E COMME ETE.

Un amour d’été de Jean-François Lesage, Canada, 2015, 63 minutes.

Une nuit d’été à Montréal, dans la chaleur de l’été. Une nuit dans un parc, où l’on peut s’allonger sur l’herbe, mais pas pour dormir…Une nuit entre garçons et filles, à discuter, à fumer, à boire, manger aussi  et même danser. Une nuit de repos, de vacances sans doute pour ces jeunes dont la majorité doit être étudiante. Mais ils restent anonymes. Peu importe qui ils sont. Il suffit de les regarder savourer l’instant présent.

On parle beaucoup dans ces petits groupes d’amis qui ont pour seul but de passer un moment ensemble, un bon moment. Alors ils parlent d’eux, c’est-à-dire qu’ils parlent de l’amour, de leurs relations amoureuses. Ils se confient un peu. Se laisse aussi certainement entrainer par le plaisir de parler. Alors au fond, peu importe ce que l’on dit. On peut même philosopher. Un petit peu en fait. Mais enfin, le complexe d’Œdipe, voilà un bon sujet. La jeune québécoise qui le raconte insiste sur le fait qu’Œdipe s’est crevé les yeux. Il a tué son père, il s’est marié avec sa mère et il s’est crevé les yeux. Mais pourquoi donc. Question que tous ses interlocuteurs se posent. Et qui ne recevra pas de réponse. Alors on passe à autre chose. On ne s’arrête jamais trop longtemps sur un sujet.

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Le film est fait de longs plans fixes. Pas de mouvement de caméra. Les personnages sont d’ailleurs presque toujours immobiles, allongés sur l’herbe pour les couples d’amoureux, ou assis autour d’un feu de bois qui lance des étincelles bien visibles dans la nuit. Les gros plans dominent, filmant les visages les uns après les autres. Le plan d’ensemble de l’incipit nous laisse deviner des silhouettes se détachant en ombre chinoise sur une faible lumière de fond. On retrouvera ce plan en fin de film. Entre temps on aura plongé au cœur de la nuit.

« Les hommes deviennent fous l’été » entend-on dire. Il n’y a pourtant pas d’acte de folie dans le film. La nuit est plutôt calme. Quand plus personne ne parle, on entend le vent dans les arbres. Il y a bien de la musique, une petite batterie, une guitare, quelques accords. La radio. C’est sans doute elle qui diffuse La Bohème chantée par Charles Aznavour, que ces jeunes québécois reprennent en chœur, surtout le denier vers. Comme une anticipation du temps qui passera et qui les éloignera de leur jeunesse.

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La nuit, l’été, à Montréal, sur l’herbe d’un parc, est propice à la poésie. Des poèmes s’inscrivent d’ailleurs sur l’écran, à deux ou trois reprises. Aucun des personnages du film ne les dit. Ils ne font pas partie de leur vécu. Clins d’œil du cinéaste donc. Le film n’est pas particulièrement long. Mais il pourrait durer indéfiniment. Comme cette nuit qui se renouvelle chaque jour. Pourtant, « Il est 4 heures du matin pour toujours » peut-on lire dans le dernier poème.

Grand prix de la Compétition nationale longs métrages, RIDM (Rencontres Internationales du Documentaire de Montréal),  2015.

Disponible sur Tënk

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Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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