I COMME ITINERAIRE d’un film :The last Hillbilly de Thomas Jenkoe et Diane-Sara Bouzgarrou.

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-t-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre. Choisir que filmer et comment le filmer. Des images qui ne prendront souvent sens qu’au montage, lorsqu’elles rencontreront d’autres images.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

1 Conception

Le film est né de la rencontre déterminante avec Brian, notre protagoniste. C’est lui qui est venu vers nous alors que nous séjournions dans le Kentucky en 2013. Nous avions choisi de nous rendre dans cet État car nous cherchions un endroit qui n’était pas cartographié par le tourisme et qui, de prime abord, n’intéressait personne. Le Kentucky correspondait à cela car c’est un État que les Américains traversent sans s’y arrêter.

Par miracle, Brian est présent dans le fast food où nous dinons et immédiatement un lien très fort, d’abord amical, se tisse entre nous après qu’il soit venu spontanément nous parler. Nous découvrons l’homme et presque simultanément, la puissance de ses textes.  À travers ses paroles et ses textes, Brian nous révèle sa passion pour son identité hillbilly (littéralement « le péquenaud des collines »). Nous sommes intrigués et intéressés par la manière avec laquelle il choisit d’assumer cette insulte et les stéréotypes qu’elle véhicule. Sans se dérober aux réalités désagréables qu’elle recoupe parfois, il essaie aussi d’en éclairer les aspects plus positifs afin d’en redéfinir le sens. Pendant sept ans, nous nous rendons chez lui, nous partageons son intimité, celle de sa famille, de ses proches, et le film naît peu à peu. Brian est magnétique et charismatique. Et ceux qui l’entourent se font écho de ce qu’il parvient à restituer avec acuité de ce qu’il observe au quotidien. Dans son sillon et à travers ses mots, nous découvrons la densité, la complexité de ce qui se joue dans ce coin de l’Amérique, dans les Appalaches, et nous entamons la création du film avec la volonté de plonger dans ses textes comme dans sa vie et celle de son clan.

Avant même de rencontrer Brian, nous voulions déjà faire un film tous les deux sur le territoire américain, dont l’histoire nous passionne et nous questionne. Nous sommes habités par la littérature américaine, celle de Faulkner, celle de Cormac Mac Carthy, celle de William Carlos Williams, ainsi que par l’œuvre photographique de Mark Cohen, qui a passé sa vie à photographier sa petite ville de Pennsylvanie. Il s’agissait, plus que le cinéma, de nos principales influences. Bien sûr, nous connaissons très bien les films américains, mais nous souhaitions apporter un regard nouveau, sans tomber dans l’exotisme ou l’attrait facile pour les grands espaces. Pour nous dépouiller de tout cliché, nous avons d’abord choisi de vivre en immersion totale avec Brian. Nous vivions dans son mobile home, chez ses parents, nous jouions avec les enfants, nous faisions les rondes dans la ferme avec le frère et le père de Brian, et c’est ainsi que nous avons appris à entrer dans leur intimité en leur faisant accepter notre présence, et notre matériel. L’impératif éthique allait de pair avec l’exigence esthétique. 

Ce qui nous a mu aussi dès le départ, c’est l’histoire violente de l’Amérique que nous avions explorée en tant que lecteurs et spectateurs et que nous avons pu éprouver en tant que personnes et cinéastes sur place. Les premiers colons sont arrivés en Amérique avec l’idée d’y fonder une « Nouvelle Jérusalem ». Et, au nom de cet idéal, ils ont perpétré un génocide, celui des indiens. Il y a une histoire de la violence qui accompagne la création des États-Unis, et l’Éden fantasmé n’a duré que le temps d’une traversée de l’Atlantique. C’est l’histoire d’une Chute qui n’a toujours pas pris fin. Cette faute originelle hante encore l’esprit des nouvelles générations et influe sur les comportements. Le film commence avec la présence des forces telluriques et des violences qu’elles charrient et qui impriment leur marque sur le territoire. La plupart des personnes que nous avons rencontrées dans l’est du Kentucky nous en ont parlé d’une manière ou d’une autre. On a senti que les gens du coin vivaient ça comme une fatalité dont elles ne parvenaient pas à se départir et c’est pourquoi on l’a intégré à la narration. Nous avons toujours souhaité que notre film soit contemporain mais intemporel, américain, mais universel, intime mais aussi collectif. Il est comme une photographie de ce qui se joue actuellement dans le monde, la sensation d’un vertige face à une catastrophe en cours, et filmer Brian et sa famille, c’était filmer un monde au bord du précipice, et cela a une résonance bien plus grande qu’un simple film dans un petit village perdu au fond du Kentucky.

2 Production

Nous avons commencé à travailler avec Jean-Laurent Csinidis et sa société Films de Force Majeure dès 2016. Notre conception commune du film résidait dans le fait d’aller régulièrement sur place, en repérages, afin de nous imprégner de la réalité de ce monde mais aussi pour procéder à des essais filmés. Chaque réécriture du projet a ainsi toujours concordé avec un séjour dans le Kentucky, et l’écriture s’est ainsi constamment nourrie de notre expérience du terrain, de nos observations et du travail de mise en scène que nous avons pu mettre à l’épreuve d’année en année. En tout, nous sommes restés sept mois avec Brian et sa famille. Nous y sommes allés au moins une fois par an, un mois, deux mois, quinze jours.

Jean-Laurent Csinidis avait une vision très claire de la production de notre film et il a toujours mis en œuvre un travail exigeant, ambitieux et réfléchi quant aux choix de production. Nous avons donc suivi un parcours de financement classique en s’appuyant d’abord sur les aides à l’écriture et au développement qui nous ont permis d’esquisser puis d’affirmer un point de vue, de nous projeter dans une narration et de réaliser également des essais afin de pouvoir entrer dans la création du film dès les repérages. Ceci a pu avoir lieu également grâce à la stratégie européenne qu’a mis en place notre producteur. Outre les aides nationales et régionales que nous avons pu obtenir en PACA et dans les Hauts-de-France, nous avons participé à beaucoup de programmes de type pitch ou lab : Eurodocs, dans le cadre duquel nous avons dû réaliser une séquence de 10 minutes à partir de nos rushes de repérages, le Pitching du Réel à Nyon (Visions du réel) puis le Holland Film Meeting du festival d’Utrecht. Cette stratégie s’est poursuivie durant le montage où nous avons participé au Work-in-progress du Festival des Arcs et lors de la post-production où nous avons obtenu le soutien financier du Doha Film Institute.

Ainsi chaque étape de la production, des premières aides à l’écriture jusqu’aux aides en post-production ont été réfléchies et envisagées afin de transformer ce film en une expérience cinématographique qui puisse toucher un large public. C’est ainsi que Jean-Laurent Csinidis a tenu à ce que nous passions l’Avance sur Recettes, donnant au film une ampleur qui a porté notre travail jusqu’à la sélection à l’ACID Cannes et nous a permis de trouver un distributeur et un vendeur international.

3 Réalisation

Nous avons choisi très vite, en accord avec notre producteur, de rapidement partir en repérages pour alimenter l’écriture de notre projet. Les demandes de subvention nous ont permis de renouveler le film, année après année, et de nous poser pour écrire après être toujours allés sur place en repérages. Nous apportions le matériel (image et son) afin de pouvoir mettre à l’épreuve nos intuitions de mise en scène. Nous étions très inspirés par la façon qu’a eu Terrence Malick de travailler la voix intérieure, et également sa manière de monter ses derniers films. Il y avait quelque chose qui nous paraissait juste, dans Tree of Life ou dans Knights of Cup, et qui résonnait avec notre approche à la fois de tournage et de montage. Il s’agissait d’entrer dans le mouvement des corps, d’entrer dans le sillage de Brian et d’aller à la rencontre de son être d’une manière elliptique et sensorielle. Nous avons donc beaucoup tourné en mouvement et nous avons acheté du matériel nous permettant d’être très mobiles et libres. Thomas tenait la caméra, Diane prenait le son, mais nous avions aussi envie d’attraper des images, des scènes à la volée, et c’est ainsi que Diane avait toujours sur elle un appareil photo de qualité, qui a permis d’enregistrer des scènes sur le vif, parce qu’elles émergeaient soudainement du réel. Le fait de vivre sur place, au sein de la famille Ritchie a été déterminant. Non seulement, cela nous a permis de nous intégrer au clan, de pouvoir nous familiariser avec chaque membre de la famille, de rencontrer leurs proches et de se faire une place privilégiée au sein de leur groupe. Cela nous a aussi permis de capturer une sensation du temps qui passe. Nous avons souhaité filmer l’essence de la vie dans les petits riens, embrasser tout un monde dans un mouvement, une réplique, dans un montage associatif, très peu intellectuel. C’est de cette manière que notre film a acquis une dimension de fresque sur le vivant, au-delà du sujet, au-delà de la spécificité de la situation géographique, politique et sociale rencontrée sur place. Le film est une fresque aussi car il parcoure les années : les enfants grandissent, la situation évolue et tout cela a pu être possible grâce à notre présence longue sur le même lieu de tournage et au sein d’un même groupe. Nous souhaitions être invisibles et ne tenir aucun rôle dans le film autre que celui de cinéastes. Ainsi nous avons suivi le quotidien de Brian et de sa famille et avons passé beaucoup de temps aussi sans caméra, à observer, à saisir le potentiel dans les différentes situations dont nous étions témoins. La scène où Brian et son frère dépoussièrent les cerfs est un bon exemple : nous étions allés diner chez Dwight et nous les avons vus qui dépoussiéraient les trophées de chasse. L’année d’après lorsque nous sommes revenus, nous avons proposé à Brian et à son frère de refaire ce que nous avions observé, ce qu’ils ont accepté. Nous avons laissé tourner, laissant Brian et Dwight oublier la caméra et vivre la scène spontanément, et nous leur avons proposé d’évoquer la mort de leur frère, puisque Dwight possédait le premier cerf que chacun de la fratrie Ritchie avait tué quand ils étaient jeunes. C’est un bon exemple du temps d’observation que nous avons pris afin de saisir quelles scènes pourraient apporter un contenu passionnant. Nous avions écrit dans notre tête un canevas et ensuite la scène se déroulait sans notre intervention. Nous avions un rapport très honnête avec chacun d’entre eux : le tournage a pu se dérouler, dans une grande fluidité et dans une confiance mutuelle que nous avons continué d’affirmer au montage.

Nous savions que celui-ci aurait une grande importance dans notre film, notamment en raison du choix que nous avons fait d’ouvrir plusieurs scènes en même temps et qui finissent, grâce au montage, grâce à la voix off de Brian et l’utilisation de la musique, par se répondre, créer un écho à partir d’éléments assez disparates. Théophile Gay-Mazas, le monteur du film, a eu une place très importante dans le processus créatif. Il a fallu inventer un langage, trouver une structure, un chemin dans le film parmi tant d’autres que nous aurions pu explorer. Il est devenu évident que l’itinéraire intérieur et l’évolution du personnage de Brian était le trajet le plus évident et le plus intéressant à emprunter dans les rushes. C’est aussi là que s’est révélée la puissance tragicomique des enfants qui offraient un très beau contrepoint à l’itinéraire de Brian. Nous avons écarté tous les entretiens en nous concentrant sur ce que cela nous apporter comme information. Nous avons ensuite choisi de transmettre ces informations par un prisme autre que le verbal, dans les interstices du récit. Ainsi, nous avions un entretien d’une heure avec un habitant de Knott County qui nous parlait de l’épidémie de meth (une drogue peu chère et très répandue aux États-Unis) qui ravage la région. Nous avions ainsi toutes les informations pour densifier le film mais nous avions envie d’exprimer cette réalité différemment. Nous voulions traverser l’épaisseur du réel d’une manière plus sensorielle, évoquer et dévoiler les thématiques essentielles par un travail de montage précis, convoquant toutes les forces vives que le cinéma nous offre, la musique, le rythme, la parole, le montage associatif et non plus narratif. C’est ainsi que le film s’est créé et affirmé, des prémisses de l’écriture jusqu’à la touche finale donnée au montage et aux étapes de post-production.

4 Diffusion

The Last Hillbilly a d’abord été choisi par l’ACID afin de faire partie de sa sélection pour Cannes 2020. Cela a été une grande joie d’apprendre cette nouvelle. L’ACID est un grand festival, qui prend des risques, et porte un regard sur des cinéastes audacieux. Parallèlement, notre producteur a confié la distribution du film à Elisabeth Perlié et sa société New Story qui ont cru en notre œuvre et à la possibilité de la diffuser aussi bien dans de prestigieux festivals (Festival du Film Américain de Deauville, Entrevues Belfort, FIFIB – Grand Prix de la compétition Français, Corsica.docs – Prix du jury jeune etc.) qu’en salles (sortie décalée à 2021 en raison du confinement). 

Clémence Lavigne et The Party Film Sales s’occupent désormais des ventes internationales et des sélections en festivals étrangers. Il y a eu une vraie réflexion sur la question, fondamentale, de la première internationale qui se fera ainsi à l’IDFA fin novembre 2020.

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Milieu de Damien Faure.

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-t-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

Conception

MILIEU entre en écho avec un premier film que j’ai réalisé au Japon. Ce film, « Espaces intercalaires », nous révélait une vision différente de Tokyo, peuplée d’architectures singulières et de personnages qui habitent la ville autrement où
d’étranges petits bâtiments, appelés « Pets architecture » s’immiscent entre les interstices de la mégapole.

Ce premier opus nous emmenait dans l’espace urbain, j’ai très vite poursuivi cette aventure cinématographique Nipponne en me focalisant cette fois-ci sur la notion d’espace des Dieux dans l’imaginaire japonais.

Une personne que j’avais rencontré durant le premier tournage à Tokyo, m’avait parlé d’une île au sud Japon peuplée de nombreuses divinités de la nature, dans laquelle elle chassait des papillons. Elle m’avait proposé de l’accompagner pour son prochain périple, j’avais trouvé l’idée très poétique. Je lui ai demandé si je pouvais emmener ma caméra avec moi. Elle a accepté. L’île s’appelle Yakushima, et a inspiré Miyazaki pour les décors de son film Princesse Mononoké.    

Production

J’ai donc écrit un projet qui a très vite été accepté par mon producteur. S’en ait suivi le long processus de recherche, d’un diffuseur, de financements, et de mise en place d’un dossier pour les commissions d’aides au documentaire. Beaucoup de refus de la part des chaines de Télévision, à part TV Montreuil, chaine locale, qui a accepté de soutenir le projet, ce qui a déclenché l’aide automatique du CNC générée par mon producteur. En complément nous avons eu un soutien financier de la fondation Franco-Japonaise Sasakawa et l’aide à la production de film sur le paysage du Ministère de la culture.

Réalisation

Pendant le tournage, l’écriture du film a complètement volé en éclat. Tout ce que j’avais prévu, personnages et événements ont été balayé par l’arrivée d’un violent Typhon. J’ai donc dû me réinventer sur place, car depuis quelques années je poursuis un travail cinématographique par une démarche que je qualifie de “ciné-mésologie”, en référence notamment aux réflexions du géographe philosophe Augustin Berque sur l’étude des milieux (la mésologie). J’expérimente des manières de filmer qui naissent d’une écoute des lieux dans lesquels je promène ma caméra.

C’est ce que j’ai réussi à mettre en place dans cette expérience de tournage sur l’île de Yakushima. Je découvrais donc des lieux qui se nichaient au sein du sauvage, où les êtres vivants et les divinités s’appelaient les uns les autres dans un milieu qui englobait toutes ces interrelations.

Le vent que j’ai représentais visuellement par le mouvement des branches d’arbres était devenu dans un même rapport d’espace-temps, une source d’énergie qui m’avait permis de faire glisser ma caméra sur un petit travelling. Les nuages qui passaient devant le soleil devenaient pour moi un diaphragme naturel, et l’arrivée soudaine d’un typhon m’autorisait à transformer l’écriture de mon film.

Ce sont ces imprévus et ces accidents qui m’intéressent. Je dois donc la réussite du film à une catastrophe. 

Diffusion

Entre autres, ce film a été sélectionné dans beaucoup de festivals à travers le monde dont Vision du réel à Nyon 2016 en compétition.

Il été acheté par Image en Bibliothèque et me suis souvent déplacé partout en France durant le mois de film documentaire.

Il a pu aussi être montré dans le réseau Art Contemporain

Projection au Musée d’Art Contemporain de Strasbourg

Diffusé pendant 3 mois dans le cadre Station 12 de Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne

Soirée vidéo Progress Galerie, Paris.

Projection aux Beaux-Arts de Paris et dans le cadre d’un workshop aux Beaux Arts d’Orléans

Et une Projection au Centre Culturel International de Cerisy dans le séminaire sur l’art et la mésologie

Le film est sorti au cinéma en novembre 2017 au Saint-André des Arts à Paris.

Et, il a pu bénéficier d’une très belle édition DVD grâce à l’aide à l’édition DVD du CNC.

T COMME TYPHON.

Milieu. Damien Faure, 2015, 54 minutes.

Une île japonaise, Yakushima. Une île lointaine donc, façon de nous écarter de nos références de pensée habituelles, le rationalisme cartésien tout particulièrement. Une île peu habitée – on ne rencontrera que deux hommes dans tout le film. Une île montagneuse, couverte d’une forêt épaisse, qu’on pourrait dire sauvage, ou naturelle, parce que les traces humaines y sont peu visibles. Le lieu idéal pour poser la question du rapport de l’homme et de la nature.

Milieu est un film de réflexion. Un film qui pousse à la réflexion, Sur la place de l’homme dans la nature. A-t-il des droits sur elle ? Ne se doit-il pas avant tout de la préserver ? Mais le questionnement ouvert ne se limite pas aux positions écologiques ou politiques actuelles. Le film nous situe dans une sphère plus profonde, plus fondamentale. On pourrait presque parler de métaphysique, si cela peut avoir du sens en dehors de la pensée occidentale. Ici, la forêt est peuplée de divinités. Et l’on n’y pénètre pas sans s’être recueilli un moment devant le sanctuaire qui leur est consacré.

Deux hommes donc qui vivent là en toute tranquillité. Ils se rencontrent pour échanger sur leur passion commune, la connaissance des insectes et des papillons. Ils commentent avec beaucoup d’érudition leurs collections respectives. La chasse aux papillons dans la forêt silencieuse est une activité si paisible, où rien n’est rapide. Le temps semble immobile.

Et pourtant, la nature peut se déchaîner. Dès le début du film, nous suivons sur un écran l’avancée du typhon annoncé. Un typhon ? Cela ne représente-t-il pas, une force destructrice, hostile aux hommes et à leurs œuvres ? Mais l’homme qui vit là n’a aucune inquiétude. Nous voyons le vent et la pluie faire rage à travers la vitre de la pièce où il repose le plus calmement du monde. Et une fois le typhon passé, il reprendra, comme avant, son activité de chasse aux papillons. Comme lui l’escargots, l’araignée et les fourmis, que nous voyons plusieurs fois en gros plans dans le film, peuvent reprendre le cours de leur vie.  Seul l’homme pourrait la perturber. Ce qu’ici il se garde bien de faire.

Le film débute et se clôt sur la parole, comme enregistrée depuis un lieu lointain, d’un géographe-philosophe, Augustin Berque. Entre les deux, c’est toute l’harmonie et la sérénité de la nature qui nous sont données à voir.

A COMME AGRICULTURE

Le Temps des grâces, Dominique Marchais, 2009, 123 minutes

Comment l’agriculture française se porte-t-elle ? Pas très bien, répondra le pessimiste, s’appuyant sur les signes bien réels d’une crise profonde et la nécessité d’une mutation en profondeur rendant l’avenir incertain. Pas si mal, pourra rétorquer l’optimiste, affirmant qu’après tout elle a encore bien des atouts dans sa manche et qu’elle pourra faire mieux que survivre à condition de mettre en œuvre les réformes qui s’imposent. C’est cette situation contrastée que le film de Dominique Marchais met en évidence. Parcourant les campagnes françaises, de la Beauce au plateau de Millevaches, il va à la rencontre des paysans, actifs et retraités, mais aussi des chercheurs, des agronomes, des économistes. Et même d’un écrivain entouré de livres dans son bureau. Des rencontres riches d’enseignements.

temps des grâces

Une bonne partie du film se passe dans une voiture, un agriculteur au volant, le cinéaste à ses côtés posant des questions. Un bon moyen d’appréhender de visu le paysage de nos campagnes. C’est d’abord les grandes exploitations céréalières qui sont traversées et survolées par de magnifiques plans d’ensemble. Ici, le bocage a disparu, les parcelles dispersées d’un même propriétaire ont été regroupées. L’élevage a laissé la place à la culture des céréales, moins demandeuse de temps et permettant une vie plus conforme aux modes du moment, la possibilité de partir en vacances, d’avoir du temps libre et des loisirs. Il n’est plus possible de passer tous les jours de l’année à nourrir ses bêtes pour un revenu qui, rapporté au temps de travail, peut paraître dérisoire.

Et pourtant, les haies le long des petites routes de campagne avaient leur utilité, et pas seulement au niveau du paysage Seulement voilà, ici comme ailleurs, la recherche du profit a débouché sur l’augmentation des rendements, laissant de côté la nécessité de la qualité qui devrait être la marque de l’agriculture à la française.

temps des grâces 5

Par contraste, le film nous conduit dans ces régions du centre et du sud de la France, en Creuse ou en Corrèze, là où l’on parle de plus en plus de « désert agricole ». Marchais y rencontre surtout des retraités qui, de façon assez banale, évoquent la valeur du travail qui a marqué toute leur activité professionnelle et la fierté qu’ils en éprouvaient alors. Ici, le paysage est tout autre. On peut même retrouver des chemins creux. La tentation est grande de se replier sur soi-même, de mettre en place des circuits courts de distribution, en allant par exemple vendre soi-même ses fromages sur le marché. La solution résiderait-elle dans un retour au passé ?

Ce n’est pas vraiment la direction que propose le film, malgré les interventions de l’écrivain, Pierre Bergougnoux, lui-même originaire de Corrèze, qui cite Rabelais et dont les propos sentent bon la nostalgie. Les chercheurs et les spécialistes en agronomie et en économie ont des idées beaucoup plus porteuses d’avenir. Il s’agit bien sûr d’abord de renoncer, comme tout militant écologiste de base le dit, à l’emploi intensif des pesticides, fongicides et autres engrais chimiques. Il faut impérativement  assurer la survie des sols qui sont en train de mourir, leur redonner la vitalité nécessaire à une agriculture raisonnée misant avant tout sur la qualité des produits. C’est, nous dit-on, scientifiquement possible. Mais il faut mettre en place un plan d’ensemble. Les pouvoirs publics sauront-ils le faire alors que les lobbys industriels sont tout puissants ?

temps des grâces 6

Le film ne cache pas de quel côté penche le cœur et la raison du cinéaste. Mais il prend soin de ne pas se présenter comme un propos strictement militant. Les intervenants ne sont pas présentés comme faisant partie de mouvements écologistes. Mais les agronomes ne sont pas désespérés. Leur propos n’est pas de conclure qu’il faut purement et simplement revenir au passé. Comment d’ailleurs serait-ce possible ?

Le premier plan du film prend alors tout son sens. Un avion gros porteur en phase d’atterrissage survole un champ de blé. Il disparaît de notre vue au moment où il aborde sans doute les pistes de l’aéroport. Le champ de blé peut retrouver son calme immuable.

temps des grâces 3

E COMME ENTRETIEN – Caroline Lelièvre

Vous êtes diplômée de l’IFFCAM, master réalisation de documentaires
animaliers, nature et environnement. Présentez-nous cette école et la
formation que vous y avez suivie.

L’IFFCAM, « L’institut francophone de formation au cinéma animalier de Menigoute» existe depuis 2004, basée en Deux-Sèvres, c’est la seule école en Europe qui propose une formation théorique et pratique orientée vers le documentaire animalier et nature. L’École publique, anciennement rattachée à l’Université de Poitiers propose un Master « Réalisation de documentaires animaliers, nature et environnement », elle intègre des étudiants aux profils et formations différentes. Le site de l’école se trouve à la Grimaudière en pleine campagne à 45 min de Poitiers où nous étudions le cinéma, la prise de vue, l’écriture, le montage, l’environnement, la faune, la flore. Quinze étudiants par promotion maximum, les « Iffcamiens », une secte pour certains, une famille
pour d’autres.
Je suis rentrée à l’IFFCAM en 2013, nous devions faire un film par an, entre 15 et 25 min en première année et entre 20 et 45 min en deuxième. Nous réalisions nous même toutes les étapes de création autour du film, de l’écriture au mixage sonore en passant évidemment par le tournage et le montage. Nous nous aidions les uns les autres et ainsi apprenions à travailler en équipe. Des professeurs récurrents nous enseignaient l’écriture de documentaire et l’histoire du cinéma entre autres, nous bénéficions aussi de l’intervention de nombreux professionnels de l’image comme Laurent Charbonnier ou Vincent Munier. Enfin, nous avions minimum deux stages par an, un en novembre d’une semaine environ, axé sur les différentes techniques de prise de vue animalière. A partir de juin nous devions faire au moins un autre stage pour valider notre année, deux si nous trouvions. Ces stages m’ont énormément apporté, j’ai appris beaucoup sur le terrain et sur le métier en assistant des réalisateurs spécialisés dans l’animalier.

Vous êtes donc spécialisée dans un domaine particulier. Qu’est-ce qui explique ce choix.

Très tôt j’ai voulu faire un métier en lien avec l’image, j’adorais aussi écrire, raconter des histoires. J’ai commencé à faire de petits courts-métrage vers 16 ans et à participer à des ateliers vidéos avec une association Rouennaise « Sam&Sara ». En deuxième année de licence « Humanités et monde contemporain » j’ai étudié le documentaire en Estonie durant mon séjour Erasmus. Ce fût une petite révolution intérieure, c’est ça que je voulais faire, du documentaire. D’ailleurs j’avais moi-même commencé un documentaire sur mon expérience Erasmus, je filmais tout ce que je voyais, réalisais des interviews de mes amis espagnoles, français, flamands.. Je tenais aussi un journal de bord et c’est en arrivant en Laponie lors d’un voyage, que j’ai pris le plus de plaisir à filmer. De grandes étendues blanches, il y avait quelque chose de particulier ici, une nature un peu plus vaste et sauvage qu’en France. J’avais découvert L’IFFCAM quelques mois auparavant, je m’étais même rendue au fameux « FIFO » festival de films animaliers très lié à l’IFFCAM. Il m’est apparu un monde de passionnés, la grande famille de cinéastes animaliers et les films des étudiants. C’est donc très impressionnée par leur travail que j’ai désiré faire cette école. Je voulais « faire de l’animalier », mais il se trouve qu’il y a des humains dans tous mes films. Je ne peux pas m’en empêcher, pour moi le documentaire est aussi une excuse pour aller à la rencontre de passionnés et finalement je reviens toujours au même sujet. On peut difficilement avoir l’Homme d’un coté et la nature de l’autre, alors comment faire pour cohabiter?

un autre envol 2
Un autre envol.

Parlez-nous des films que vous avez réalisés dans ce domaine : « Un autre envol », « Des HLM pour les cavicoles », « La quête du vol », d’autres…

La quête du vol et Des HLM pour les cavicoles sont mes films de Master 1 et Master 2. Avec le recul, je vois surtout les défauts techniques et d’écriture, mais ils ont l’avantage d’avoir été réalisés presque sans contrainte éditoriale. Pas besoin de correspondre à une case comme tous les films animaliers aujourd’hui produits pour la télévision, même si au fond on se met des freins tout seul.

La quête du vol est un film de 18 min sur la passion du vol libre, en particulier le parapente. J’ai rencontré de nombreux « libéristes » dans différentes régions de France qui m’ont parlé de leur passion, j’ai eu la chance aussi de voler moi-même avec ces pilotes et de filmer en l’air. Je voulais avec ce film faire découvrir une passion, mais aussi sensibiliser les parapentistes quant à leurs impacts possibles sur les populations de rapaces. Le film a été très apprécié dans le monde du Vol libre, j’ai même eu le droit à un article dans un magazine de vol libre.

Des HLM pour les cavicoles, mon film de deuxième année s’intéresse aux oiseaux cavicoles, comme le Pic noir et à la préservation de son milieu naturel, en particulier les arbres habitats. C’est un film, cette fois plus axé sur les animaux que les Hommes, qui avait pour objectif de sensibiliser « le grand public » et il se trouve que pendant le tournage les directives européennes « Oiseaux et Habitats » furent susceptibles de disparaître, j’ai décidé d’orienter la fin du film sur ce risque qui résonnait avec mon message principal « la protection de la nature une affaire commune ». Un autre envol est le film sur lequel j’ai passé le plus de temps, plus de deux ans. Il fait écho à mon film de première année, le vol libre et la préservation des rapaces. J’ai crée une collecte participative afin de commencer le tournage en août 2015 et également reçu une bourse de « Soroptimist », de plus L’IFFCAM m’a largement aidé en me prêtant du matériel. Enfin, mes camarades de promotion sont venu m’aider sur le terrain. Au bout de deux ans et quatre tournages, j’ai été contacté par Paul-Aurélien Combre réalisateur et producteur chez Mona-lisa production, et nous avons proposé le film à France Télévision et c’est comme ça que les derniers tournages furent réalisés et le film produit et diffusé. L’occasion pour moi de faire mes preuves. Occasion aussi de découvrir l’univers de la télévision et de prendre conscience qu’on ne fait pas un film pour soi, mais pour les autres.
J’ai aussi co-réalisé une série Animaux d’ici avec ma promotion pour France 3 Bretagne, 18 épisodes de 3 min sur les animaux, pour les enfants. Une belle expérience qui me donne envie de refaire une série animalière un jour.

rajasthan
L’or bleu du Rajasthan

L’or bleu du Rajasthan a dans votre filmographie un statut particulier, par l’éloignement du pays où il a été réalisé d’une part, mais aussi par le thème abordé qui dépasse le cadre traditionnel du film animalier et de nature pour prendre une dimension plus sociétale. D’autre part, c’est un film collectif. Parlez-nous des conditions de sa conception et de sa réalisation.

Il y a une tradition à l’IFFCAM, à la fin de notre Master la promotion sortante réalise un film collectif. Pendant nos deux années d’études, nous récoltons des fonds, en vendant nos DVD de film de première année, en réalisant des films pour des associations ou entreprises et depuis quelque années aussi grâce au financement participatif. Dans notre cas, nous avons également réalisé une série pour FR3 et nos salaires ont été directement investis dans le film. Faire un film c’est une chose, mais de quoi avions nous envie de parler? En première année plusieurs étudiants de notre promotion ont proposé des sujets et un a retenu particulièrement l’attention celui de Léo Leibovici, un film sur le partage de l’eau en Inde. Léo avait lui même vécu 2 ans en Inde et connaissait bien la culture Rajasthanie. Nous avons élu 3 réalisateurs pour écrire ce film, Léo Leibovici, Camille Berthelin et Félix Urvois. Trois profils différents, trois approches différentes. Le tournage a duré deux mois plus quinze jours de repérages en amont. Sur place j’étais cadreuse et co-réalisatrice du Making-of. Nous avions de vraies conditions de tournage, chacun ayant un rôle à jouer. Il est évident que faire un film à 11 n’a pas non plus était toujours simple, chacun ayant ses idées, mais au final, des retours que nous avons régulièrement, il y a une belle unité dans l’écriture et le style. Nous tenions à laisser la parole aux Indiens, aussi les ONG que nous avions choisies furent crée par des Rajasthanais. La partie post-production fut longue, 5 mois environ et nos deux monteurs principaux Melissa Bronsart et Julien Posnic ont fait un travail remarquable. Ce film fût donc auto-produit avec « l’association des amis de l’IFFCAM », association crée par des étudiants en 2006 et nous continuions à le faire vire en festival, d’ailleurs notre première diffusion fût lors du « Festival international de
film ornithologique de Ménigoute » en octobre 2016. Il a obtenu depuis deux prix. Le prix du Jury au « Festival de l’oiseau et de la nature » en France et le prix du meilleur documentaire au « Smita Patil Documentary and Short film festival » en Inde. Il va prochainement être diffusé à Toulouse et Avignon, toujours dans le cadre de festival de films.

Quels sont pour vous les plus grandes réussites du cinéma animalier et de nature. Quelle vous semble être sa place aujourd’hui dans le monde de l’image. Sauf exception n’est-il  pas cantonné à la télévision ?

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L’or bleu du Rajasthan

Je vais choisir trois films très différents tant par la forme que par le fond. Le premier La marche de l’empereur de Luc Jacquet. Un film qui m’a marquée par sa beauté, son traitement et qui peut parler à tout le monde, même si on ne s’intéresse pas vraiment à la nature. Fait intéressant, c’est le documentaire français le plus vu au monde et le plus rentable de l’histoire du cinéma et du documentaire.
Ensuite, Green de Patrick Rouxel, un film engagé, qui dénonce la déforestation en Indonésie. Nous vivons l’histoire du film à travers les yeux d’une jeune Orang-outan. La particularité de ce court-métrage est qu’il n’y a aucun commentaire, juste des images et parfois de la musique. Un film sans budget, sans trucages et très poignant.
Enfin, La Vallée des loups de Jean-Michel Bertrand, « Un plaidoyer pour le sauvage ». Nous suivons la quête de Jean Michel Bertrand, son objectif, filmer une meute de loups installée en Savoie. 3 années de quête pour quelques minutes d’images de loups. L’intérêt du film est clairement la quête plus que les images de loup. C’est aussi un film engagé, rempli d’émotions et qui nous montre ce qu’est la nature, la nature sauvage. Il nous apprend aussi que l’animal passe toujours avant « La belle image », un bon exemple pour tous les réalisateurs animaliers en herbe. Je recommande d’ailleurs de découvrir les films des Iffcamiens, souvent en marge des productions actuelles. En effet, le genre animalier est régulièrement figé dans des cases, en particulier à la Télévision, soit on fait un film scientifique soit on fait un film avec des animaux mignons pour faire rêver et sourire si je caricature. Le cinéma permet une plus grande liberté, car le film animalier n’est en réalité pas uniforme, il évolue constamment et peut, comme les autres genres de films être le fruit d’un grand travail intellectuel, esthétique et artistique. Il faut laisser sa chance au cinéma animalier, comme le dit Maxence Lamoureux, auteur du livre Les cinéastes animaliers, enquête dans les coulisses du film animalier en France. « Du chemin reste à parcourir pour que l’image de l’animal soit perçue par tous comme le témoignage
d’un espace d’altérité riche d’enseignements. Car qui, à part les animaux sauvages, pourrait offrir à l’être humain, un autre regard auquel se confronter? Il faut filmer ce que le sauvage nous apprend de nous-mêmes. »

Sur quoi travaillez-vous actuellement. Avez-vous des projets en dehors du domaine du film animalier et de nature ?

Pour le moment je suis un peu dans l’attente, j’ai un projet de film, mais rien de sûr. Dans l’immédiat je souhaite et espère assister très prochainement des réalisateurs avec plusieurs années d’expérience derrière eux. J’ai encore beaucoup à apprendre du métier. Généralement je ne cherche pas un sujet pour faire un film, le sujet vient à moi par hasard, grâce à des découvertes et rencontres, je ferai peut être un film uniquement sur le bipède Homo Sapiens un jour.

Note : l’IFFCAM est menacée de disparaitre!  Voir les infos ici : https://www.change.org/p/nous-avons-besoin-de-votre-soutien