T COMME TYPHON.

Milieu. Damien Faure, 2015, 54 minutes.

Une île japonaise, Yakushima. Une île lointaine donc, façon de nous écarter de nos références de pensée habituelles, le rationalisme cartésien tout particulièrement. Une île peu habitée – on ne rencontrera que deux hommes dans tout le film. Une île montagneuse, couverte d’une forêt épaisse, qu’on pourrait dire sauvage, ou naturelle, parce que les traces humaines y sont peu visibles. Le lieu idéal pour poser la question du rapport de l’homme et de la nature.

Milieu est un film de réflexion. Un film qui pousse à la réflexion, Sur la place de l’homme dans la nature. A-t-il des droits sur elle ? Ne se doit-il pas avant tout de la préserver ? Mais le questionnement ouvert ne se limite pas aux positions écologiques ou politiques actuelles. Le film nous situe dans une sphère plus profonde, plus fondamentale. On pourrait presque parler de métaphysique, si cela peut avoir du sens en dehors de la pensée occidentale. Ici, la forêt est peuplée de divinités. Et l’on n’y pénètre pas sans s’être recueilli un moment devant le sanctuaire qui leur est consacré.

Deux hommes donc qui vivent là en toute tranquillité. Ils se rencontrent pour échanger sur leur passion commune, la connaissance des insectes et des papillons. Ils commentent avec beaucoup d’érudition leurs collections respectives. La chasse aux papillons dans la forêt silencieuse est une activité si paisible, où rien n’est rapide. Le temps semble immobile.

Et pourtant, la nature peut se déchaîner. Dès le début du film, nous suivons sur un écran l’avancée du typhon annoncé. Un typhon ? Cela ne représente-t-il pas, une force destructrice, hostile aux hommes et à leurs œuvres ? Mais l’homme qui vit là n’a aucune inquiétude. Nous voyons le vent et la pluie faire rage à travers la vitre de la pièce où il repose le plus calmement du monde. Et une fois le typhon passé, il reprendra, comme avant, son activité de chasse aux papillons. Comme lui l’escargots, l’araignée et les fourmis, que nous voyons plusieurs fois en gros plans dans le film, peuvent reprendre le cours de leur vie.  Seul l’homme pourrait la perturber. Ce qu’ici il se garde bien de faire.

Le film débute et se clôt sur la parole, comme enregistrée depuis un lieu lointain, d’un géographe-philosophe, Augustin Berque. Entre les deux, c’est toute l’harmonie et la sérénité de la nature qui nous sont données à voir.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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