C COMME CAMPAGNE( électorale)

Le choix de Donzy, de Bénédicte Loubère et Pierre Chassagnieux.

Donzy, Nièvre, une petite ville, ou un gros village, un peu moins de 2000 habitants, un peu plus de 1000 électeurs, a la particularité, qui intéresse forcément les instituts de sondage, mais aussi les cinéastes, de voter comme la France. C’est le maire de la commune qui le dit. Les résultats des élections présidentielles à Donzy ont toujours été, depuis 1981, identiques à ceux de la France entière. Est-ce que ce sera encore le cas pour l’élection de 2017 ?

Le Choix de Donzy se différencie par  rapport aux  films célèbres sur les campagnes électorales – du Primary de l’équipe de Robert Drew pour l’élection de Kennedy en 1960 à celle de Giscard d’Estain filmé par Depardon en 1974  ou la conquête de la mairie de Paris par Delanoë dans Paris à tout prix d’Yves Jeuland et Pascale Sauvage – en ne suivant pas les candidats, en évitant même de les montrer. On ne verra tout au plus dans le film que leurs affiches et si les téléviseurs sont bien allumés lors des débats, les images sur l’écran restent floues. Le choix des réalisateurs, c’est de suivre cette campagne côté électeurs, à partir d’un petit panel d’habitants de Donzy à qui il est demandé de réagir aux événements, aux rebondissements,  des trois ou quatre mois ayant précédés le scrutin (et l’on sait qu’ils furent nombreux) et d’exprimer leurs préférences et leurs opinions politiques.

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Ici donc pas de politique spectacle, pas de grand meeting devant des foules en délires, pas de bains de foule où il s’agit de serrer le plus possible de mains, pas de déclarations devant les micros et caméras. Nous entendrons tout au plus une phrase de chacun des deux candidats tirée du débat du second tour. Et les journalistes n’auront droit qu’à quelques introductions des journaux d’information radiophoniques. D’une façon générale, la campagne en cours ne semble guère modifier la vie de la commune. On parle bien des élections sur le marché la veille du premier tour, mais s’il y a un débat animé il ne semble concerner qu’un petit groupe de personnes. Pour le reste, on continue à vivre sa vie, à faire son travail ou ses courses comme tous les jours. Les nombreux plans de coupe sur la ville nous montre des rues tranquilles. Il est vrai que les pancartes proposant la location ou la vente de logements et de commerces fermés ne sont pas rares.

S’ils peuvent paraître quelques peu indécis au début de la campagne, les habitants de Donzy interviewés exprimeront tous clairement leur vote (sauf le policier qui invoque un devoir de réserve). Au premier tour le pluralisme des convictions est parfaitement respecté. Au second les choix se sont portés essentiellement sur celui qui sera élu par le reste de la France. La règle concernant la commune est donc respectée, ce qui n’était pourtant pas le cas au premier tour, puisqu’ici Marine Le Pen est arrivée en tête. Une entorse qui n’est guère du goût du maire qui ne cache pas son opposition au Front National dont le discours, dit-il, est « dramatiquement nul ».

 

En suivant tout au long du film une retraitée ancienne cuisinière dans un collège, la femme d’un garagiste travaillant avec son mari en tant que secrétaire et pompiste, un producteur de foie gras et d’huile de noix, un policier municipal et sa femme ancienne employée à la SNCF, une monitrice d’équitation vivant avec sa jeune collègue du centre équestre, auxquels il faut ajouter le maire – le seul dont on ne connaîtra pas la profession – les cinéastes recueillent ainsi la doxa la plus répandue de la France rurale sur la vie politique et essentiellement sur ces politiciens qui en font profession. Un ensemble de critiques et de reproches devenue des lieux communs de l’air du temps, même si ceux qui ont accepté de venir parler devant la caméra ne vont pas jusqu’à se déclarer partisans de l’abstention. L’intérêt du film est donc de présenter une vue synthétique de la conscience politique d’un échantillon d’électeurs de la France rurale. Un tableau qui n’a rien de surprenant aujourd’hui, avec son scepticisme généralisé quant à l’avenir (« on ne voit pas comment peut-on faire pour sortir de tout ça ») et ce sentiment d’être abandonnés par les politiciens, tous des hommes de la ville, « qui se permettent de gagner des sommes phénoménales », alors qu’avec une petite retraite il faut vivre avec 50 euros par semaine. Un tableau qui devrait pourtant devenir un document précieux pour les historiens et sociologues du futur, tant il est construit avec rigueur et sans parti-pris.

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La dernière séquence du film nous montre ces électeurs que nous avons suivis tout au long de  cette campagne électorale réunis pour visionner ensemble Le Choix de Donzy. Ils ne regrettent pas leur vote. Ils semblent même plutôt sûrs d’avoir fait le bon choix. Du moins ils veulent le croire. Une note d’optimisme qui tranche avec le scepticisme désabusé – quand il n’est pas plus fortement révolté – qui domine le reste du film.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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