Y COMME YIDDISHLAND.

Les Yatzkan, Anna-Cécilia Kendall-Yatzkan 2014, 73 minutes.

C’est l’histoire d’une famille. Une histoire riche, complexe, unique. Surtout pour la cinéaste puisqu’elle en fait partie. Mais il lui faudra attendre la disparition de sa mère pour qu’elle entreprenne d’en rechercher les documents les plus significatifs  – mais aussi les plus anodins – et d’en faire un film. Un film qui retrace donc une histoire familiale, racontée en première personne. Mais à cause, ou grâce à la personnalité du grand-père et à l’ensemble des activités qui ont constitué sa vie publique, cette histoire personnelle rejoint la grande Histoire – celle des peuples et des civilisations.

Yatzkan

Dans la famille Yatzkan, la figure prépondérante, c’est donc le grand-père, Samuel Yacov. Sa vie s’inscrit dans cette période qui va de la fin du XIX° siècle à la montée du nazisme en Allemagne et son arrivée au pouvoir. De la Lituanie, puis en Pologne, jusqu’à sa dispersion par la Shoah. Une vie passablement tourmentée donc. Il est journaliste, ou plus exactement éditeur de presse. Sa grande œuvre, c’est la création d’un journal « Haynt » phare de la  presse populaire du « Yiddishland » du début du XXe siècle. Un journal rédigé en Yiddish et qui incarne parfaitement cette culture que les nazis voudront faire disparaître définitivement. L’histoire de la famille Yatzkan est donc un excellent indicateur de la montée de l’antisémitisme en Europe. Et lorsqu’une partie de ses membres se résoudront à l’exil, elle montre comment sa survie a été difficile, problématique et pour tout dire miraculeuse.

Yatzkan 2

Le film repose donc sur les rencontres organisées avec les membres survivants de la famille, qu’il faut aller chercher jusqu’en Amérique. Mais la mère de la cinéaste est peu disposée à lui faciliter le travail et rechigne à évoquer ses souvenirs. Alors il faut bien se retourner vers les archives qui, concernant le grand-père et son journal, sont heureusement nombreuses.

Le film de Anna-Cécilia Kendall-Yatzkan est ainsi un bon exemple de la façon dont une histoire familiale peut avoir du sens au niveau de l’Histoire tout court. La première personne, qui en est l’expression initiale, devient tout naturellement un nous collectif. Il est vrai que l’activité journalistique du grand-père favorise grandement le changement d’échelle. D’autant plus que la culture Yiddish reste à découvrir pour ceux qui lui sont étrangers. Ce à quoi le film contribue avec une force de conviction intérieure tout à fait remarquable.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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