A COMME ABECEDAIRE – Marie-Monique Robin.

Ses films sont des enquêtes pour lesquelles elle n’hésite pas à parcourir le monde pour rencontrer les experts les plus pertinents et trouver les exemples concrets les plus parlants. Des films qui sont des prises de positions combattantes, dénonçant les pratiques de l’industrie agroalimentaire, en particulier l’usage systématique des pesticides. Elle soutient avec force les revendications écologiques, la défense de l’environnement et le développement durable. An niveau économique elle critique surtout la notion de croissance et montre qu’il existe d’autres voies, permettant en particulier d’éradiquer la faim dans le monde. L’ensemble de son œuvre propose une réflexion approfondie sur l’avenir de la planète. Si certains peuvent la juger quelque peu naïve, il faut mettre à son crédit un optimisme raisonné bien venu dans la période de crise que nous traversons.

Agriculture

Le Monde selon Monsanto

Le Blé : chronique d’une mort annoncée

Agroécologie

Les Moissons du futur

Alimentation

Les Moissons du futur

Notre poison quotidien

Amérique latine

Les Escadrons de la mort – L’École française

Architecture

Le Stade de France

Armée

Les Escadrons de la mort – L’École française

Avortement

On les appelait les dames du Planning…

Biologie

Les Pirates du vivant

Chômage

Nouvelle Cordée

Climat

Sacré village – Ungersheim, village en transition

Contraception

On les appelait les dames du Planning…

Cuba

Cuba : histoire d’un mythe – À travers 30 ans d’archives cubaines

Développement durable

Sacré village – Ungersheim, village en transition

Femmes pour la planète

Bhoutan : à la recherche du bonheur

Les Moissons du futur

Dictature

Les Escadrons de la mort – L’École française

Ecologie

 Le Roundup face à ses juges

Qu’est-ce qu’on attend ?

Sacré village – Ungersheim, village en transition

Les Moissons du futur

Le monde selon Monsanto

Les Pirates du vivant

Economie

Nouvelle Cordée

Qu’est-ce qu’on attend ?

Bhoutan : à la recherche du bonheur

Sacrée Croissance !

Le Blé : chronique d’une mort annoncée

Environnement

Qu’est-ce qu’on attend ?

Femmes pour la planète

Bhoutan : à la recherche du bonheur

Le Monde selon Monsanto

Etats Unis

Torture Made in USA

Les Pirates du vivant

Femmes

Femmes pour la planète

On les appelait les dames du Planning…

Le Théâtre des mules

Histoire

Cuba : histoire d’un mythe – À travers 30 ans d’archives cubaines

Maladie

Notre poison quotidien

Patarroyo : le croisé du palu

Mondialisation

Sacrée Croissance !

Le Monde selon Monsanto

Multinationale

Le Roundup face à ses juges

Le monde selon Monsanto

Le Blé : chronique d’une mort annoncée

Pesticides

Le Roundup face à ses juges

Le monde selon Monsanto

Pollution

Le Roundup face à ses juges

Portrait

Patarroyo : le croisé du palu

Procès

Le Roundup face à ses juges

Prison

Le Théâtre des mules

Santé

Notre poison quotidien

Science

Patarroyo : le croisé du palu

Sport

Le Stade de France

Terrorisme

Torture Made in USA

Théâtre

Le Théâtre des mules

Transition écologique

Sacré village – Ungersheim, village en transition

Travail

Nouvelle Cordée

Urbanisme

Le Stade de France

A COMME AGROECOLOGIE – Mondiale

Les Moissons du futur. Marie-Monique Robin, France, 2012, 90 minutes.

            Dès le prologue du film, le débat est clairement posé. Deux thèses s’affrontent. La première, présentée par un ministre de l’agriculture sur un plateau de télévision, est celle de la « révolution verte ». Soutenue depuis plus de 50 ans par les gouvernements occidentaux partisans d’une agriculture industrielle venue tout droit des États Unis, cette thèse affirme que la production agricole ne peut pas se passer de pesticides. Y renoncer ce serait entrainer une baisse de 40% de la production. « Il n’y a pas de solution alternative aux pesticides ». Soutenue par le rapporteur des Nations Unis pour le droit à l’alimentation, la thèse adverse soutient au contraire que seule « l’agroécologie » peut faire face au défi pour l’alimentation que représente la perspective d’une population mondiale de 9 milliards en 2050, alors que déjà un million de personnes souffrent de la faim sur notre planète. Il faut changer de cap, renoncer à l’agriculture industrielle, trouver de nouveaux modèles, ce que sous-entend le terme « agroécologie ». Mais en quoi cela consiste concrètement ?

            Fidèle à sa méthode d’investigation sur le terrain, Marie-Monique Robin entreprend un tour du monde prouvant que l’agroécologie existe, qu’elle a des résultats positifs pour les groupes sociaux et professionnels qui l’expérimentent. Mais cela permet-il d’affirmer que l’agroécologie peut nourrir le monde entier ? Mieux, est-ce une preuve que seule l’agroécologie peut nourrir le monde ?

            Le bilan que l’on peut dresser de l’agriculture industrielle est catastrophique : développement des cancers et autres maladies dues aux pesticides et aux engrais chimiques, épuisement des sols dû aux rendements toujours plus élevés, réchauffement de la planète, pollution des eaux. L’avenir de l’humanité est en jeu. Du Mexique au Malawi, du Kenya au Sénégal, de l’Allemagne au Japon, les solutions mises en œuvre sont nombreuses et variées, basées tour à tour sur les traditions (le Milpa au Mexique où le maïs est cultivé sur les mêmes terres que les haricots et les citrouilles) et sur l’innovation technologique (Le push-pull, répulsion/attraction, au Kenya et en Inde). La cinéaste rencontre les agriculteurs de ces pays, de petites exploitations qui ont su mettre à profit leur expérience personnelle et utiliser les ressources locales. Elle donne aussi la parole aux experts, économistes ou agronomes, et à des chercheurs. Elle aborde les politiques publiques (libéralisation des échanges agricoles au Mexique, soutien à l’agroforesterie au Malawi et concertation avec les paysans pour protéger la filière oignon au Sénégal). Les relations entre producteurs et consommateurs peuvent changer, comme le montre le système des tekei au Japon, devenu AMAP (Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne) en France et se développant aussi aux États Unis. Tout ceci est concret, éclairant, persuasif.

            Contrairement à ses films précédents (Le monde selon Monsanto et Notre poison quotidien), qui étaient avant tout des armes de combats, Marie-Monique Robin se montre ici beaucoup plus positive et résolument optimiste. D’ailleurs, l’enthousiasme qu’elle manifeste est de plus en plus partagé, par les jeunes en particulier.  Mais il est clair que le chemin sera encore bien long avant que les idées qu’elle défend, si séduisantes soient-elles, se généralisent. L’industrie agroalimentaire n’a pas dit son dernier mot.

A COMME ARGENTINE

Histoires de la plaine de Christine Seghezzi.

Après avoir filmé la grande ville dans Avenue Rivadavia en 2012, la plus grande avenue du monde disent les Argentins, Christine Seghezzi est revenue en Argentine pour filmer la pampa, cette campagne typique, réputée pour être une des terres les plus fertiles de la planète et produisant, grâce à l’élevage extensif, la meilleure viande du monde. Mais c’était autrefois. Depuis quelques années les choses ont changé. Des changements imposés par la crise. Des changements qui ont peut-être apporté des devises au pays, mais qui ont surtout provoqué une catastrophe écologique et sanitaire dont les effets néfastes ne se sont pas tous encore manifestés.

Il n’était pas possible de filmer aujourd’hui l’Argentine rurale sans dénoncer explicitement cette situation. Christine Seghezzi le fait avec beaucoup de délicatesse, en filmant les grands espaces de la pampa recouverts à perte de vue de soja, même plus de maïs ou de blé, et les vaches sont maintenant élevées en batterie. En donnant aussi la parole à quelques habitants de ces villages dont on peut penser qu’ils sont voués à disparaître purement et simplement. Elle filme ce désastre sans proposer d’explication. Son film n’est pas une démonstration. Il se contente de montrer. C’est-à-dire qu’il fait une entière confiance en la force des images.

Les images, ce sont de longs plans fixes où il ne se passe pratiquement rien. Le soja donc. Mais aussi ces vastes étendues où il semble ne rester que les dernières vaches. Les veaux eux se bousculent, entassés dans l’espace réduit du cadre. Il y a aussi tout au long du film ces plans très photographiques où les habitants de la région posent, immobiles et muets, devant la caméra. La cinéaste leur donne quand même la parole et ils évoquent, avec un calme apparent – mais on sent quand même la colère rentrée – les changements intervenus par rapport à « autrefois ». L’arrivée de la culture du soja qui a rapidement supplanté toutes les autres et qui a généralisé l’emploi massif des pesticides et ses conséquences déjà visibles sur la santé des hommes et la fertilité des terres. Ce tableau est d’une noirceur effrayante. Mais tous semblent résignés. Qui aurait la force d’entreprendre un combat que l’on sait perdu d’avance.

Il y a bien dans le film quelques plans d’action. La maîtresse d’école chante l’hymne national lors de la levée du drapeau – que l’on ne voit pas d’ailleurs. Les enfants de l’école ne peuvent pas s’empêcher de rire devant la caméra. Le reste n’a rien de drôle, les carcasses des vaches à l’abattoir et le sang qui gicle. Dans le ciel, un avion passe et repasse au-dessus du soja qu’il va pulvériser. Il ne fonce pas sur les spectateurs comme dans Hitchcock, mais il est tout aussi inquiétant.

Restent les histoires du titre. Elles sont dites par une voix féminine en off – celle de la cinéaste, la première personne faisant subitement irruption dans l’un de ces récits. Des histoires d’immigration, depuis l’Europe, comme cet Autrichien (« Oscar était mon grand-oncle ») parti faire fortune dans le Nouveau Monde et qui après avoir été refoulé à New York se retrouve en Amérique latine où il devient gardien de bétail. C’est aussi l’histoire de Marie, cette française enlevée par les indiens et qui va prendre « l’aspect des indiens » au point de refuser de quitter son amant indien lorsque une expédition tente de la libérer. Ou bien encore l’histoire de ce couple d’origine française devenu militants révolutionnaires et retrouvé les corps criblés de balles. Des histoires du passé qui nous disent les drames de cette région. En écho, un villageois fait le récit, au présent,  de l’accident d’un camion dont la cargaison  de pesticide pur se déverse sur une terre qu’elle empoisonne pour toujours. Le drame a changé d’échelle.

Le dernier plan reprend celui qui avait inauguré le film : le bar qui sert de téléphone public et de distributeur d’essence. Il n’y a pas de client. Reste-t-il un avenir ?

histoires de la plaine 3