M COMME MELGAR FERNAND

Cinéaste suisse (né en 1961)

Fernand Melgar est un cinéaste suisse né au Maroc de parents espagnols qui finirent par s’installer en Suisse. C’est dire qu’on n’est pas surpris de trouver le thème de l’immigration dans une majorité de ses films. Dans son premier documentaire (Album de famille 1993), très personnel, il retrace justement l’itinéraire de ses propres parents depuis le sud de l’Espagne jusque dans le froid helvétique. Classe d’accueil (1998) aborde le problème de l’intégration des jeunes étrangers en Suisse. Pour La Forteresse (2008), il passe plusieurs mois dans le centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe où il suit les procédures de demande d’asile. Vol spécial (2011) est tourné dans un centre de détention administrative près de Genève. Un ensemble particulièrement cohérent, toujours réalisé du point de vue des immigrés, filmés avec une grande empathie.

megar forteresse 2
La Forteresse

 

En regard de cette implication personnelle du côté de ces déracinés qui n’ont plus d’autres perspectives d’avenir que de pouvoir vivre et travailler en Europe occidentale, on peut être surpris de la polémique déclenchée à propos de Vol spécial à la suite de sa présentation au festival de Locarno où le producteur et président du jury Paulo Branco traita Vol spécial d’œuvre « fasciste » et « obscène », l’accusant de faire preuve de « complaisance envers les institutions » et de « complicité avec les bourreaux ». Son argumentation repose sur le fait que le cinéaste ne questionne pas les gardiens du centre de rétention qui s’occupent des étrangers en voie d’expulsion. Par la suite, il fut aussi reproché au cinéaste de ne pas avoir mentionné qu’un des hommes filmés possède un lourd casier judiciaire, condamné en particulier pour trafic de drogues. De même l’affirmation selon laquelle des milliers de personnes sont enfermées sans décision de justice pour la seule raison d’être en situation irrégulière dans le pays fut contestée comme erronée par des responsables politiques suisses. Bref on a reproché au film de contenir des erreurs et de ne pas être objectif et au cinéaste de ne pas suffisamment dénoncer une situation inacceptable. Des critiques fondamentalement contradictoires, et bien injustes par rapport à l’engagement de Melgar en faveur des immigrés et par rapport à son travail de cinéaste mettant en œuvre une méthodologie de cinéma direct, sans commentaire et sans jugement, mais ne cachant pas son point de vue personnel. Au fond, qu’un tel film ait été vécu comme dérangeant ne fait que souligner sa force, et sa valeur, reconnue d’ailleurs par deux prix (premier prix du jury des jeunes et prix du jury Œcuménique) au même festival de Locarno où la polémique prit naissance.

melgae vol special
Vol Spécial

Le film suivant de Melgar, L’abri, s’intéresse lui au sort des sans-abris, ceux qui vivent dans la rue et cherchent un lieu pour passer la nuit un peu plus au chaud en hiver. Sans commentaire, sans entretien, sans jugement de sa part, le cinéaste filme un centre d’hébergement d’urgence à Lausanne. L’établissement dispose de 100 places. Mais ceux qui viennent demander un peu d’aide, un lit et un repas chaud, sont bien plus nombreux. Aussi tous les soirs d’hiver, c’est la même situation qui se renouvelle. Le personnel est obligé de « trier » ces demandeurs qui tous ont besoin d’aide. Les femmes et les enfants – car il y a là aussi, à la porte de l’Abri des enfants en bas âge – sont bien sûr prioritaires. Pour les hommes, peut-il y avoir des critères objectifs ? Une situation qui parfois est à deux doigts de vraiment dégénérer, et qui ne peut guère éviter les bousculades ou les manifestations de colère. En ce qui concerne la vie du centre proprement dite, Melgar  prend souvent en compte les difficultés que rencontre le personnel, et surtout le directeur, pour faire respecter un règlement strict, sur la question de la cigarette par exemple. Ainsi tous les pensionnaires d’une chambre où l’un d’eux a fumé sont exclus pour une semaine. Une sanction dure à accepter pour les innocents. Pourtant le film montre tout le dévouement dont ceux qui travaillent au centre sont capables. Et l’on se dit que dans ce pays pourtant réputé pour être riche, la Suisse, les laissés pour compte de la société ont bien besoin d’une aide humanitaire pour tenter de survivre en gardant un minimum d’espoir dans des jours meilleurs.

melgar abri 3
L’Abri

Melgar fait partie dès les années 80 de la culture underground de Suisse romande où il fonda avec des amis le cabaret Orwell puis la scène rock, La Dolce Vita. Il est membre depuis 1985 de l’association Climage, un des plus importants producteurs de documentaires dans le cinéma indépendant en Suisse.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s