (qui n’est pas présenté concrètement, car le film ne prend pas le temps de rentrer dans les détails) représentait une avancée sociale décisive pour son pays, en particulier au niveau de l’éducation.

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La deuxième partie est consacrée au coup d’état et à la terreur militaire qui suivit. Nous revoyons alors les images bien connues du bombardement par l’aviation du palais présidentielle, les arrestations de militants et leur internement dans le stade national. Les descriptions des interviewés deviennent ici plus précises. Le vécu douloureux qu’ils rapportent n’ayant rien perdu de son acuité.

Cette partie débouche alors sur l’évocation du rôle de l’ambassade d’Italie à Santiago, les réfugiés décrivant comment ils ont réussi à franchir le mur d’enceinte. Par contre la vie à l’intérieur de ce refuge, en attendant les visas permettant de quitter le Chili, ne fait pas l’objet de beaucoup de déclarations. On sent simplement que la vie n’y était sans doute pas très gaie, ce qui se comprend aisément. Peut-être que Moretti a pensé, comme beaucoup de cinéphiles en voyant son film, à L’Ambassade de Chris Marker, et qu’il n’était pas utile alors d’ajouter quoi que ce soit de plus.

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Enfin, une dernière partie en vient à ce qui est au fond l’essentiel du film, cette évocation par les réfugiés chiliens de la façon dont ils ont été accueillis en Italie, à bras ouverts a-t-on l’impression. En tout cas ils ont pu retrouver dans ce « beau pays », où ils pensaient même trouver une politique proche de celle d’Allende, le gout de vivre. Beaucoup qui croyaient repartir rapidement en fait sont restés et incarnent aujourd’hui la réussite d’une intégration basée sur la cohabitation des deux cultures, chilienne et italienne.

Santiago, Italia ne restera sans doute pas dans les annales des documentaires créatifs et novateurs au niveau formel. Mais la vision optimiste du problème des réfugiés qu’il nous propose est bien réconfortante !

A COMME ADMIRATION.

Exercice d’admiration 5, Frère Alain. Vincent Dieutre, 2017, 66 minutes.

Rendre hommage. Reconnaître une – des- influence. Payer sa dette envers elles. Un cinéaste loue donc d’autres cinéastes. Des cinéastes qui l’ont marqué. Sans qui il ne serait peut-être pas ce qu’il est, cinéaste. Ou du moins, sans eux, il ne ferait pas le même cinéma. Il s’est engagé sur le chemin – dans l’aventure – de la réalisation de films avec eux à ses côté. Admiratif, il veut dire clairement son admiration.

Un exercice qui n’est pas simplement un entrainement, une préparation ou une modalité d’apprentissage. L’exercice a toujours des contraintes, voire une forme imposée. Mais ici, même s’il devient la marque, l’expression, la reconnaissance d’une filiation, il matérialise la rencontre, l’échange, d’égal à égal. Parce que ce cinéma–là n’est pas une question de gloire.

exercice d'admiration

Depuis quelques années déjà, Vincent Dieutre rend hommage aux cinéastes faisant partie de son compagnonnage. Des cinéastes bien différents et les films qui leur sont dédiés sont eux-mêmes fort dissemblables dans leur forme, dans la façon de rendre hommage, dans le dispositif admiratif qu’ils mettent en œuvre. Du coup, s’il s’agit bien d’une série –ou plus exactement d’une collection – ils se regardent très bien individuellement. Chacun a sa propre vie.

Chronologiquement, les exercices d’admiration de Dieutre commencent par un film consacré à la cinéaste japonaise, Naomie Kawazé, la « petite sœur ». Puis vient Jean Eustache et une des plus célèbres scènes de La Maman et la putain (le monologue de fin interprété par Françoise Lebrun qui devient ici sa metteuse en scène). En trois, c’est Jean Cocteau et la Voix humaine ; en quatre Rossellini et le Voyage en Italie. Et comme terme provisoire de la série, Alain Cavalier, et l’ensemble de son œuvre.

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Le projet initial de ce cinquième exercice prévoyait que Vincent et Alain allaient se retrouver à Florence et réaliser un film en commun. De ce projet nous ne saurons rien de plus. Alain n’ayant pu se rendre en Italie, Vincent réalisera le film seul. Un film qui – pourrait-il en être autrement – lui sera tout à fait personnel, et bien sûr écrit à la première personne.

De la carrière de Cavalier, Dieutre retient essentiellement son renoncement au « cinéma de marché », un cinéma avec un gros budget, des acteurs (des stars si possible), et une équipe de techniciens importante. Bref un cinéma industriel qui triomphe dans la fiction. A partir de La Rencontre en 1996, Cavalier va filmer seul, faire des films pauvres, en première personne et qui s’attachent aux mille et une petites choses de la vie quotidienne. C’est ce modèle que Dieutre va appliquer dans son exercice d’admiration. Il va s’attacher à rendre compte de son séjour toscan à la manière de Cavalier, filmant par exemple tous les matins le ramassage des poubelles depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel.

exercice d'admiration 4

Mais Dieutre reste Dieutre. A Florence il ne pouvait pas ne pas se pencher aussi sur la peinture florentine. Il consacre donc une partie du film aux fresques de Giotto, commentant en particulier l’épisode de la vie de François d’Assise où, nu en place publique, il renonce aux biens terrestres. Un renoncement que Dieutre rapproche de celui de Cavalier…

Restent les films de Cavalier, que Dieutre cite abondamment. Soit des images fixes, comme les actrices des premiers films de Cavalier, dont Romy Schneider. Soit de courtes séquences choisies pour leur côté surprenant, par exemple la séquence « scatologique » de La Rencontre à propos du « trou de balle » de Françoise et celle, dans Pater, où le Président fait la proposition d’un « salaire maximum ». Beaucoup de ces extraits ne sont pas identifiés et leur présence fonctionne alors comme un clin-d’œil au spécialiste de l’œuvre de Cavalier qui doit s’amuser à les reconnaître.

Le film de Dieutre a en fin de compte un aspect plutôt ludique. Il ne s’agit surtout pas de proposer une exégèse de l’œuvre de Cavalier. Ni même d’en faire une critique. Un film léger qui évite, pour notre plus grand plaisir, tout esprit de sérieux.

exercice d'admiration 5