I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – Milieu de Damien Faure.

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-t-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

Conception

MILIEU entre en écho avec un premier film que j’ai réalisé au Japon. Ce film, « Espaces intercalaires », nous révélait une vision différente de Tokyo, peuplée d’architectures singulières et de personnages qui habitent la ville autrement où
d’étranges petits bâtiments, appelés « Pets architecture » s’immiscent entre les interstices de la mégapole.

Ce premier opus nous emmenait dans l’espace urbain, j’ai très vite poursuivi cette aventure cinématographique Nipponne en me focalisant cette fois-ci sur la notion d’espace des Dieux dans l’imaginaire japonais.

Une personne que j’avais rencontré durant le premier tournage à Tokyo, m’avait parlé d’une île au sud Japon peuplée de nombreuses divinités de la nature, dans laquelle elle chassait des papillons. Elle m’avait proposé de l’accompagner pour son prochain périple, j’avais trouvé l’idée très poétique. Je lui ai demandé si je pouvais emmener ma caméra avec moi. Elle a accepté. L’île s’appelle Yakushima, et a inspiré Miyazaki pour les décors de son film Princesse Mononoké.    

Production

J’ai donc écrit un projet qui a très vite été accepté par mon producteur. S’en ait suivi le long processus de recherche, d’un diffuseur, de financements, et de mise en place d’un dossier pour les commissions d’aides au documentaire. Beaucoup de refus de la part des chaines de Télévision, à part TV Montreuil, chaine locale, qui a accepté de soutenir le projet, ce qui a déclenché l’aide automatique du CNC générée par mon producteur. En complément nous avons eu un soutien financier de la fondation Franco-Japonaise Sasakawa et l’aide à la production de film sur le paysage du Ministère de la culture.

Réalisation

Pendant le tournage, l’écriture du film a complètement volé en éclat. Tout ce que j’avais prévu, personnages et événements ont été balayé par l’arrivée d’un violent Typhon. J’ai donc dû me réinventer sur place, car depuis quelques années je poursuis un travail cinématographique par une démarche que je qualifie de “ciné-mésologie”, en référence notamment aux réflexions du géographe philosophe Augustin Berque sur l’étude des milieux (la mésologie). J’expérimente des manières de filmer qui naissent d’une écoute des lieux dans lesquels je promène ma caméra.

C’est ce que j’ai réussi à mettre en place dans cette expérience de tournage sur l’île de Yakushima. Je découvrais donc des lieux qui se nichaient au sein du sauvage, où les êtres vivants et les divinités s’appelaient les uns les autres dans un milieu qui englobait toutes ces interrelations.

Le vent que j’ai représentais visuellement par le mouvement des branches d’arbres était devenu dans un même rapport d’espace-temps, une source d’énergie qui m’avait permis de faire glisser ma caméra sur un petit travelling. Les nuages qui passaient devant le soleil devenaient pour moi un diaphragme naturel, et l’arrivée soudaine d’un typhon m’autorisait à transformer l’écriture de mon film.

Ce sont ces imprévus et ces accidents qui m’intéressent. Je dois donc la réussite du film à une catastrophe. 

Diffusion

Entre autres, ce film a été sélectionné dans beaucoup de festivals à travers le monde dont Vision du réel à Nyon 2016 en compétition.

Il été acheté par Image en Bibliothèque et me suis souvent déplacé partout en France durant le mois de film documentaire.

Il a pu aussi être montré dans le réseau Art Contemporain

Projection au Musée d’Art Contemporain de Strasbourg

Diffusé pendant 3 mois dans le cadre Station 12 de Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne

Soirée vidéo Progress Galerie, Paris.

Projection aux Beaux-Arts de Paris et dans le cadre d’un workshop aux Beaux Arts d’Orléans

Et une Projection au Centre Culturel International de Cerisy dans le séminaire sur l’art et la mésologie

Le film est sorti au cinéma en novembre 2017 au Saint-André des Arts à Paris.

Et, il a pu bénéficier d’une très belle édition DVD grâce à l’aide à l’édition DVD du CNC.

T COMME TYPHON.

Milieu. Damien Faure, 2015, 54 minutes.

Une île japonaise, Yakushima. Une île lointaine donc, façon de nous écarter de nos références de pensée habituelles, le rationalisme cartésien tout particulièrement. Une île peu habitée – on ne rencontrera que deux hommes dans tout le film. Une île montagneuse, couverte d’une forêt épaisse, qu’on pourrait dire sauvage, ou naturelle, parce que les traces humaines y sont peu visibles. Le lieu idéal pour poser la question du rapport de l’homme et de la nature.

Milieu est un film de réflexion. Un film qui pousse à la réflexion, Sur la place de l’homme dans la nature. A-t-il des droits sur elle ? Ne se doit-il pas avant tout de la préserver ? Mais le questionnement ouvert ne se limite pas aux positions écologiques ou politiques actuelles. Le film nous situe dans une sphère plus profonde, plus fondamentale. On pourrait presque parler de métaphysique, si cela peut avoir du sens en dehors de la pensée occidentale. Ici, la forêt est peuplée de divinités. Et l’on n’y pénètre pas sans s’être recueilli un moment devant le sanctuaire qui leur est consacré.

Deux hommes donc qui vivent là en toute tranquillité. Ils se rencontrent pour échanger sur leur passion commune, la connaissance des insectes et des papillons. Ils commentent avec beaucoup d’érudition leurs collections respectives. La chasse aux papillons dans la forêt silencieuse est une activité si paisible, où rien n’est rapide. Le temps semble immobile.

Et pourtant, la nature peut se déchaîner. Dès le début du film, nous suivons sur un écran l’avancée du typhon annoncé. Un typhon ? Cela ne représente-t-il pas, une force destructrice, hostile aux hommes et à leurs œuvres ? Mais l’homme qui vit là n’a aucune inquiétude. Nous voyons le vent et la pluie faire rage à travers la vitre de la pièce où il repose le plus calmement du monde. Et une fois le typhon passé, il reprendra, comme avant, son activité de chasse aux papillons. Comme lui l’escargots, l’araignée et les fourmis, que nous voyons plusieurs fois en gros plans dans le film, peuvent reprendre le cours de leur vie.  Seul l’homme pourrait la perturber. Ce qu’ici il se garde bien de faire.

Le film débute et se clôt sur la parole, comme enregistrée depuis un lieu lointain, d’un géographe-philosophe, Augustin Berque. Entre les deux, c’est toute l’harmonie et la sérénité de la nature qui nous sont données à voir.

A COMME AGRICULTURE

Le Temps des grâces, Dominique Marchais, 2009, 123 minutes

Comment l’agriculture française se porte-t-elle ? Pas très bien, répondra le pessimiste, s’appuyant sur les signes bien réels d’une crise profonde et la nécessité d’une mutation en profondeur rendant l’avenir incertain. Pas si mal, pourra rétorquer l’optimiste, affirmant qu’après tout elle a encore bien des atouts dans sa manche et qu’elle pourra faire mieux que survivre à condition de mettre en œuvre les réformes qui s’imposent. C’est cette situation contrastée que le film de Dominique Marchais met en évidence. Parcourant les campagnes françaises, de la Beauce au plateau de Millevaches, il va à la rencontre des paysans, actifs et retraités, mais aussi des chercheurs, des agronomes, des économistes. Et même d’un écrivain entouré de livres dans son bureau. Des rencontres riches d’enseignements.

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Une bonne partie du film se passe dans une voiture, un agriculteur au volant, le cinéaste à ses côtés posant des questions. Un bon moyen d’appréhender de visu le paysage de nos campagnes. C’est d’abord les grandes exploitations céréalières qui sont traversées et survolées par de magnifiques plans d’ensemble. Ici, le bocage a disparu, les parcelles dispersées d’un même propriétaire ont été regroupées. L’élevage a laissé la place à la culture des céréales, moins demandeuse de temps et permettant une vie plus conforme aux modes du moment, la possibilité de partir en vacances, d’avoir du temps libre et des loisirs. Il n’est plus possible de passer tous les jours de l’année à nourrir ses bêtes pour un revenu qui, rapporté au temps de travail, peut paraître dérisoire.

Et pourtant, les haies le long des petites routes de campagne avaient leur utilité, et pas seulement au niveau du paysage Seulement voilà, ici comme ailleurs, la recherche du profit a débouché sur l’augmentation des rendements, laissant de côté la nécessité de la qualité qui devrait être la marque de l’agriculture à la française.

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Par contraste, le film nous conduit dans ces régions du centre et du sud de la France, en Creuse ou en Corrèze, là où l’on parle de plus en plus de « désert agricole ». Marchais y rencontre surtout des retraités qui, de façon assez banale, évoquent la valeur du travail qui a marqué toute leur activité professionnelle et la fierté qu’ils en éprouvaient alors. Ici, le paysage est tout autre. On peut même retrouver des chemins creux. La tentation est grande de se replier sur soi-même, de mettre en place des circuits courts de distribution, en allant par exemple vendre soi-même ses fromages sur le marché. La solution résiderait-elle dans un retour au passé ?

Ce n’est pas vraiment la direction que propose le film, malgré les interventions de l’écrivain, Pierre Bergougnoux, lui-même originaire de Corrèze, qui cite Rabelais et dont les propos sentent bon la nostalgie. Les chercheurs et les spécialistes en agronomie et en économie ont des idées beaucoup plus porteuses d’avenir. Il s’agit bien sûr d’abord de renoncer, comme tout militant écologiste de base le dit, à l’emploi intensif des pesticides, fongicides et autres engrais chimiques. Il faut impérativement  assurer la survie des sols qui sont en train de mourir, leur redonner la vitalité nécessaire à une agriculture raisonnée misant avant tout sur la qualité des produits. C’est, nous dit-on, scientifiquement possible. Mais il faut mettre en place un plan d’ensemble. Les pouvoirs publics sauront-ils le faire alors que les lobbys industriels sont tout puissants ?

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Le film ne cache pas de quel côté penche le cœur et la raison du cinéaste. Mais il prend soin de ne pas se présenter comme un propos strictement militant. Les intervenants ne sont pas présentés comme faisant partie de mouvements écologistes. Mais les agronomes ne sont pas désespérés. Leur propos n’est pas de conclure qu’il faut purement et simplement revenir au passé. Comment d’ailleurs serait-ce possible ?

Le premier plan du film prend alors tout son sens. Un avion gros porteur en phase d’atterrissage survole un champ de blé. Il disparaît de notre vue au moment où il aborde sans doute les pistes de l’aéroport. Le champ de blé peut retrouver son calme immuable.

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E COMME ENTRETIEN – Caroline Lelièvre

Vous êtes diplômée de l’IFFCAM, master réalisation de documentaires
animaliers, nature et environnement. Présentez-nous cette école et la
formation que vous y avez suivie.

L’IFFCAM, « L’institut francophone de formation au cinéma animalier de Menigoute» existe depuis 2004, basée en Deux-Sèvres, c’est la seule école en Europe qui propose une formation théorique et pratique orientée vers le documentaire animalier et nature. L’École publique, anciennement rattachée à l’Université de Poitiers propose un Master « Réalisation de documentaires animaliers, nature et environnement », elle intègre des étudiants aux profils et formations différentes. Le site de l’école se trouve à la Grimaudière en pleine campagne à 45 min de Poitiers où nous étudions le cinéma, la prise de vue, l’écriture, le montage, l’environnement, la faune, la flore. Quinze étudiants par promotion maximum, les « Iffcamiens », une secte pour certains, une famille
pour d’autres.
Je suis rentrée à l’IFFCAM en 2013, nous devions faire un film par an, entre 15 et 25 min en première année et entre 20 et 45 min en deuxième. Nous réalisions nous même toutes les étapes de création autour du film, de l’écriture au mixage sonore en passant évidemment par le tournage et le montage. Nous nous aidions les uns les autres et ainsi apprenions à travailler en équipe. Des professeurs récurrents nous enseignaient l’écriture de documentaire et l’histoire du cinéma entre autres, nous bénéficions aussi de l’intervention de nombreux professionnels de l’image comme Laurent Charbonnier ou Vincent Munier. Enfin, nous avions minimum deux stages par an, un en novembre d’une semaine environ, axé sur les différentes techniques de prise de vue animalière. A partir de juin nous devions faire au moins un autre stage pour valider notre année, deux si nous trouvions. Ces stages m’ont énormément apporté, j’ai appris beaucoup sur le terrain et sur le métier en assistant des réalisateurs spécialisés dans l’animalier.

Vous êtes donc spécialisée dans un domaine particulier. Qu’est-ce qui explique ce choix.

Très tôt j’ai voulu faire un métier en lien avec l’image, j’adorais aussi écrire, raconter des histoires. J’ai commencé à faire de petits courts-métrage vers 16 ans et à participer à des ateliers vidéos avec une association Rouennaise « Sam&Sara ». En deuxième année de licence « Humanités et monde contemporain » j’ai étudié le documentaire en Estonie durant mon séjour Erasmus. Ce fût une petite révolution intérieure, c’est ça que je voulais faire, du documentaire. D’ailleurs j’avais moi-même commencé un documentaire sur mon expérience Erasmus, je filmais tout ce que je voyais, réalisais des interviews de mes amis espagnoles, français, flamands.. Je tenais aussi un journal de bord et c’est en arrivant en Laponie lors d’un voyage, que j’ai pris le plus de plaisir à filmer. De grandes étendues blanches, il y avait quelque chose de particulier ici, une nature un peu plus vaste et sauvage qu’en France. J’avais découvert L’IFFCAM quelques mois auparavant, je m’étais même rendue au fameux « FIFO » festival de films animaliers très lié à l’IFFCAM. Il m’est apparu un monde de passionnés, la grande famille de cinéastes animaliers et les films des étudiants. C’est donc très impressionnée par leur travail que j’ai désiré faire cette école. Je voulais « faire de l’animalier », mais il se trouve qu’il y a des humains dans tous mes films. Je ne peux pas m’en empêcher, pour moi le documentaire est aussi une excuse pour aller à la rencontre de passionnés et finalement je reviens toujours au même sujet. On peut difficilement avoir l’Homme d’un coté et la nature de l’autre, alors comment faire pour cohabiter?

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Un autre envol.

Parlez-nous des films que vous avez réalisés dans ce domaine : « Un autre envol », « Des HLM pour les cavicoles », « La quête du vol », d’autres…

La quête du vol et Des HLM pour les cavicoles sont mes films de Master 1 et Master 2. Avec le recul, je vois surtout les défauts techniques et d’écriture, mais ils ont l’avantage d’avoir été réalisés presque sans contrainte éditoriale. Pas besoin de correspondre à une case comme tous les films animaliers aujourd’hui produits pour la télévision, même si au fond on se met des freins tout seul.

La quête du vol est un film de 18 min sur la passion du vol libre, en particulier le parapente. J’ai rencontré de nombreux « libéristes » dans différentes régions de France qui m’ont parlé de leur passion, j’ai eu la chance aussi de voler moi-même avec ces pilotes et de filmer en l’air. Je voulais avec ce film faire découvrir une passion, mais aussi sensibiliser les parapentistes quant à leurs impacts possibles sur les populations de rapaces. Le film a été très apprécié dans le monde du Vol libre, j’ai même eu le droit à un article dans un magazine de vol libre.

Des HLM pour les cavicoles, mon film de deuxième année s’intéresse aux oiseaux cavicoles, comme le Pic noir et à la préservation de son milieu naturel, en particulier les arbres habitats. C’est un film, cette fois plus axé sur les animaux que les Hommes, qui avait pour objectif de sensibiliser « le grand public » et il se trouve que pendant le tournage les directives européennes « Oiseaux et Habitats » furent susceptibles de disparaître, j’ai décidé d’orienter la fin du film sur ce risque qui résonnait avec mon message principal « la protection de la nature une affaire commune ». Un autre envol est le film sur lequel j’ai passé le plus de temps, plus de deux ans. Il fait écho à mon film de première année, le vol libre et la préservation des rapaces. J’ai crée une collecte participative afin de commencer le tournage en août 2015 et également reçu une bourse de « Soroptimist », de plus L’IFFCAM m’a largement aidé en me prêtant du matériel. Enfin, mes camarades de promotion sont venu m’aider sur le terrain. Au bout de deux ans et quatre tournages, j’ai été contacté par Paul-Aurélien Combre réalisateur et producteur chez Mona-lisa production, et nous avons proposé le film à France Télévision et c’est comme ça que les derniers tournages furent réalisés et le film produit et diffusé. L’occasion pour moi de faire mes preuves. Occasion aussi de découvrir l’univers de la télévision et de prendre conscience qu’on ne fait pas un film pour soi, mais pour les autres.
J’ai aussi co-réalisé une série Animaux d’ici avec ma promotion pour France 3 Bretagne, 18 épisodes de 3 min sur les animaux, pour les enfants. Une belle expérience qui me donne envie de refaire une série animalière un jour.

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L’or bleu du Rajasthan

L’or bleu du Rajasthan a dans votre filmographie un statut particulier, par l’éloignement du pays où il a été réalisé d’une part, mais aussi par le thème abordé qui dépasse le cadre traditionnel du film animalier et de nature pour prendre une dimension plus sociétale. D’autre part, c’est un film collectif. Parlez-nous des conditions de sa conception et de sa réalisation.

Il y a une tradition à l’IFFCAM, à la fin de notre Master la promotion sortante réalise un film collectif. Pendant nos deux années d’études, nous récoltons des fonds, en vendant nos DVD de film de première année, en réalisant des films pour des associations ou entreprises et depuis quelque années aussi grâce au financement participatif. Dans notre cas, nous avons également réalisé une série pour FR3 et nos salaires ont été directement investis dans le film. Faire un film c’est une chose, mais de quoi avions nous envie de parler? En première année plusieurs étudiants de notre promotion ont proposé des sujets et un a retenu particulièrement l’attention celui de Léo Leibovici, un film sur le partage de l’eau en Inde. Léo avait lui même vécu 2 ans en Inde et connaissait bien la culture Rajasthanie. Nous avons élu 3 réalisateurs pour écrire ce film, Léo Leibovici, Camille Berthelin et Félix Urvois. Trois profils différents, trois approches différentes. Le tournage a duré deux mois plus quinze jours de repérages en amont. Sur place j’étais cadreuse et co-réalisatrice du Making-of. Nous avions de vraies conditions de tournage, chacun ayant un rôle à jouer. Il est évident que faire un film à 11 n’a pas non plus était toujours simple, chacun ayant ses idées, mais au final, des retours que nous avons régulièrement, il y a une belle unité dans l’écriture et le style. Nous tenions à laisser la parole aux Indiens, aussi les ONG que nous avions choisies furent crée par des Rajasthanais. La partie post-production fut longue, 5 mois environ et nos deux monteurs principaux Melissa Bronsart et Julien Posnic ont fait un travail remarquable. Ce film fût donc auto-produit avec « l’association des amis de l’IFFCAM », association crée par des étudiants en 2006 et nous continuions à le faire vire en festival, d’ailleurs notre première diffusion fût lors du « Festival international de
film ornithologique de Ménigoute » en octobre 2016. Il a obtenu depuis deux prix. Le prix du Jury au « Festival de l’oiseau et de la nature » en France et le prix du meilleur documentaire au « Smita Patil Documentary and Short film festival » en Inde. Il va prochainement être diffusé à Toulouse et Avignon, toujours dans le cadre de festival de films.

Quels sont pour vous les plus grandes réussites du cinéma animalier et de nature. Quelle vous semble être sa place aujourd’hui dans le monde de l’image. Sauf exception n’est-il  pas cantonné à la télévision ?

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L’or bleu du Rajasthan

Je vais choisir trois films très différents tant par la forme que par le fond. Le premier La marche de l’empereur de Luc Jacquet. Un film qui m’a marquée par sa beauté, son traitement et qui peut parler à tout le monde, même si on ne s’intéresse pas vraiment à la nature. Fait intéressant, c’est le documentaire français le plus vu au monde et le plus rentable de l’histoire du cinéma et du documentaire.
Ensuite, Green de Patrick Rouxel, un film engagé, qui dénonce la déforestation en Indonésie. Nous vivons l’histoire du film à travers les yeux d’une jeune Orang-outan. La particularité de ce court-métrage est qu’il n’y a aucun commentaire, juste des images et parfois de la musique. Un film sans budget, sans trucages et très poignant.
Enfin, La Vallée des loups de Jean-Michel Bertrand, « Un plaidoyer pour le sauvage ». Nous suivons la quête de Jean Michel Bertrand, son objectif, filmer une meute de loups installée en Savoie. 3 années de quête pour quelques minutes d’images de loups. L’intérêt du film est clairement la quête plus que les images de loup. C’est aussi un film engagé, rempli d’émotions et qui nous montre ce qu’est la nature, la nature sauvage. Il nous apprend aussi que l’animal passe toujours avant « La belle image », un bon exemple pour tous les réalisateurs animaliers en herbe. Je recommande d’ailleurs de découvrir les films des Iffcamiens, souvent en marge des productions actuelles. En effet, le genre animalier est régulièrement figé dans des cases, en particulier à la Télévision, soit on fait un film scientifique soit on fait un film avec des animaux mignons pour faire rêver et sourire si je caricature. Le cinéma permet une plus grande liberté, car le film animalier n’est en réalité pas uniforme, il évolue constamment et peut, comme les autres genres de films être le fruit d’un grand travail intellectuel, esthétique et artistique. Il faut laisser sa chance au cinéma animalier, comme le dit Maxence Lamoureux, auteur du livre Les cinéastes animaliers, enquête dans les coulisses du film animalier en France. « Du chemin reste à parcourir pour que l’image de l’animal soit perçue par tous comme le témoignage
d’un espace d’altérité riche d’enseignements. Car qui, à part les animaux sauvages, pourrait offrir à l’être humain, un autre regard auquel se confronter? Il faut filmer ce que le sauvage nous apprend de nous-mêmes. »

Sur quoi travaillez-vous actuellement. Avez-vous des projets en dehors du domaine du film animalier et de nature ?

Pour le moment je suis un peu dans l’attente, j’ai un projet de film, mais rien de sûr. Dans l’immédiat je souhaite et espère assister très prochainement des réalisateurs avec plusieurs années d’expérience derrière eux. J’ai encore beaucoup à apprendre du métier. Généralement je ne cherche pas un sujet pour faire un film, le sujet vient à moi par hasard, grâce à des découvertes et rencontres, je ferai peut être un film uniquement sur le bipède Homo Sapiens un jour.

Note : l’IFFCAM est menacée de disparaitre!  Voir les infos ici : https://www.change.org/p/nous-avons-besoin-de-votre-soutien