A ciel ouvert, Inès Compan, France, 2010, 94 minutes.
Connaissez-vous les Amérindiens Kollas ? Le film d’Ines Compan nous les fait découvrir en s’immergeant dans leurs communautés Des communautés qui ont bien du mal à survivre, à préserver leur mode de vie ancestral, l’élevage de lamas et de moutons sur les hauts plateaux du nord-ouest de l’Argentine. Un mode de vie menacé par les attaques de la société industrielle toujours à la recherche de gains jusque dans cette province perdue de Jujuy et ses paysages quasi-désertiques – le film nous fait profiter pleinement de leur beauté. Mais les Kollas trouveront-ils les moyens de résister ?
L’industrie s’incarne ici sous les traits d’une société canadienne, la Silver Standard, qui vient d’ouvrir une mine à ciel ouvert pour exploiter un filon de minerai d’argent. Les Kollas se voient ainsi dépouillés d’une partie de leur terre et de leurs pâturages traditionnels. Ils craignent aussi pour la qualité de leur environnement et surtout de la possibilité de s’alimenter en eau, une eau déjà bien rare et que le détournement de la rivière au profit de la mine rendra définitivement hors de portée.
Le film suit avec une grande précision ce combat du pot de terre contre le pot de fer, un combat dont l’issue ne fait dès le départ pas de doute, tant les Kollas, comme tant d’autres communautés amérindiennes sont considérés comme négligeables par les autorités. Et puis la firme canadienne a tous les moyens pour ne pas être inquiétée. Elle pratique une politique d’intéressement, proposant des emplois aux moins contestataires et des sommes d’argent aux autres. Elle réussit à diviser les membres des communautés et à maîtriser ainsi la contestation naissante.
Car une bonne partie des Kollas n’entendent pas renoncer si facilement à leurs droits. La cinéaste recueille leur volonté de préserver ce qui a toujours été leur mode de vie. Et la qualité de l’air qu’ils respirent et de l’eau qu’ils boivent. Elle filme les réunions où les plus combattants prennent la parole pour essayer de mobiliser et de préparer les négociations avec l’entreprise sans être au départ en position d’infériorité. Mais beaucoup semblent résignés.
Pourtant les Kollas ne baissent pas les bras. Le film s’ouvre sur une action choc, le blocage de la route qui traverse la région. Une situation tendue. Les camionneurs déclarent comprendre les revendications – l’école promise depuis des années n’a toujours pas vue le jour. Mais il leur faut aussi respecter leurs horaires. Les manifestants obtiennent qu’un représentant de l’administration – pas le gouverneur tout de même – vienne les écouter. La fin du film nous montrera l’école en construction. Signe de victoire ? Pas complètement. La mine est en pleine activité. L’avenir des Kollas reste bien incertain.