I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – L’IMAGE QU’ON S’EN FAIT de Seb Coupy

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

Conception

Au tout début, il y a ce souvenir :

Nous sommes en 1979, j’ai 8 ans. Comateux dans une Opel Ascona jaune clair, j’entends au loin les voix de mes parents à l’avant de la voiture. Un fond sonore me berce, les infrabasses des pneus roulant sur le goudron m’engourdissent. Je ne demande plus combien de kilomètres il nous reste à faire ni où l’on va, je ne m’ennuie même plus, j’en suis au stade de la rêverie, du vagabondage, quelque part en France, sur l’autoroute. Ma mère se retourne, et puisque que je ne dors pas, elle me prévient : “Attention, IL va arriver !”. Dans le halo des phares, entre deux épaules d’adultes, je l’aperçois : le gigantesque panneau marron au bord de l’A8 paysages aixois

Ocre, sable, brique, noisette, palissandre et chocolat, un camaïeu marron s’offre à mon regard vitreux. J’avais hâte de retrouver cette ponctuation familière, synonyme de vacances au soleil, de cigales et de sud.

Et puis il y a la campagne des élections présidentielles de 2017, les crispations, les petites phrases, le duel Macron – Le Pen. Lors de ces moments là, on entend une certaine idée de la France, on s’aperçoit que l’on trie, que l’on hiérarchise, que l’on cherche à affirmer “ce qui fait la France”.

Parce que je me sens inquiet, je commence à m’interroger sur la façon que l’on a, depuis Ernest Lavisse, de fabriquer du héro Gaulois et je me focalise sur la norme française.

Ces panneaux sont aussi liés au pays d’où l’on est, de celui d’où l’on vient.

Et là, ils s’adressent à tous.

J’ai pensé alors que nous avions tous un petit panneau dans la tête, une image préfabriquée de notre environnement. Je me suis dit “les gens auront sans doute quelque chose à m’en dire”.

Pour le repérage, il était très difficile de trouver des catalogues de ces images d’autoroute. Repérer ces panneaux a consisté essentiellement à cliquer des milliers de fois sur Google map afin de parcourir ainsi des centaines de kilomètres. Il y a plusieurs typologies de panneaux : architecture, gastronomie, paysages… et je ne voulais pas me répéter.

Une fois les images choisies, je voulais les représenter « contre nature ». Alors qu’elles étaient conçues pour être vues à 130 km/heure, je souhaitais faire de longs plans fixes et frontaux.  Un automobiliste a environ 3 secondes pour décrypter le dessin, moi je voulais donner plus de temps au spectateur, peut-être pour le relier à autre chose.

Pour le reste j’avais confiance sur notre capacité à rencontrer des habitants proches des images. Seulement quelques séquences de réunion étaient prévues à l’avance (la réunion de concertation sur l’image de la Margeride, la commission AOP du Camembert).  

Production

La question du temps était essentielle. Il fallait s’autoriser de l’errance, des fausses pistes, bref tout ce qui est compliqué à obtenir lors d’un tournage. Alexandre Cornu, mon producteur a très vite compris qu’il me fallait ce temps au tournage et au montage. J’ai pu tourner sur une année en faisant des allers-retours en dérushage avec beaucoup de liberté. Liberté gagnée en limitant les coûts.

Diffusion

Le film a été produit par la télévision, mais il a été fabriqué pour le cinéma. Il a été diffusé en salle à plusieurs reprises. Pendant le mois du film documentaire ou lors des sélections en festival j’ai pu le voir sur grand écran : En salle, les panneaux étaient quasiment reproduits à l’échelle 1 et l’on était face à des images gigantesques, comme sur le bord de l’autoroute. Le film a été disponible sur la plateforme Tënk, et chroniqué sur France culture et France inter, ce qui lui a également donné une visibilité.

France CULTURE :  https://www.franceculture.fr/emissions/le-journal-de-lhistoire/ladn-du-patrimoine-francais-code-dans-les-panneaux-touristiques

France INTER : https://www.franceinter.fr/emissions/capture-d-ecrans/capture-d-ecrans-05-mars-2020

https://www.filmexplorer.ch/detail/limage-quon-sen-fait/

Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

« Face Value » de Johan Van Der Keuken – « Les emblèmes de la république » de Bernard Richard – L’exposition “Musée national” de Marc Lathuillière

Les images du chocolat Poulain – Daniel Berclaz – Bertrand Lavier

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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