B COMME BANLIEUE – Les Bosquets.

Les Bosquets, Florence Lazar, 2010, 50 minutes

La cité des Bosquets à Montfermeil est en travaux. Les immeubles vont être réhabilités, rénovés. Des tours vont être détruites. Il était sans doute temps de mettre fin à la décrépitude, de montrer que la banlieue peut encore être vivable. Un grand projet d’urbanisme va être mis en œuvre. Une excellente occasion de se pencher sur le vécu des habitants de ces quartiers où prirent naissance les émeutes de 2005.

bosquets 1

Florence Lazar filme la cité en longs plans fixes, presque sans mouvement, sans action notoire. Comme si une torpeur s’abattait sur elle dans l’attente du changement. Les seuls moments où il semble se passer quelque chose, ce sont les réunions d’information, la présentation en images de synthèse du nouvel aspect de la ville. En attendant, les habitants ne semblent pas particulièrement concernés. Certains s’interrogent sur les nouvelles couleurs des façades, mais les nouveautés annoncées ne soulèvent pas les passions. Chacun continue sa vie comme si de rien n’était, comme ces deux femmes, assises l’une en face de l’autre sur un tapis posé dans l’herbe. Elles ne savent pas trop de quoi parler. Elles restent ensemble, tout simplement.

La vie en banlieue peut-elle changer ? Le film ne cherche pas une réponse. La cinéaste, d’ailleurs, ne pose pas la question aux habitants qu’elle filme. Les pelleteuses creusent le sol. Des enfants jouent sur un tas de sable. Les plus grands discutent et rient. La plupart du temps, les paroles que nous entendons viennent du hors-champ, sans que nous sachions très bien qui les profère. Un procédé qui interdit toute proximité avec les personnes filmées. Même les gros plans de visages restent impersonnels. Le film ne cherche pas à faire pénétrer le spectateur dans la cité, à lui faire partager les problèmes des banlieues. Mais l’urbanisme réussira-t-il à faire que la cité ne soit plus un « quartier de ouf » ?

bosquets 3

Le film est très lent, statique, sans commentaire, sans aucune prise de position. Une simple photographie de la réalité, ou du moins de ses aspects les plus visibles de l’extérieur, les plus superficiels. Nous ne pénétrons pas dans les immeubles, pas même dans les cages d’escaliers. Les deux seuls travellings du film nous montrent les façades éventrées par les travaux, au raz de la rue. Le temps semble s’être arrêté. Cette impression de vide est-elle trompeuse ? Le feu ne couve-t-il pas sous ce calme apparent ? La banlieue a-t-elle un avenir ?

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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