E COMME EXPOSITION – Florence Lazar.

Au Jeu de Paume à Paris, une exposition consacrée à l’œuvre de Florence Lazar. Son œuvre photographique, bien sûr, puisque le musée est justement consacré à la photographie. Mais la vidéo aussi et en fin de compte le cinéma, documentaire s’entend, avec des projections spéciales et des diffusions de certains films en permanence dans la salle du musée. Présentation.

Soulignons d’abord le titre de l’exposition, particulièrement éloquent : Tu crois que la terre est chose morte…Ce qui se développe dans le catalogue par cette injonction : C’est tellement plus commode ! Morte, alors on la piétine. Une phrase tirée de la pièce d’Aimé Césaire, La Tempête, elle-même adaptée de La Tempête de Shakespeare.

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Aimé Césaire, nous le retrouvons dans une partie importante du travail photographique de Florence Lazar. En 2016, elle participe à la commande du 1% artistique lors de la construction du collège qui porte le nom du poète martiniquais dans le 18° arrondissement de Paris. Un hommage au poète, réalisé avec des élèves de l’établissement, éclairant le passé colonial de la France.

La Martinique, elle, est au cœur du plus récent des films présentés ici – il date de 2019 –intitulé 125 hectares. Filmée en plan fixe, dans des cadrages plus ou moins serrés, une femme travaille dans un champ. Elle raconte l’histoire du collectif du Morne-Rouge, qui lutte pour préserver une agriculture de subsistance, alors que l’île est à 80% consacrée à la culture de la banane. Une monoculture qui entraine une pollution importante des sols et des cours d’eau à cause de l’utilisation massive d’insecticides, avec des répercutions évidentes sur la santé de la population. Une femme que l’on sent totalement engagée dans cette lutte, impressionnante par la clarté et la rigueur de son discours. Un filmage sans effet particulier mais qui met bien en évidence la précision de ses gestes, répétés inlassablement. Une précision qui fait écho à celle des données historiques et écologiques de ses propos. Des images toute simples, pourrait-on dire, mais néanmoins chargée d’une forte charge émotive.

lazar jdp paysans

Autre centre d’intérêt de la cinéaste, l’ex-Yougoslavie, avec laquelle elle a des liens familiaux. En 1999 elle se rend en Serbie, alors que le conflit armé vient juste de s’achever. Elle y réalise de nombreux entretiens pour essayer de comprendre la ferveur populaire dont jouit Slobodan Milosevic, alors même qu’il ait quitté le pouvoir. C’est ainsi qu’elle rencontre un petit groupe de paysans dans un village de la Serbie centrale qui vont s’exprimer spontanément sur leur lieu de travail. Le film qu’elle en tire, Les Paysans (2000) est lui aussi réalisé en long plans fixes, les protagonistes s’adressant directement à la caméra pour critiquer le régime en place. Un discours surprenant qui tire sa force de sa simplicité même.

L’exposition permet aussi de découvrir des films tout aussi percutants dans leur propos.

Les femmes en noir (2002) est un court-métrage, 12 minutes, consacré à ce mouvement de femmes qui organisent des veillées hebdomadaires à Belgrade, pour manifester contre la guerre de Croatie, de Bosnie et du Kosovo.

La prière (2008, 20 minutes) filme les prières de rue dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, les différentes mosquées, plus ou moins provisoires, étant de plus en plus insuffisantes pour accueillir un nombre de fidèles en augmentation constante. Un problème devenu politique lorsque les partis de droite s’en sont emparés.

lazar jdp pierres

Enfin, signalons Les Pierres (2014, 66 minutes) qui revient en Serbie pour montrer comment l’histoire est réécrite pour renforcer l’hégémonie serbe sur la région. Il montre la construction d’églises imitées de celles du passé, la « découverte » de fausses ruines archéologiques, ou la démolition d’édifices anciens afin de construire de nouveaux bâtiments avec ses pierres « authentiques ». Une société qui, après la guerre, vit dans le déni et l’effacement du passé.

Le cinéma dans un musée, ce ne sont pas toujours des conditions optimales de visionnage. Mais si cela permet, comme c’est le cas ici, de voir des films peu accessibles, alors pourquoi pas.

Lire aussi B COMME BANLIEUE – Les Bosquets https://dicodoc.blog/2019/05/02/b-comme-banlieue-les-bosquets/

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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