M COMME MARBRE.

Mille fois recommencer. Daniela de Felice, France-Italie, 2020, 75 minutes.

Carrare, une célèbre carrière de marbre blanc. Et à proximité, une non moins célèbre école, L’Académie des beaux-arts. Une école pour devenir artiste.

Ici on apprend à sculpter, à dessiner, à modeler. On apprend à utiliser tous les outils, les marteaux, les burins, les scies, les polisseuses et autres machines pneumatiques. Mais surtout on apprend à travailler la matière à la main, comme avant l’apparition des outils électriques, comme les sculpteurs ont toujours travaillé depuis l’antiquité. On apprend à travailler le marbre, bien sûr, mais peut-être pas tout de suite, pas en débutant. Avant, il faut aussi travailler la glaise, l’argile, le bois, le fer. Apprendre des gestes. Devenir artisan autant qu’artiste. Devenir artisan pour devenir artiste. Devenir artiste parce que l’on est artiste au fond de soi. Fondamentalement. Peut-être sans le savoir.

Le film de Daniela de Felice est une immersion dans cette école, au milieu des élèves, à côté des élèves, filmés sans qu’ils soient le moins du monde dérangés dans leur travail. A côté aussi des enseignants, qui accompagnent les élèves dans leur travail, les conseillant bien sûr, les encourageant, leur montant le bon geste, ou rectifiant leur réalisation, et en fin de compte les évaluant. Car, comme dans toute école, il n’y a pas de véritable apprentissage sans évaluation.

En suivant le filmage de cette année « scolaire », ce sont les élèves qui sont au premier plan. Ce sont avec les élèves (pourrait-on dire les apprentis artistes ?) que la réalisatrice dialogue. Elle enregistre leurs propos lors de courts moments d’échange où ils évoquent leur désir d’art et de création. Et surtout le chemin, spirituel surtout, qui les a conduits là, depuis toutes les régions du monde.

Nous suivons aussi les enseignants, dans quelques interventions magistrales devant un groupe attentif et que l’on sent passionné. L’incipit du film montre d’ailleurs un « cours » où l’enseignant commente des photos en noir et blanc d’ouvrier dans la carrière de Carrare. Mais ces interventions sont rares dans le film. Le travail des enseignants est plutôt d’accompagnement individuel. Ils parcourent en silence les salles de travail, s’arrêtant un instant derrière un étudiant concentré sur sa tâche, n’intervenant que de quelques mots qui n’ont rien de perturbateur.

Les images de Matthieu Chatellier, toujours très précises avec ces gros plans de visages et de mains, contribuent à créer une atmosphère à la fois studieuse mais aussi chargée d’émotion et d’imaginaire. Comme dans cette séquence où, à la fin de la journée, la nuit tombe peu à peu, la caméra parcourant dans ce silence de la salle abandonnée par ses étudiants, une série de têtes sculptées semblant attendre le retour, le lendemain, de ceux qui leur donne vie.

Le film se termine par les examens de fin d’année. Les étudiants présentent leurs travaux en les commentant. Les profs posent des questions et donnent leurs évaluations. Le dernier plan est celui d’un étudiant rayonnant de joie après avoir été félicité par le jury.

Quelle vision de l’art le film véhicule-t-il ? Pas vraiment une conception romantique. Nous sommes dans une école. Tout repose sur l’apprentissage, le soin apporté au travail, la minutie, la patience, la persévérance – ce que dit très bien le titre du film. Si ces jeunes artistes sont des génies en herbe, nous ne les verrons pas éclore dans le film. Mais nous sentons que rien ne pourra arrêter leur volonté créatrice.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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