A COMME AGROECOLOGIE – Mondiale

Les Moissons du futur. Marie-Monique Robin, France, 2012, 90 minutes.

            Dès le prologue du film, le débat est clairement posé. Deux thèses s’affrontent. La première, présentée par un ministre de l’agriculture sur un plateau de télévision, est celle de la « révolution verte ». Soutenue depuis plus de 50 ans par les gouvernements occidentaux partisans d’une agriculture industrielle venue tout droit des États Unis, cette thèse affirme que la production agricole ne peut pas se passer de pesticides. Y renoncer ce serait entrainer une baisse de 40% de la production. « Il n’y a pas de solution alternative aux pesticides ». Soutenue par le rapporteur des Nations Unis pour le droit à l’alimentation, la thèse adverse soutient au contraire que seule « l’agroécologie » peut faire face au défi pour l’alimentation que représente la perspective d’une population mondiale de 9 milliards en 2050, alors que déjà un million de personnes souffrent de la faim sur notre planète. Il faut changer de cap, renoncer à l’agriculture industrielle, trouver de nouveaux modèles, ce que sous-entend le terme « agroécologie ». Mais en quoi cela consiste concrètement ?

            Fidèle à sa méthode d’investigation sur le terrain, Marie-Monique Robin entreprend un tour du monde prouvant que l’agroécologie existe, qu’elle a des résultats positifs pour les groupes sociaux et professionnels qui l’expérimentent. Mais cela permet-il d’affirmer que l’agroécologie peut nourrir le monde entier ? Mieux, est-ce une preuve que seule l’agroécologie peut nourrir le monde ?

            Le bilan que l’on peut dresser de l’agriculture industrielle est catastrophique : développement des cancers et autres maladies dues aux pesticides et aux engrais chimiques, épuisement des sols dû aux rendements toujours plus élevés, réchauffement de la planète, pollution des eaux. L’avenir de l’humanité est en jeu. Du Mexique au Malawi, du Kenya au Sénégal, de l’Allemagne au Japon, les solutions mises en œuvre sont nombreuses et variées, basées tour à tour sur les traditions (le Milpa au Mexique où le maïs est cultivé sur les mêmes terres que les haricots et les citrouilles) et sur l’innovation technologique (Le push-pull, répulsion/attraction, au Kenya et en Inde). La cinéaste rencontre les agriculteurs de ces pays, de petites exploitations qui ont su mettre à profit leur expérience personnelle et utiliser les ressources locales. Elle donne aussi la parole aux experts, économistes ou agronomes, et à des chercheurs. Elle aborde les politiques publiques (libéralisation des échanges agricoles au Mexique, soutien à l’agroforesterie au Malawi et concertation avec les paysans pour protéger la filière oignon au Sénégal). Les relations entre producteurs et consommateurs peuvent changer, comme le montre le système des tekei au Japon, devenu AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) en France et se développant aussi aux États Unis. Tout ceci est concret, éclairant, persuasif.

            Contrairement à ses films précédents (Le monde selon Monsanto et Notre poison quotidien), qui étaient avant tout des armes de combats, Marie-Monique Robin se montre ici beaucoup plus positive et résolument optimiste. D’ailleurs, l’enthousiasme qu’elle manifeste est de plus en plus partagé, par les jeunes en particulier.  Mais il est clair que le chemin sera encore bien long avant que les idées qu’elle défend, si séduisantes soient-elles, se généralisent. L’industrie agroalimentaire n’a pas dit son dernier mot.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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