B COMME BANDE DESSINÉE.

Avril 50, Bénédicte Pagnot, 2007, 32 minutes.

Brest avril 1950. Des grèves massives dans le bâtiment, dans cette ville en pleine reconstruction après les destructions de la guerre.ne manifestation d’ouvriers gréviste. Une manifestation qui tourne mal. Les manifestants font face à la police. Des coups de feu. Il y aura un mort, un ouvrier. Et de nombreux blessés. Une page noire du mouvement ouvrier français.

Comment garder la mémoire de l’événement ?

Trois éléments vont s’entrecroiser.

Au lendemain de la fusillade, les syndicats font appel à René Vautier qui se rend sur les lieux immédiatement. Le cinéaste est connu dans les milieux militants comme l’auteur de Afrique 50, le premier film anticolonialiste français. Le film est interdit et Vautier poursuivi, car bien sûr il effectue des projections clandestines en milieu ouvrier. Le film qu’il réalise à Brest, Un homme est mort, est aujourd’hui perdu, mais le souvenir des événements de Brest n’est pas effacé pour autant.

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Des années plus tard, deux auteurs de bande dessinée, un scénariste, Chris, et un dessinateur, Etienne Davodeau, vont entreprendre la réalisation d’un ouvrage qui portera le même titre que le film perdu de Vautier, Un homme est mort (Futuropolis). Il s’agit pour eux de rendre compte à la fois des événements de Brest et du travail de Vautier, filmant le jour et projetant le soir ses images aux principaux intéressés.

Bénédicte Pagnot réalise un film où elle nous immerge dans le processus de création de la BD en suivant les deux auteurs dans les différentes étapes de leur travail. Son film rend donc compte par l’intermédiaire de la bande dessinée des événements de Brest et de l’implication d’un cinéaste militant, René Vautier, par rapport à ces événements.

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Arrivant en dernière position, le film fonctionne en ricochet. Si son point de départ est la bande dessinée, elle aborde du même coup les événements de Brest et la couverture qu’a pu en faire, cinématographiquement et non pas journalistiquement, René Vautier. Son principal intérêt reste cependant dans le travail nécessaire pour la réalisation de la bd, la documentation que réunit le scénariste, les esquisses dessinées des différents personnages, la mise en couleur de l’album jusqu’aux derniers réglages avec l’éditeur. Et puis les hésitations, surtout sur les scènes clés des événements, principalement la mort de l’ouvrier. Sur ce dernier point, Etienne Davodeau nous présente les différentes versions de cette planche cruciale. Comment représenter l’action de la police. Dans quelles circonstances exactes les policiers ont-ils ouvert le feu sur les grévistes ? En l’absence de données incontestables sur les faits, les auteurs vont adopter une position relativement neutre, laissant au lecteur la possibilité de se forger sa propre interprétation.

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Donner la parole aux auteurs d’une œuvre, montrer les difficultés, les contraintes de leur travail, les choix nécessaires, les enjeux éthiques qu’ils peuvent rencontrer, est toujours éclairant. Bénédicte Pingot le fait en allant toujours à l’essentiel et en évitant les propos superflus. La bande dessinée apparait ainsi comme un art plus complexe qu’il pourrait paraître au premier abord. Et puis, avoir redonné vie au film perdu de René Vautier n’est pas son moindre mérite.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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