A COMME ABECEDAIRE – Pippo Delbono.

Homme de théâtre italien – acteur, metteur en scène, écrivain –  son cinéma est surtout autobiographique, évoquant souvent sa mère et sa séropositivité. Il n’est pas tendre avec les défauts de son pays, le racisme en particulier, prenant la défense des réfugiés et des immigrés. Après l’avoir libéré d’un hôpital psychiatrique, son ami Bobo, sourd et muet, deviendra une figure principale de son théâtre et de son cinéma. Un cinéma qui explore bien des voies nouvelles, comme l’usage du téléphone portable ou des petites caméras numériques. S’ils peuvent paraître souvent provocateurs, ses films sont aussi chargés d’émotion. Mais c’est surtout à son travail théâtral qu’il doit sa renommée internationale.

Autobiographie

Sangue

Amore Carne

La Paura

Grido

Bobo

La visite. Le château de Versailles

Amore Carne

 Grido

Italie

Sangue

La Paura

Handicap

La visite. Le château de Versailles

Maladie

Sangue

Amore Carne

Mère

Sangue

Amore Carne

Migration

L’Evangile

Mort

Sangue

Patrimoine

La visite. Le château de Versailles

Racisme

La Paura

Réfugiés

L’Evangile

Séropositivité

Amore Carne

Théâtre

L’Evangile

Grido

Vieillesse

La visite. Le château de Versailles

I COMME ITALIE – Idroscalo di Ostia.

Punta Sacra. Francesca Mazzoleni, Italie, 2020, 98 minutes.

Idroscalo, un quartier situé à l’embouchure du Tibre, tout près de Rome, entre le fleuve et la mer. Au milieu de l’eau donc. Une eau partout présente, surtout quand il pleut. Un petit quartier, mais si riche en histoires et en personnages surprenants – et inoubliables.

Un quartier populaire qui fait l’objet de bien des convoitises et des spéculations. Un port de plaisance a été construit à proximité. Une bonne partie des maisons ont été détruites. Celles qui restent n’entendent pas subir le même sort. Résistance et mobilisation. Les natifs du coin n’envisagent en aucun cas de pouvoir vivre ailleurs.

Le film s’attache plus particulièrement à une femme, figue incontestable du quartier, Franca, et à sa famille. Surtout ses petites filles, des adolescentes plaines de joie de vivre, dont nous suivons les jeux, mais aussi les moments de pause dans le flot incessant de la vie, des moments de réflexion, d’échange entre amies, pour se tourner sur son passé mais surtout se projeter, un tant soit peu, dans l’avenir.

A ce portrait familial s’ajoute un portrait de toute une communauté, dont la vie humble mais truculente a fait la joie de bien des cinéastes et de tant de cinéphiles. Une communauté de comédie italienne, filmée avec tous les ingrédients du genre. Et ce n’est pas triste. Même si le dramatique affleure plus souvent qu’on ne le souhaiterait

Et on en redemande. Ces grandes réunions familiales – et amicales- où tout le monde parle à la fois, et où les discussions animées finissent presque toujours en dispute. Mais on parle aussi de façon sérieuse de problèmes sérieux. L’avenir du quartier et la façon de se défendre contre les requins des finances à l’affut. Mais on sait aussi évoquer les situations nationales et internationales. La personnalité de Pasolini fait problème mais Franca sait défendre son œuvre. « Je suis Victor Jara » déclare-t-on en dénonçant la dictature chilienne. Les adultes parlent beaucoup de politique, de la situation de la gauche et du parti communiste. Le sujet est particulièrement chaud, on s’en serait douté. Les adolescentes elles parlent de garçons bien sûr, mais aussi de leur foi religieuse, ou plutôt de leurs raisons de s’éloigner de la religion.

Et puis il faut préparer les fêtes, ce sont des moments si importants pour tous. Noël bien sûr, mais surtout le carnaval. Car ici, on sait s’amuser. Pour oublier les vicissitudes de la vie. Mais aussi pour ces moments où on se sent si bien ensemble.

Le film est organisé en chapitres, sept au total, dont les titres, simples, s’inscrivent sur de magnifiques images prises par des drones. De La Mer à Fête, en passant par Noël, Père, Mère, Enfants, et Foi. On pourrait presque parler de cosmogonie. Pourquoi le monde n’aurait-il pas pris naissance dans l’embouchure du Tibre.

C’est sans doute ce que nous dit le dernier plan du film. Ce long travelling qui survole, au ras de l’eau, le cours du Tibre au moment où il se jette dans la mer, où il en vient à se confondre avec la mer. Une vision de l’Infini.

P COMME PHOTOGRAPHIE – Lisetta Carmi.

Lisetta Carmi, une âme en chemin. Daniele Segre, 2010, 54 minutes.

Une vielle dame tout de blanc vêtue. Nous la suivons dans la rue, des rues bordées de maisons blanches. Vue de dos, elle semble avoir du mal à monter les escaliers qui mènent chez elle.  Un appartement où elle va nous recevoir en toute simplicité.

Cette vieille femme, c’est Lisetta Carmi, une célèbre photographe italienne, dont Daniele Segre nous propose le portrait. Un portrait tout simple, sans commentaire, sans avis de spécialistes, sans analyse d’autres photographes, sans témoignage de proche ou de membre de la famille. Juste la parole de Lisetta, filmée chez elle, seule avec la caméra. Et ses œuvres quand même. Ses photographies célèbres, celles qui ont fait sa renommée et son importance artistique, équivalente pourrait-on dire à celle de Cartier-Bresson, le seul photographe que Lisetta citera dans le film. Une référence à n’en pas douter.

Face à la caméra, seule chez elle, Lisetta Carmi évoque sa vie et sa carrière de photographe. Elle ne répond pas à des questions. Elle parle d’elle spontanément, directement, en suivant un fil chronologique invisible. Une parole entrecoupée seulement de quelque plan d’arbres ou de vues de la nature. Et quelques portraits posés, de son visage. Un visage si expressif.

Lisetta parle d’abord de son enfance, de ses parents. De famille juive, elle va fuir le fascisme de Mussolini en Suisse. Une répression qui la marquera durablement.

Puis elle évoque successivement les différentes étapes de sa carrière de photographe. En Italie bien sûr, mais aussi au Venezuela, où elle filme beaucoup les enfants. Les enfants et les pauvres sont visiblement les personnages qu’elle photographie le plus. Elle raconte les conditions de réalisations de ses séries les plus connues. Les dockers dans le port de Gênes par exemple. Un hommage au travail. Puis les travestis (comme elle les appelle) et dont le livre qu’elle leur consacre fait scandale. Elle raconte d’ailleurs avec beaucoup d’humour comment elle allait dans les librairies de Milan le demander. Toutes en possédaient au moins un exemplaire, mais caché sous le comptoir !

Elle s’attarde longuement sur les portraits de Erza Pound qu’elle a réalisé lors d’une visite éclaire chez lui, alors qu’il était malade. Des portraits qui révèlent tout de l’âme du poète.

Dès les premiers plans, le film était placé sous la présence de Bach, dont Lisetta interprète au piano le Clavier bien tempéré.  Il s’achèvera sur le son d’une clochette dans le premier âshram construit en Europe. Lisetta a abandonné la photographie. Elle parcourt une autre voie spirituelle.

Le film de Segre est parfaitement en phase avec l’œuvre de Carmi. Il montre clairement comment la photographie peut manifester un « amour immense de l’humanité ».

I COMME ITALIE – Filmographie

Des films de cinéastes italiens, bien sûr. Et ils n’ont pas tourné qu’en Italie.

 Mais aussi des films sur l’Italie, ou tournés en Italie, quelle que soit la nationalité du réalisateur.

L’Affaire Sofri Jean-Louis Comolli

Amore carne Pippo Delbono

Bella e perduta. Pietro Marcello

La Bocca del Lupo. Pietro Marcello

Bologna centrale Vincent Dieutre

La Chine, Michelangelo Antonioni

Dario Argento : Soupirs dans un corridor lointain. Jean-Baptiste Thoret

Draquila, L’Italie qui tremble. Sabrina Guzzanti

Enquête sur la sexualité. Pier Paolo Pasolini

Fuocoammare, par-delà Lampedusa. Gianfranco Rosi

Grido. Pippo Delbono

Le Monde perdu. Vittorio de Seta

Mourir de travail. Daniela Segre

Orlando Ferito. Vincent Dieutre

Un paese di Calabria. Shu Aiello et Catherine Catella

Palazzo delle Aquile. Stephano Savona

Pasolini, la passion de Rome. Alain Bergala

La Paura. Pippo Delbono

Plomb Durci. Stephano Savona

La rabbia. Pier Paolo Pasolini

Repérages en Palestine pour le film : « L’Évangile selon saint Matthieu ». Pier Paolo Pasolini

Rome désolé Vincent Dieutre

Sacro Gra Gianfranco Rosi

San Clemente. Raymond Depardon

Sangre. Pippo Delbono

Samouni road. Stephano Savona

Santiago, Italia. Nanni  Moretti

Tahrir, place de la libération. Stephano Savona

Temps vrai. Daniele Segre

Un altro me. Claudio Casazza

Vangelo. Pippo Delbono

La Visite, Pippo Delbono

C COMME CV -Daniela de Felice.


Réalisatrice / Monteuse

Daniela de Felice naît à Milan (Italie) en 1976.  Elle étudie le dessin et l’histoire de l’art à Novara. Puis à 17 ans, le bac en poche, elle quitte l’Italie pour étudier la « Narration Visuelle » à l’ERG de Bruxelles. C’est à ce moment qu’elle découvre le cinéma d’Alain Cavalier, dont la liberté et l’inventivité la bouleversent

2019 ➤ Réalisation de « mille fois recommencer » (en cours)
Projet lauréat d’une bourse Louis Lumière de l’INSTITUT FRANÇAIS / Ministère des Affaires Etrangères
Aide au développement et à la production de la Région Normandie et de la PROCIREP
Produit par Alter Ego Productions et Rosso Films.
Bourse Brouillon d’un rêve Scam.

Le film fait le portrait d’étudiants apprenant la sculpture sur marbre, en contrebas des carrières de Carrara. Le film est accueilli en résidence à Périphérie.

Réalisation de « où sont passées les femmes peintres »
Produit par La Blogothèque Productions pour ARTE

2018 ➤ Réalisation de « Angèle à la casse », sa première fiction,  en collaboration avec Matthieu Chatellier.
Produit par Senso Films – avec l’aide à la production de la Région Normandie, Région Nouvelle Aquitaine et Département Charente Maritime . Festival Off Courts – Trouville. Interprété par Antoine Chappey, Pauline Parigot et Mourad Boudaoud.

Montage de « à travers Jann » de Claire Juge – Novanima productions.

2016 ➤ Montage de « Les oiseaux de passage » d’Adrien Charmot
Production L’Atelier Documentaire
Montage de « La mécanique des corps » de Matthieu Chatellier
Production Alter Ego
Compétition CINEMA DU REEL 2016, Festival International DocTunis, à nous de voir Oullins,
Festival dei Popoli Florence

2015 ➤ Réalisation de « Encore Plus Sombre » 3’15
Film réalisé dans le cadre du film collectif « Darkness » pour le festival de Pampluna
Montage de « Hypersensibilité Aérienne » de Marie Famulicki / 52′ FR3
Montage de « La prunelle de mes yeux » de Tuyet Pham / 63′ FR3
Montage de « Le temps du Regard » de Jean Marie Vinclair / 59′

2014 ➤ Montage de « Sauf ici, Peut-être » de Matthieu Chatellier
Compétition CINEMA DU REEL 2014, Festival Itinérances ALES, Festival de LAMA, Cinéimaginaire, Festival Filmer le travail / Poitiers
Achat au Catalogue National d’Images en Bibliothèque.
Production du film « Poireau Perpétuel » Zoé Chantre (en cours)
en coproduction avec les Films de L’Astrophore / Françoise Widhoff et Alain Cavalier

2013 ➤ Réalisation « Casa »
« GOLDEN DOVE FOR ANIMATED DOCUMENTARIES »
AU 56EME FESTIVAL INTERNATIONAL DE LEIPZIG.
CINEMA DU RÉEL 2013 – MENTION SPIALE DU JURY DE L’INSTITUT FRANÇAIS PRIX DE LA COMPETITION FRANÇAISE
RENCONTRES CINÉMATOGRAPHIQUES DE CERBERE MENTION SPECIALE DU JURY
FESTIVAL ARCIPELAGO ROMA – MIGLIOR DOCUMENTARIO.
PRIX DU JURY AU FESTIVAL DES FILMS DE FAMILLE ST OUEN – ESPACE 1789
Intégré à la plateforme de l’INSTITUT FRANÇAIS pour sa diffusion à l’étranger.
Sélections : CINEMA DU REEL 2013, VISIONS DU RÉEL 2013, DOK LEIPZIG 2013, en Compétition Internationale Mediterranean Film Festival – Bosnia Herzagovina, aux Rencontres Cinématographiques de Gindou, Festival à Nous de Voir / Lyon, aux Rencontres cinématographiques de Laignes, au Festival Cinéréseaux Bordeaux, au festival de Vendôme, au Fesdob Blitta (Togo), Arcipelago Film,
Festival Roma, Cinémed Montpellier, Festival Terra di Cinéma, Festival du documentaire d’Aix en Provence,
Festival International du Documentaire de Taïwan, Anthropologies Numériques Le Cube Issy les Moulineux.
Aide à l’écriture et au développement de la Région Basse Normandie. Aide à la production de la Région Aquitaine. Aide au court métrage de la Région Basse Normandie, Aide au développement Media. Aide à
l’écriture du CNC – fond de l’innovation audiovisuelle. Contribution Financière Court Métrage CNC. Film monté en résidence à Périphérie / Centre de Création Cinématographie en Seine Saint Denis
Production Novanima / Tarmak
Production du film :
« St Saint-Pétersbourg / Notes sur la Mélodie des Choses » de Charlie Rojo.

2012 ➤ Réalisation, cadrage et montage « Rayons » installation vidéo
résidence d’artiste dans le cadre de Culture à l’Hôpital en Basse Normandie. Festival des anthropologies visuelles / Au Cube – Centre des Arts Numériques Issy Les Moulineaux (DRAC et Région Basse Normandie) Installation itinérante.
Réalisation « Diorama »
Résidence d’artiste au Lycée Allende Hérouville st Clair / (Rectorat et Région Basse Normandie)
Montage du film « le Guet » de Perig Villerbu 26′
Montage du film « Acteurs de Cristal » de Yannick Butel 52’
Assistante chef de file « Populaire » Long métrage de Régis Ronsard.

2010 ➤ montage de « Doux Amer » Matthieu Chatellier 76′
En compétition Cinéma du Réel 2011, Gindou, Festival de Vendôme, Mois du film documentaire, A nous de voir, Festival Risc …
Production Alter Ego / TV TOURS
Aide à la production des Régions Centre et Basse – Normandie.
Aide à la production du Centre National de la Cinématographie / Procirep Angoa /Périphérie
Première Assistante réalisatrice « De l’aube à l’aube »
25 min / court métrage de fiction de Sandrine Poget / Production Tarmak Films Aide à la production de la Région Franche Comté.

2009 ➤ montage de « Voir ce que devient l’ombre » Long Métrage documentaire de Matthieu Chatellier sur Fred Deux et Cécile Reims. 89′
En compétition au Cinéma du Réel 2011, Festival de Vendôme, Doc’ouest,
Mois du film documentaire. PRIX SCAM « meilleur film 2010 » , ÉTOILE SCAM, Festival ASOLO ART
FILM FEST – PRIX meilleure Biographie d’Artiste. Production Moviala Films / Tarmak Films / BIP TV
Aide à la production des Régions Centre et Basse Normandie.
Première assistante réalisatrice « La Mauvaise Graine » 18′ / court métrage de fiction de Bénédicte Pagnot. / Production Mille et Une Films

2008 ➤ réalisation « (G)rêve général(e) » 97′
Co – réalisation avec Matthieu Chatellier / Distribution ISKRA
Visions du Réel à Nyon (CH), Festival Regards sur le Travail à Bruxelles, Rencontres du Cinéma Documentaire Périphérie, Festival de Villedieu les Poêles, Rencontres Cinématographiques de Gindou, Ecran Libre à Lyon, Le Comptoir du Doc à Rennes, Corsica Doc à Ajaccio…
Sortie en salle en Allemagne par EYZ Media. Distribué en Italie par Documé.
Mois du film documentaire en Basse Normandie et en Bretagne en 2008 et 2009, 2011.
Long Métrage documentaire avec le soutien à l’écriture et à la production de la Région Basse Normandie.
Réalisation « Libronero » 19′
Projet lauréat d’une bourse d’aide à la création FIACRE du Centre National Arts Plastiques
PRIX DU PAVILLON au Festival Coté Court Pantin / Doc en Courts à Lyon, Paris/Berlin Hors Circuit, Les Inattendus Lyon, Traverse Vidéo Toulouse, Mostra Internazionale de Nuovo Cinema a Pesaro, Cent Soleils Orléans, Transat Vidéo Caen, rencontres du cinéma documentaire Périphérie, festival de Vendôme, Festival Off Courts à Trouville, Festival Rayon Frais à l’Elysée Biarritz à Paris, Sans Canal Fixe / Cinémas de riposte à Tours. Le comptoir du Doc à Rennes, Filmer l’intime : séminaire de Patrick Leboutte au Café des
Images à Hérouville, au cinéma J. Eustache de Pessac et Eldorado à Dijon. Proposé par l’Agence du Film Court dans le cadre du Mois du Film documentaire et du Jour le Plus Court. Festival Signes de Nuit Paris.

1998 2000
Membre du département Vidéo à FABRICA CINEMA auprès de Marco Müller et Oliviero Toscani. Projets en collaboration avec Amnesty International, UNCHR , Istituto Luce, Domus Magazine, Alessi, ID Magazine.
Publications dans Novum Magazine (Berlin), I-D Magazine (London), Abitare (Milano), La Repubblica (Roma), Il Corriere della Sera (Roma).

1999

Assistante réalisateur « Afterwards» de Gianfranco Rosi, fiction 15′, 35mm Sélection officielle Mostra de Venise – Festival de Rotterdam.

Réalisation « Coserelle », Vidéo 10mn, Prod AJC! Bruxelles – ( film de fin d’études) Festival Les Inattendus Lyon, Paris/Berlin Hors Circuit, Festival du Film de Bruxelles, Festival del Nuovo Cinema Pesaro, Le comptoir du Doc Rennes…
Réalisation « King Kong Mpeg » Fiction Animation 2′
Festival de la Cité des sciences de la Villette paris (Grand Prix du public & Grand Prix du jury)

2009 2018
Réalisation de 6 films de 26 ‘ pour la Voix des Femmes dans le cadre de la formation Mieux être / Bien-être films en collaboration avec Sophie di Stefano chorégraphe et l’équipe de la Voix des Femmes dans le Calvados

2000 2018
Enseignement – activités pédagogiques
Animation de nombreux ateliers de pratique artistique et pratique audiovisuelle dans des Lycées, Collèges, IUFM de Basse Normandie et Université de Caen. Animation et direction de projets artistiques avec des néophytes. Animation
d’ateliers de pratique artistique dans des Centres de Détention. Enseignement à l’Institut Métiers du Cinéma IMC à Cherbourg. Interventions à l’INSAS à Bruxelles, au Master Pro Documentaire de BORDEAUX 3 – Montaigne, à
l’ESEC Paris. Intervenante à Créadoc / Master 2 de réalisation documentaire à Angoulême / université de Poitiers.
Intervenante à l’Université d’Amiens
Co- Présidente du conseil d’administration du Cinéma CAFÉ DES IMAGES / Hérouville st Clair

1994 ➤ Diplomée au Liceo Artistico Statale – 50/60 (histoire de l’art – dessin)

1998 ➤ Diplomée à l’Ecole de Recherche Graphique ERG. Diplome pluridisciplinaire de Narration Visuelle –
Mention : Distinction.

1999 2000 Boursière à F A B R I C A
Centre de recherche sur la communication – dirigé par OlivieroToscani
Département vidéo & cinéma – dirigé par Marco Müller

2007 Ecole du Doc / Rencontres de Lavilledieu aux états généraux du documentaire de Lussas.
Workshops : Alan Fletcher – graphisme / James Victore – graphisme / John Maeda – web design / Marti Guixe – design / Gijs
Bakker, droog design – design / Stephan Sagemaister – graphisme / Marina Abramovic – body art / Wim Crowel – graphisme et
typographie.

Bilingue – Italien et Français. Anglais – notions.
Permis de conduire B

I COMME ITALIE – Marginalité.

La Bocca del Lupo, Pietro Marcello Italie, 2009, 76 minutes

Enzo et Mary, un couple hors normes. Enzo a passé la plus grande partie de sa vie en prison. Mary est travestie, toxicomane. Depuis plus de vingt ans, ils s’aiment. Ils vivent ensemble lorsqu’ils ne sont pas derrière les barreaux. Une fois même, ils ont été incarcérés en même temps, dans deux cellules se faisant face. Il pouvait la protéger. Quand il est dedans et elle dehors, il sait qu’elle l’attend. C’est ce qui le fait tenir, savoir qu’il la retrouvera, qu’ils poursuivront leur vie commune. Ils s’écrivent beaucoup. Des lettres lues en voix off, celles de Mary surtout. Elle le soutient pour qu’ils ne fassent plus de bêtises, qu’il sorte le plus vite possible. Elle raconte aussi sa vie, leur rencontre, comment elle s’est attachée à lui, un dur mais capable de pleurer en regardant Bambi. « Il a la douceur d’un enfant dans un corps de géant », dit-elle. A le voir déposer un cierge dans une église on veut bien la croire. Ils ont un rêve commun : avoir une maison à la campagne, avec leurs chiens et faire un potager. A la fin du film, ils l’auront réalisé.

bocca del lupo 7

Le film de Pietro Marcello ne se réduit pas au portrait de ce couple dont l’histoire pourrait pourtant donner naissance à bien des fictions. D’ailleurs le film regorge d’éléments empruntés au cinéma de fiction. Enzo a effectivement l’apparence d’un gangster américain. Son long parcours dans les ruelles du quartier de Mille à Gènes pour rejoindre l’appartement où l’attend une assiette contenant son repas nous laisse tout le temps de nous interroger sur son identité qui ne sera révéler que peu à peu. D’ailleurs la construction du film introduit aussi un certain suspens en différant l’apparition de Mary à l’image, alors qu’on entend sa voix depuis presque le début du film. En même temps que nous pénétrons ainsi dans l’intimité sentimentale de ces deux êtres, nous parcourons ce quartier de Gênes, ses ruelles peu éclairées le soir, ses bistrots, ses prostituées, ses marginaux de toutes sortes, ses petits commerces de pastèque ou ses trafics de cigarettes. Le jour, on assiste à la démolition de vieilles maisons. Et puis surtout, il y a le port, les bateaux, la mer, l’appel du voyage jusqu’au bout du monde et le retour improbable. Une ville, un quartier, filmé avec une grande poésie, malgré la pauvreté et toute la laideur qui la manifeste.

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Car si l’on peut parler de poésie à propos de ce film qui nous propose une intrusion dans des bas-fonds, c’est qu’il effectue un travail systématique sur les images. Pas un plan où n’apparaisse la volonté de montrer la ville autrement que sous l’aspect où elle pourrait nous apparaître lors d’une visite touristique. Pas un plan où les images ne soient travaillées, retravaillées, le plus souvent numériquement, pour atteindre une teneur plastique tout à fait originale. Certains effets peuvent bien paraître quelque peu esthétisants, comme ces couchers de soleil sur la mer virant du doré au rouge. Mais, dans l’ensemble, cette dimension visuelle est parfaitement cohérente avec le propos du film qui, en définitive, décrit plus une rédemption qu’une descente aux enfers, dans la gueule du loup.

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Et puis le réalisateur multiplie les sources, convoque des images d’archives, en noir et blanc ou sépia, des extraits de films, des images anonymes, des images d’amateurs, sous toutes sortes de formats. Une profusion qui tranche avec le long plan séquence constituant le cœur du film. Enzo et Mary sont assis côte à côte face à la caméra. Le plan est fixe. Elle fait le récit de leur vie, sans effet oratoire. Il écoute sans intervenir. Dans le film il est particulièrement peu bavard. Mais sa voix intérieure, voix off qui nous suit tout au long de l’exploration de la vieille ville, nous bouscule beaucoup plus que n’importe quel dialogue.

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La Bocca del Lupo est un film réellement à part dans la production cinématographique actuelle, que ce soit dans le domaine du documentaire ou dans celui de la fiction. Un film collage, un film qui construit une poétique de l’image, un film de création.

I COMME ITALIE TERRE D’ASILE.

Santiago, Italia, Nanni Moretti, Italie, 2018, 80 minutes.

Moretti auteur d’un documentaire : alléchant. Qui plus est, sur le Chili. Sur le Chili d’Allende, ou plus exactement sur le coup d’Etat militaire qui mit fin en septembre 1971 à la Présidence de Salvador Allende, et qui instaura une dictature sanglante menée par le Général Pinochet. Pourquoi pas. Mais on peut se demander quand même qu’est-ce qui a poussé le cinéaste italien à ce retour sur des événements bien connus et qui ont déjà été le sujet de pas mal d’interventions cinématographiques, des films de Carmen Castillo à ceux de Patricio Guzman entre autres.

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Il faut attendre plus de la moitié du film (si l’on n’a lu aucune critique ou présentation du film) pour trouver la réponse à cette question. Car ce film évoquant le Chili d’Allende et le coup d’Etat de Pinochet concerne en fait l’Italie, une Italie qui accueillit, grâce à l’action de son ambassade à Santiago, des centaines de réfugiés essayant de fuir la terreur de la dictature naissante. Beaucoup de ces réfugiés vivent encore en Italie. C’est eux que Moretti a retrouvés, pour leur donner la parole. Et cette parole trouve immédiatement un écho politique considérable dans le contexte actuel de l’arrivée au pouvoir – en Italie et ailleurs en Europe- d’un populisme proche d’une droite extrême, qui fait la chasse aux migrants  et qui refuse d’accueillir sur son sol les réfugiés fuyant la guerre. Car il s’agit d’une parole de paix. Tous décrivant une Italie où il fait bon vivre même si l’on est étranger. Une Italie où il est possible de s’intégrer et d’oublier, non pas son propre pays, mais la terreur instaurée par la dictature qui y sévit. Cette Italie existe-t-elle encore ? Le film de Moretti semble ne pas donner de réponse. Et pourtant tout spectateur qui défend les idées démocratiques la comprendre.

Le film de Moretti est un film d’interviews, presque exclusivement. Des prises de parole de chiliens, des cinéastes d’abord (Patricio Guzman, Carmen Castillo…), puis des ouvriers et d’anciens militants de l’Unité Populaire qui a porté Allende au pouvoir. Une partie du film tournée au Chili, avant de revenir en Italie, dans cet itinéraire qu’évoque le titre et qui a été celui des réfugiés rencontrés aujourd’hui bien loin de leur pays.

 

Un film donc bien simple dans sa forme et sa construction. Comme s’il était totalement inutile pour le cinéaste d’introduire quelque effet cinématographique que ce soit. Si la parole de ceux qui sont interviewés est suffisamment forte, pourquoi ne se suffirait-elle pas à elle-même ? Et tant pis pour ceux qui aimeraient un peu plus de dynamisme…

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Le film se déroule selon une logique chronologique banale. Dans un premier temps on nous parle, souvent avec enthousiasme, du Chili d’Allende et des espoirs que sa politique a fait naître. Quelques extraits de discours et une foule qui l’acclame suffisent à montrer son assise populaire. Et ceux qui en parlent aujourd’hui restent convaincus que ce programme (qui n’est pas présenté concrètement, car le film ne prend pas le temps de rentrer dans les détails) représentait une avancée sociale décisive pour son pays, en particulier au niveau de l’éducation.

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La deuxième partie est consacrée au coup d’état et à la terreur militaire qui suivit. Nous revoyons alors les images bien connues du bombardement par l’aviation du palais présidentielle, les arrestations de militants et leur internement dans le stade national. Les descriptions des interviewés deviennent ici plus précises. Le vécu douloureux qu’ils rapportent n’ayant rien perdu de son acuité.

Cette partie débouche alors sur l’évocation du rôle de l’ambassade d’Italie à Santiago, les réfugiés décrivant comment ils ont réussi à franchir le mur d’enceinte. Par contre la vie à l’intérieur de ce refuge, en attendant les visas permettant de quitter le Chili, ne fait pas l’objet de beaucoup de déclarations. On sent simplement que la vie n’y était sans doute pas très gaie, ce qui se comprend aisément. Peut-être que Moretti a pensé, comme beaucoup de cinéphiles en voyant son film, à L’Ambassade de Chris Marker, et qu’il n’était pas utile alors d’ajouter quoi que ce soit de plus.

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Enfin, une dernière partie en vient à ce qui est au fond l’essentiel du film, cette évocation par les réfugiés chiliens de la façon dont ils ont été accueillis en Italie, à bras ouverts a-t-on l’impression. En tout cas ils ont pu retrouver dans ce « beau pays », où ils pensaient même trouver une politique proche de celle d’Allende, le gout de vivre. Beaucoup qui croyaient repartir rapidement en fait sont restés et incarnent aujourd’hui la réussite d’une intégration basée sur la cohabitation des deux cultures, chilienne et italienne.

Santiago, Italia ne restera sans doute pas dans les annales des documentaires créatifs et novateurs au niveau formel. Mais la vision optimiste du problème des réfugiés qu’il nous propose est bien réconfortante !

A COMME ADMIRATION.

Exercice d’admiration 5, Frère Alain. Vincent Dieutre, 2017, 66 minutes.

Rendre hommage. Reconnaître une – des- influence. Payer sa dette envers elles. Un cinéaste loue donc d’autres cinéastes. Des cinéastes qui l’ont marqué. Sans qui il ne serait peut-être pas ce qu’il est, cinéaste. Ou du moins, sans eux, il ne ferait pas le même cinéma. Il s’est engagé sur le chemin – dans l’aventure – de la réalisation de films avec eux à ses côté. Admiratif, il veut dire clairement son admiration.

Un exercice qui n’est pas simplement un entrainement, une préparation ou une modalité d’apprentissage. L’exercice a toujours des contraintes, voire une forme imposée. Mais ici, même s’il devient la marque, l’expression, la reconnaissance d’une filiation, il matérialise la rencontre, l’échange, d’égal à égal. Parce que ce cinéma–là n’est pas une question de gloire.

exercice d'admiration

Depuis quelques années déjà, Vincent Dieutre rend hommage aux cinéastes faisant partie de son compagnonnage. Des cinéastes bien différents et les films qui leur sont dédiés sont eux-mêmes fort dissemblables dans leur forme, dans la façon de rendre hommage, dans le dispositif admiratif qu’ils mettent en œuvre. Du coup, s’il s’agit bien d’une série –ou plus exactement d’une collection – ils se regardent très bien individuellement. Chacun a sa propre vie.

Chronologiquement, les exercices d’admiration de Dieutre commencent par un film consacré à la cinéaste japonaise, Naomie Kawazé, la « petite sœur ». Puis vient Jean Eustache et une des plus célèbres scènes de La Maman et la putain (le monologue de fin interprété par Françoise Lebrun qui devient ici sa metteuse en scène). En trois, c’est Jean Cocteau et la Voix humaine ; en quatre Rossellini et le Voyage en Italie. Et comme terme provisoire de la série, Alain Cavalier, et l’ensemble de son œuvre.

exercice d'admiration 2

Le projet initial de ce cinquième exercice prévoyait que Vincent et Alain allaient se retrouver à Florence et réaliser un film en commun. De ce projet nous ne saurons rien de plus. Alain n’ayant pu se rendre en Italie, Vincent réalisera le film seul. Un film qui – pourrait-il en être autrement – lui sera tout à fait personnel, et bien sûr écrit à la première personne.

De la carrière de Cavalier, Dieutre retient essentiellement son renoncement au « cinéma de marché », un cinéma avec un gros budget, des acteurs (des stars si possible), et une équipe de techniciens importante. Bref un cinéma industriel qui triomphe dans la fiction. A partir de La Rencontre en 1996, Cavalier va filmer seul, faire des films pauvres, en première personne et qui s’attachent aux mille et une petites choses de la vie quotidienne. C’est ce modèle que Dieutre va appliquer dans son exercice d’admiration. Il va s’attacher à rendre compte de son séjour toscan à la manière de Cavalier, filmant par exemple tous les matins le ramassage des poubelles depuis la fenêtre de sa chambre d’hôtel.

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Mais Dieutre reste Dieutre. A Florence il ne pouvait pas ne pas se pencher aussi sur la peinture florentine. Il consacre donc une partie du film aux fresques de Giotto, commentant en particulier l’épisode de la vie de François d’Assise où, nu en place publique, il renonce aux biens terrestres. Un renoncement que Dieutre rapproche de celui de Cavalier…

Restent les films de Cavalier, que Dieutre cite abondamment. Soit des images fixes, comme les actrices des premiers films de Cavalier, dont Romy Schneider. Soit de courtes séquences choisies pour leur côté surprenant, par exemple la séquence « scatologique » de La Rencontre à propos du « trou de balle » de Françoise et celle, dans Pater, où le Président fait la proposition d’un « salaire maximum ». Beaucoup de ces extraits ne sont pas identifiés et leur présence fonctionne alors comme un clin-d’œil au spécialiste de l’œuvre de Cavalier qui doit s’amuser à les reconnaître.

Le film de Dieutre a en fin de compte un aspect plutôt ludique. Il ne s’agit surtout pas de proposer une exégèse de l’œuvre de Cavalier. Ni même d’en faire une critique. Un film léger qui évite, pour notre plus grand plaisir, tout esprit de sérieux.

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B COMME BOLOGNE

Bologna Centrale, Vincent Dieutre, France, 2001, 59 minutes.

Bologna Centrale est une réflexion sur le temps. Le temps qui passe, irréversible, le temps qui éloigne inexorablement de sa jeunesse. Vincent Dieutre fait le récit d’un voyage à Bologne, filmé au présent avec une petite caméra 8mm, un récit qui est en fait l’occasion d’un autre récit, celui d’un autre voyage effectué à Bologne 20 ans plus tôt, dans une ville bien différente de la ville actuelle, une ville qu’il perçoit et ressent aujourd’hui bien différemment que par le passé.

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Le film propose donc un récit dans un récit, fait en première personne, toujours en off, sans que l’emboîtement de l’un dans l’autre soit repérable par un changement de cette voix intérieure, hésitante, comme improvisée, enregistrée sans doute sur un petit appareil portable dont on entend l’enclenchement des touches. C’est cette voix qui prend en charge le récit autobiographique, puisque les images ne sont pas narratives, du moins en ce qui concerne le récit du premier voyage. Pourtant, la bande son ne se limite pas à cette voix. Elle ajoute une voix de femme qui ouvre et clôt le film, donnant des éléments d’information (l’attentat terroriste de la gare de Bologne du 2 août 1980 qui fit 85 morts) mais aussi situant les deux voyages l’un par rapport à l’autre dans le temps. Cette voix parle du cinéaste à la troisième personne, introduisant un regard extérieur indéterminé, objectivant le récit. « Là il vient de sortir de la gare. Il a gagné la station de métro qui est aussi le terminus des bus écologistes. » Enfin, à trois reprises, comme la voix féminine, des extraits d’éditions spéciales de la radio italienne consacrées à l’attentat achèvent cette objectivation, inscrivant le film dans une actualité politique, politique et sociale. Le récit autobiographique ne cherche nullement à ignorer l’Histoire, puisqu’il évoque systématiquement les manifestations, les occupations, les grèves et l’attentat. C’est bien sûr à propos de l’attentat que l’imbrication de l’intime (le récit de la découverte de l’amour) avec L’Histoire est la plus prégnante. Mais le temps fait son œuvre dans la conscience du cinéaste. « Je peux pas m’empêcher de haïr ce que je vois maintenant de Bologne¸ cette Italie qui ne ressemble en rien à celle que j’ai connue. » Au moment du départ, à la gare centrale, devant la plaque de marbre commémorative, il fera la lecture des noms, prénoms et âges des victimes du « terrorisme fasciste ».

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La confrontation entre les deux récits, le présent et le passé, a une dimension tout autant politique que personnelle. Le premier voyage était celui des découvertes : découverte de la ville, découverte de l’amour, des premières rencontres, du premier baiser, des premiers rapports sexuels. Des découvertes vécues dans l’enthousiasme et l’exaltation, alors même que la ville est de plus en plus en effervescence, gagnée par une lourde tension évoquant la guerre civile. Dans le voyage du présent du film , ce temps est révolu. L’émerveillement des premières fois a disparu. La ville a changé. « Son café favori, le Zanarrini, n’existe plus, remplacé comme il se doit par une boutique Prada sport ». Les amours de jeunesse sont bien loin et même la drogue devient une routine. Le ton du récit est de plus en plus désabusé. Le berlusconisme triomphant a, semble-t-il, imposé la paix sociale. Pour combien de temps ? « Une nouvelle Italie s’est installée, et aujourd’hui elle triomphe. Elle triomphe tellement fort que moi je sais qu’elle n’en a plus pour longtemps. »

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L’œuvre du temps : la fin d’une époque, la fin d’un monde, la perte de la jeunesse. La disparition de l’image idéalisée d’une ville. Dieutre filme Bologne d’une façon extrêmement banale. De grandes avenues occupées par les voitures et les piétons qui les traversent lorsque c’est possible. Des carrefours en plans fixes. Quelques travellings sur les boutiques. Des images qui n’ont aucun éclat, contrairement à celles de Paris par exemple, dans Bonne Nouvelle ou Fragments sur la grâce – même si ce sont alors essentiellement des images nocturnes noyées par la pluie. Ici, la ville est filmée en plein jour, mais les couleurs sont ternes, plates, comme passées. Et cela est encore plus évident dans les plans du rideau de la fenêtre de la chambre où le super 8 et le manque de lumière ne peuvent donner qu’une image sale, sans aucune définition. Le filmage de la préparation du shoot est de cet ordre, purement mécanique. Pour le cinéaste, il est grand temps de tourner la page. On peut revenir sur les lieux de sa jeunesse ; on ne peut pas la revivre.

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D COMME DELBONO PIPPO -Amore carne.

Amore carne, Pippo Delbono, Italie, 2011, 78 minutes.

            Que le cinéma puisse devenir poésie, Amore carne en est la preuve éclatante. Poésie des textes bien sûr, de Rimbaud à T.S. Eliot en passant par Pasolini, poésie de la musique avec Laurie Anderson et Alexander Balanescu, mais poésie des images surtout, dans les plans de l’océan et des oiseaux dans le sillage du bateau, des collines dans la brume du petit matin, ou même du long tunnel parcouru en voiture. Une poésie sombre dans l’évocation de la mort, mais chaleureuse par les rencontres qui jalonnent le film. Un film personnel, très personnel, toujours surprenant, dans lequel il faut faire l’effort de rentrer ou de se laisser séduire spontanément.

            L’évocation de la mort, c’est d’abord celle, récente au moment du tournage du film, de Pina Bausch, en souvenir de qui 2 000 œillets sont déposés en Avignon. Puis c’est celle du cinéaste lui-même, à travers sa séropositivité, « ce mal obscure à cause d’amour, de chair ». Il filme avec son téléphone portable, clandestinement, un test qui fait effectuer, bien qu’il en connaisse parfaitement le résultat,  dont le résultat ne doit pas avoir changé depuis le premier qu’il a effectué il y a 22 ans. Après avoir rempli les formulaires et répondu, approximativement, aux questions de l’infirmière, la prise de sang est montrée en gros plan avant qu’il ne dévale les escaliers conduisant à la sortie. Une séquence somme toute plutôt prosaïque mais dont se dégage la lourde menace d’un avenir incertain.

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            Prosaïque, la visite chez sa mère l’est certainement beaucoup plus. Après le repas, que l’on imagine copieux d’après les plans sur la table, Delbono écoute sa mère lui parler de sa santé, de son poids, de son corps. Très vite il n’écoute plus et coupe l’enregistrement du son. « Je te regarde parler, je ne t’écoute plus ». C’est lui qui parle, en voix off, de sa mère, de ses souvenirs de la guerre, de ses valeurs, de sa foi, de sa « peur de Dieu », de ses yeux « pleins de culpabilité ». Une plongée dans ses origines qui crée un malaise tout autant chez le spectateur que chez le cinéaste. La proximité filiale pourtant : « Comme elle, je raconte ma vie à tout le monde. »

            Puis vient le temps des rencontres. L’artiste plasticienne  Sophie Calle, qui elle aussi parle de sa mère et dévoile en public sa vie privée. Bobo, l’ami sourd et muet, présent dans tous les films de Delbono et dans sa troupe de théâtre depuis qu’il a pu le faire sortir de l’asile psychiatrique où il était enfermé. Ici, assis devant un piano, il tape sur les touches avec la délectation d’un enfant. On le reverra un peu plus tard dans le film en compagnie de Marisa Berenson, mannequin célèbre, devenue actrice et écrivaine. Un rencontre étrange, de deux personnes qui semblent ne rien avoir en commun. Quelques jours après le tournage de ces images, le tremblement de terre de l’Aquila a totalement détruit le lieu où elle s’est déroulée. La mort rode toujours.

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            Fille du physicien Maurice Jacob, Irène Jacob raconte elle aussi des souvenirs d’enfance, les repas de famille où son père essayait de lui expliquer l’origine de l’univers. A son tour elle aborde le même sujet avec son fils. Lui, il sait expliquer la naissance de l’univers : le Big Bang. Mais avant, qu’est-ce qu’il y avait. Il répond encore sans hésiter : le vide. La mère insiste. Qu’est-ce que c’est le vide ? L’enfant ne répond plus.

            La fin du film est purement visuelle. On retrouve les images des premiers plans, la chambre et le lit défait, la sortie de l’hôpital où a eu lieu le test du sida. Une danseuse en noir répète des mouvements devant un grand miroir. Un violoniste interprète le leitmotiv du film. Les images se bousculent. La danseuse, le violoniste, Bobo habillé d’un maillot de joueur de foot, en surimpression, une colline dans une lumière bleutée, le brouillard, la danseuse…Et les poèmes, récités, chantés, criés, psalmodiés, sur la musique du groupe Les Anarchistes.

            « Cette histoire m’a appris à mieux regarder la mort dans les yeux. » Il y a dans cette phrase que prononce la voix intérieure de Delbono tout le sens du film.

D COMME DELBONO Pippo

Cinéaste italien (né en 1959).

Pippo Delbono est un homme de théâtre italien, acteur, metteur en scène et danseur. Il est aussi musicien et cinéaste. Il est l’auteur de films personnels où il se met lui-même en scène en utilisant des éléments de sa propre vie. Des films qui défient le classement en genre. N’étant pas simplement des fictions, ils sont le plus souvent considérés dans la presse comme des documentaires. Mais leur dimension autobiographique, leur utilisation de séquences théâtrales, l’insertion de purs moments de poésie visuelle les distinguent radicalement de la production existante.

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Delbono aime filmer avec son téléphone portable. C’est le cas pour la totalité de La Paura et une grande partie d’Amore carne. Cela donne des images dont la définition est loin d’être parfaite, surtout lorsqu’elles sont réalisées de nuit. Mais l’important est de pouvoir filmer en toute liberté, sans avoir recourt à une équipe nombreuse et sans mobiliser de grands moyens financiers. Une orientation qui correspond bien à l’implication personnelle du cinéaste dans ses films.

Le cinéma de Delbono doit beaucoup au théâtre. Dans Grido, son autobiographie, il filme les acteurs de sa troupe, en gros plan sur fond noir, dans des extraits de ses spectacles. Une scène d’Henri V de Shakespeare est filmée comme elle le serait dans une captation traditionnelle et le film se termine par un salut des acteurs au public, mais cette fois ils sont filmés de dos, ce qui nous permet de voir le public dans la salle. L’imbrication théâtre-cinéma est aussi très sensible dans tout le début du film où les plans des acteurs déclamant des textes alternent avec des plans d’enfants courant sur la plage, ou dans les surimpressions réalisées sur le visage de l’acteur Delbono lui-même avec des vues des rues de Naples.

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Si les films de Delbono sont essentiellement un regard personnel sur le monde, ce regard a une dimension d’engagement importante. Il filme l’Italie pour en dénoncer les tares, le racisme en particulier. Une des séquences centrales de La Paura est particulièrement significative à cet égard. Delbono filme la veillée funéraire et l’enterrement d’un jeune homme de couleur tué par un père et son fils pour avoir volé des gâteaux dans leur magasin. Le cinéaste est interpellé alors qu’il cadre une femme en pleurs. «  C’est important que quelqu’un témoigne de ce pays de merde » explique-t-il. Les plans réalisés de nuit sur des SDF dormant devant des vitrines de magasins de mode ont ainsi une forte teneur dénonciatrice, comme les graffitis ornés d’une croix gammée : « Enculés, vous ruinez l’Italie », « Nègres de merde ».

Les films de Delbono s’enrichissent continuellement des rencontres que fait le cinéaste, particulièrement dans Amore carne. Des acteurs et des actrices, des artistes connus, des gens anonymes, comme Bobo, rencontré dans un asile de Naples où il a passé presque 50 ans. Sourd et muet, analphabète, il est pourtant d’une grande intelligence et d’une grande sensibilité. Delbono le fera sortir de l’asile et il deviendra un des acteurs de sa troupe, occupant une place importante dans chacun de ses films. Le cinéma de Delbono est un cinéma de la générosité.

En octobre 2018, Pippo envahit le centre Pompidou à Paris : une rétrospective de ses films, une installation immersive, « L’esprit qui ment », et des performances.

P COMME PAGANISME

Pagani de Elisa Flamina Inno, 2016,  Italie, 52 minutes.

Une ville en fête, la fête de toute une ville. Une cérémonie religieuse d’abord. Qui commence donc à l’Eglise. Puis une grande procession à travers la ville, où les hommes portes la statue de la Vierge qui doit être la patronne protectrice des lieux. Une cérémonie comme il en existe dans beaucoup de pays chrétiens. Ici nous sommes en Italie, au pied du Vésuve. Ce qui implique des rites particuliers, propre à la ville. Ici la Vierge que l’on vénère s’appelle Notre-Dame-des-poules. Et l’animal en question occupe apparemment une place non négligeable dans la fête. Sauf qu’en regardant le film, il est bien difficile de préciser en quoi.

La cinéaste nous immerge totalement dans la fête. Nous suivons toutes les étapes des préparatifs, qui commencent pas mal de temps à l’avance. Puis le jour venu nous sommes au milieu de la foule, presque avec les porteurs de la statue. Et il y a vraiment beaucoup de monde. Ceux qui défilent, en costume traditionnel et ceux qui regardent passer le cortège, sur les trottoirs de la ville ou depuis les balcons de leurs maisons d’où ils lancent une quantité impressionnante de papiers multicolores.  Ce qui d’ailleurs nous vaut de belles images de cette pluie rendue lumineuse par les rayons du soleil couchant. Et il y a tout au long de la fête des danses et de la musique, des chansons et des formules rituelles à l’adresse de celle qu’on dénomme ici « fillette ». Une journée de festivité bruyante, débordante de vitalité joyeuse, scandée par le rythme des tambourins.

Le film ne comporte aucune explication sur la signification des rites, de l’origine de la fête, et de la portée que les habitants de la ville lui attribuent. Ce qui est à la fois la force et la limite de ce cinéma très proche du cinéma direct des années 1960, surtout dans sa dimension québécoise. Sauf qu’ici la fête n’est pas organisée pour les besoins du film (contrairement à la pèche au marsouin filmée par Pierre Perrault et Michel Brault dans Pour la suite du monde »). Celui-ci se contente d’en saisir les manifestations les plus visibles, que seuls les autochtones comprendront vraiment. Mais après tout, il laisse au spectateur le soin d’adopter une posture à sa convenance. Ethnographique pour les uns, touristique pour les autres, ou celle du critique de cinéma qui s’efforcera de mettre en évidence la rigueur du filmage et la progression que propose le montage. Ou bien, c’est le titre du film (Pagani = païen) qui donnera sens au film, en ouvrant peut-être une réflexion sur la religion et les croyances héritées du passé.

Cinéma du réel 2017, compétition internationale premiers films.

C COMME CALABRE

Un paese di calabria de Shu Aiello et Catherine Catella

Depuis que Lampedusa est devenu tristement célèbre, on connait bien les risques que prennent tant de réfugiés pour essayer d’atteindre par la mer, sur des embarcations souvent bien rudimentaires, les rives de l’Europe. On sait aussi que l’Italie est en première ligne dans cette tentative de survie qui conduit souvent à la mort. Mais que deviennent ceux qui arrivent à surmonter l’épreuve et qui se retrouvent démunis de tout sur une plage qui n’a rien d’un paradis estival. Comment sont-ils accueillis, alors que l’on sait aussi que bien des pays en Europe mettent en œuvre des moyens considérables pour les empêcher de rentrer chez eux ou les refouler. En Calabre ce n’est pas le cas et la réussite de l’intégration des immigrés dans un village de la région est exemplaire et ne devrait faire que des émules.

Riace, en Calabre donc, est un village qui, comme beaucoup d’autres,  se désertifiait petit à petit mais inexorablement. Jusqu’au moment où le projet d’un maire de gauche va tout changer. Puisqu’il y a tant de maisons abandonnées, tant de logements disponibles, pourquoi ne pas les offrir à ces réfugiés qui aboutissent sur la côte  sans savoir où aller, sans aucune perspective d’avenir. Un élan humaniste certes, mais qui peut aussi renvoyer à un calcul économique. Dans un premier temps ce sont 200 réfugiés kurdes qui sont accueillis. Et c’est tout le village qui va en profiter. Car cet afflux d’une population nouvelle est un stimulant non négligeable pour l’économie locale. Les commerces ouvrent à nouveau. L’école et l’église ne désemplissent pas. Et si beaucoup de ces nouveaux arrivant (après les kurdes c’est de pratiquement tous les pays en guerre, de l’Afghanistan à l’Erythrée qu’ils sont originaires) ne sont ici que de passage, espérant gagner d’autres régions de l’Europe plus riches, certains restent, s’installent, trouvent du travail et contribuent à faire revivre toute une région qui semblait condamné par la marche de l’histoire.

Le film de Shu Aiello et Catherine Catella n’hésite pas à nous montrer la vie de ce village depuis la mise en place de ce projet sous un jour entièrement positif. Ce qui peut très bien se comprendre dans le contexte géopolitique actuel plutôt tourné vers le repli sur soi, quand ce n’est pas l’intolérance et le racisme. Les images d’une beauté toute touristique abondent tout au long du film. Les premiers arrivant qui sont restés ont trouvé du travail, parlent parfaitement italien et se sont fait des amis parmi les autochtones. Les fêtes sont des plus joyeuses et le mélanges des cultures et des couleurs y est éclatant. De longues séquences sont consacrées à la vie de l’église. Un baptême d’abord d’une petite fille noire dont la marraine est, elle, italienne. Puis une cérémonie, dans une église pleine à craquer, où un africain et une jeune afghane sont appelés à prier dans le micro dans leur langue respective. Le film montre aussi l’école où une enseignante bien sympathique crée du lien avec des enfants de tout âge et de toute origine et leur apprend à parler italien. Un bel exemple de vivre ensemble malgré le moment où, ici comme ailleurs, une querelle éclate entre les jeunes. Mais la maîtresse réussit rapidement à rétablir le calme. Bref tout se passerait pour le mieux dans le meilleur des mondes possible s’il n’y avait pas la mafia.

Le maire sortant a osé dénoncer ses agissements et du coup le renouvellement de son mandat est en bute à une forte opposition dont l’origine ne fait pas de doute même si le film ne la nomme pas explicitement. Le film donne longuement la parole au père du maire – qui en fait un éloge sans nuance – et ignore l’opposition, même si la caméra ne peut éviter de faire entrer dans le cadre les affiches qui prolifèrent dans le village. Cette bataille politique est la partie la moins convaincante du film car traitée de façon bien univoque. Les cinéastes évitent systématiquement le débat, ce qui peut se comprendre dans leur projet. Mais les arguments en faveur de l’accueil des réfugiés sont eux aussi passés sous silence. Du coup, le film perd un peu de son pouvoir de conviction. Reste qu’il est quand même réconfortant de voir que les réfugiés ne sont pas partout objet de haine et de rejet.

 

I COMME INCIPIT (Vincent Dieutre)

Rome désolée de Vincent Dieutre.

Le premier plan du film. Un plan fixe. Long. Une première image. Une image sombre. Une image de nuit. Avec des lignes de lumière quand même. Des éclairages. Des néons qui se perdent dans la profondeur de champ. Et puis de cette profondeur – un fond qui n’est pas à l’infini quand même – arrivent deux phares, deux yeux, deux trouées lumineuses, qui viennent vers nous. Premier mouvement dans ce plan fixe. Nous qui sommes là, en attente. On finit par deviner que nous sommes sur un quai. Train ou métro. Avec quelques hommes qui attendent. Qui font les cent pas sur le quai en attendant. Des hommes dont on ne voit que le pantalon. Puis le train – parce qu’il s’agit bien d’un train – vient s’arrêter devant la caméra posée sur le quai. Une entrée en gare calme, sans rien d’agressive. Les trains ne foncent plus sur les spectateurs de cinéma.

         On ne distingue guère la descente des passagers du train, mais peu à peu le quai devient animé, encombré même, une foule de voyageurs, qui se pressent, de croisent, les uns s’éloignant de la caméra toujours fixe, les autres s’en rapprochant pour la dépasser et disparaître dans son dos. Le cadrage ne permet pas de voir les visages. Anonymat

         C’est le début d’un voyage – ou son terme. L’annonce d’un départ, ou un point de chute. La voix est claire, contrastant avec la noirceur de l’image. Elle définit un trajet, un itinéraire. Pourtant tout le film se passera dans la même ville : Rome.

 

O COMME OCCUPATION

Voir le film sur Tënk

Palazzo delle Aquile, film de Stefano Savona , Alessia Porto , Ester Sparatore
France, Italie, 2011. Grand Prix Cinéma du réel, 2011.

De très grandes pièces, particulièrement hautes de plafond. Des pièces d’un palais historique qui deviennent des aires de jeu étonnantes pour les enfants, même si elles n’ont pas été prévues pour ça. Elles n’ont pas non plus été prévues pour servir d’habitation, et pourtant, pendant un mois, 18 familles d’abord – auxquelles vont se joindre bien d’autres mal-logées de la ville – vont y vivre jour et nuit. Pour forcer ma municipalité de Palerme à résoudre leur problème de logement, ces familles « sans logis » vont en effet occuper le Palazzo delle Aquile, siège de la mairie de la ville. Et elles sont bien résolues à ne le quitter que pour aménager dans de véritables maisons !

La caméra des cinéastes va elle aussi séjourner pendant un mois dans ce palais, n’en sortant que pour une rapide séquence dans la cathédrale à l’occasion d’une fête religieuse – occasion de voir le maire de la ville s’agenouiller à même le sol – et pour attendre devant la préfecture les résultats de la négociation qui tente de débloquer la situation. Une immersion totale, jour et nuit. La nuit chacun essaie de s’arranger le mieux possible pour dormir, sur un banc, une chaise ou sur le sol. Au matin, c’est le partage des croissants pour le petit déj’. Les repas d’ailleurs semblent toujours poser problème, et les accusations de voler la part des enfants sont particulièrement fréquentes. C’est que vivre en groupe dans un tel lieu n’est pas toujours simple. Et les querelles, les engueulades même, sont fréquentes. Pour des raisons matérielles bien sûr. Mais aussi, de façon plus politique, sur la poursuite du mouvement et surtout sur sa résolution.

Le film nous offre donc dans cet espace clos une vision contrastée de la vie en commun dans ce sud de l’Italie où les problèmes économiques – qui ne sont pourtant pas évoqués explicitement – se concrétisent dans les difficultés que rencontrent les familles pour se loger. Il nous offre aussi une vision sans concession de la classe politique locale. Le film s’ouvre sur la séance du conseil qui a lieu « en présence » des occupants. Dès qu’ils applaudissent une intervention d’un membre de l’opposition municipale qui exprime son soutien, le président menace de les expulser. « Nous ne sommes pas au théâtre », dit-il sans rire et sans penser que sa formule peut avoir au moins un double sens. Une deuxième séance du conseil se déroulera à la fin du film, lorsqu’une solution semble avoir été trouvée. Une séance silencieuse cette fois, du moins du côté des familles dont la dite solution reste en travers de la gorge de beaucoup d’entre elles. Il faut savoir terminer une occupation, semble être le mot de la fin. Les familles quittent le Palazzo delle Aquile, avec leurs sacs et leurs baluchons. Leur action a-t-elle permis de faire progresser la résolution des problèmes de logement dans la ville ? Rien n’est moins sûr.

Voir le film sur Tënk http://www.tenk.fr/fragments-dune-oeuvre/palazzo-delle-aquile.html

M COMME MYTHOLOGIE (BELLA E PERDUTA)

On peut hésiter à considérer le dernier film de Pietro Marcello comme un documentaire. Du moins, ce qui est sûr, c’est qu’il ne s’agit pas d’un documentaire traditionnel, c’est-à-dire d’un documentaire au sens traditionnel du terme. Sommes-nous donc en présence d’un de ces films, considérés comme « modernes », qui abolissent l’opposition entre documentaire et fiction ? Pas vraiment non plus. Il y a bien dans Bella e Perduta des éléments documentaires mélangés avec des données fictives, le personnage de Polichinelle au premier chef. Mais on peut aussi dire que les données renvoyant au réel (le Palazzo Carditello, le vandalisme dont il est l’objet et l’entretien bénévole de Tommaso) sont traités sous la forme d’un récit qui pourrait très bien sortir tout droit de l’imaginaire de l’auteur du film. On peut donc considérer que la distinction entre fiction et documentaire n’a plus de sens pour Pietro Marcello, si du moins on entend ces deux termes dans leur acception la plus courante. En résulte une confusion qui ne peut que désorienter le spectateur, ce qui est loin d’être un défaut. Le travail critique peut alors consister à donner des points de repère, et la presse ne s’en est pas privée à la sortie du film, convoquant par exemple le « projet » initial du cinéaste vis-à-vis du Palazzio Carditello et de son singulier gardien-sauveteur, projet qui aurait été nécessairement modifié à la mort de ce dernier. Mais on peut aussi penser que ces éléments ne sont pas fondamentaux lorsqu’on voit le film et que de toute façon la majorité des spectateurs verront sans doute le film sans les connaître.

         Essayons donc de voir le film avec un regard le plus « naïf » possible, sans information préalable et de se laisser aller à la magie qu’il renferme dès les premiers plans. Ce spectateur idéal (en existe-t-il encore beaucoup ?) ne peut manquer de remarquer deux éléments émergents dans le foisonnement des images : le château  et la nécessité de sa sauvegarde  d’une part et la vie du bufflon Sarchiapone de l’autre, ces deux lignes filmiques trouvant leur rencontre dans le personnage de Tommaso (un individu réel) dans un premier temps et de Polichinelle (un personnage fictif s’il en est) par la suite, dans la plus grande partie du film d’ailleurs.

         Au niveau visuel, le film propose deux images dominantes. En premier lieu, l’image de Polichinelle, caractérisée par l’opposition du blanc des vêtements et du noir du masque. La dimension narrative est alors concrétisée par le moment où Polichinelle enlève son masque pour devenir un homme comme les autres. On voit bien ic alors comment l’imaginaire peut constituer une dimension autonome tout en s’enchevêtrant avec la prise en compte du réel.

         La deuxième image récurrente du film est celle de bufflon, dont il est répété à plusieurs reprises qu’il n’a pas la chance d’être une femelle qui, elle au moins, donne du lait. Le bufflon (personnalisé en Sarchiapone) est filmé dès sa naissance, et nous suivons, bien que ce ne soit pas toujours dans un ordre strictement chronologique, les différentes étapes de sa vie, depuis son élevage au biberon jusqu’à son âge adulte. La scène où il refuse un long moment à monter dans la bétaillère qui doit le conduire on image facilement où (séquence qui donne d’ailleurs tout son sens à la sorte de labyrinthe filmé dans l’incipit du film) donne toute sa dimension à cet animal filmé très souvent en gros plans, cadrages qui coupent court à toute tentation de rapprocher le film du genre animalier. Deux plans sont alors caractéristiques de la dimension magique du bufflon, celui où il se vautre littéralement dans un champ de hautes herbes fleuries et celui où il gambade dans cette même herbe poursuivi par un berger impuissant à le rattraper.

         Au niveau des images, on doit quand même ajouter les plans sur le château, plans en nombre restreint toute fois et qui ne semblent constituer que le contexte historique du film. Polichinelle et le bufflon suffisent eux à donner au film sa dimension de documentaire mythologique.

Bella e Perduta, film de Pietro Marcello, Italie, 87 minutes.

P COMME POLITIQUE

Quand les cinéastes s’attaquent aux dirigeants de leur pays, quel poids politique peut avoir leur film ?

Deux exemples : Michael Moore contre Bush et Sabrina Guzzanti contre Beslusconi

La méthode Michael Moore (Farhenheit 9/11, 2004).

Pour Moore il s’agit de démasquer les hommes politiques, leurs mensonges, leurs contradictions, en un mot leur malhonnêteté. Et donc rétablir la vérité contre les versions officielles et celles des médias qui ne valent pas mieux.

Intervenant dans la campagne électorale, son projet est explicitement d’empêcher la réélection de G W Bush. Pour cela il entreprend, à partir d’images d’actualité de montrer l’incompétence du Président sortant. Les images des vacances pendant l’été 2001 montrant Bush jouant au golf, sur son bateau ou « jouant au cowboy » dans son ranch au Texas, parlent d’elles-mêmes. Et surtout les images du 11 septembre, lorsque Bush en visite dans une école apprend les attentats sans réagir. Pour Moore ces images montrent clairement qu’il ne comprend pas immédiatement l’ampleur de l’évènement.

De sa première élection contestée jusqu’à la guerre en Irak en passant par la protection dont jouit la famille Ben Laden après les attentats du 11 septembre, le Patriot act, la guerre en Afghanistan, la « grande coalition » contre l’Irak et les bombardements de Bagdad, c’est toute le premier mandat de Bush qui est passé au crible de la critique. Et le Président ne peut en  sortir indemne.

La méthode Sabrina Guzzanti (Draquila, L’Italie qui tremble, 2010).

Berlusconi ? Un pantin gesticulant devant les caméras, ne pensant qu’à sa propre image et à son enrichissement personnel ou celui de ses amis. Sa « gestion », en tant que président du conseil, des conséquences du tremblement de terre qui frappa les Abruzzes en 2009 et détruit presque totalement la ville d’Aquila en est la démonstration éclatante. Le séisme aurait-il être prévu, la population alertée en vue de minimiser les dégâts ? En fait, le gouvernement de Silvio Berlusconi, avaient alors d’autres chats à fouetter, la réunion prochaine du G8 devant se tenir en Italie. Une occasion rêvée par le Président du Conseil de pouvoir faire son numéro favori de star au milieu des grands de ce monde. Les pouvoirs publics viennent-ils en aide aux sinistrés ? Berlusconi donne les pleins pouvoirs à la « Protection civile » dirigée par un de ses amis et qui peut dès lors agir en dehors de toute référence aux lois. Puis il fait évacuer totalement le centre de la ville et annonce le lancement d’un programme de construction d’immeubles neufs dans un quartier nouveau. En attendant, les sinistrés sont hébergés dans des hôtels ou dans un village de toile. Une occasion comme une autre de gagner de l’argent dans une opération immobilière de grande envergure tout en valorisation l’action gouvernementale et ce Président toujours sur le terrain, aux côtés des citoyens. Pourtant Tout au long du film, les révélations de scandales se multiplient. La justice ne manque pas de travail. Draquila, Berlusconi dans le rôle du vampire et l’Italie dans celui de la victime.

Ces deux films ont-ils été efficaces sur le terrain politique ? G W Bush a été réélu et Berlusconi n’a pas été à cette époque traduit en justice. Mais l’image que retiendra l’histoire de ces deux personnages de film ne devrait pas être particulièrement brillante.