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Melodie der welt.  Walther Ruttman. Allemagne, 1929, 49 Minutes.

            Après avoir filmé Berlin sous toutes ses facettes tout au long d’une journée, depuis le petit matin jusqu’à tard dans la nuit, Ruttman s’attèle à un projet encore plus ambitieux : filmer le monde, le vaste monde, sur les cinq continents, sans rien laisser de côté, tous les paysages, tous les peuples, toutes les activités humaines, sans introduire de préférence ou de supériorité, un cosmopolitisme vraiment universel.

Le film est organisé en trois actes, sur le modèle musical qu’indique le titre. Chacune de ces parties, qui ne portent pas de titre particulier, est introduite par un panneau énumérant les thèmes abordés. Cette identification est-elle vraiment utile ? Car ce qui compte, c’est la profusion des images et leur organisation. Filmer est une chose, et ici c’est surtout la diversité qui compte, mais il reste à faire un film, c’est-à-dire mettre en œuvre un montage qui donnera son sens à l’ensemble et qui organisera le regard du spectateur. Le film est réalisé au moment du tournant du cinéma muet vers le parlant. En dehors de la musique, qui reste l’élément fondamental pour souligner le rythme des images, la bande son comporte quelques bribes de paroles, des cris ou des ordres, mais pas de discours. Nous sommes encore dans un film muet sonorisé essentiellement par les effets musicaux.

Melodie der Welt commence par l’embarquement d’un marin sur un paquebot. Tout souriant, il ne semble pas triste de quitter sa belle qui l’a accompagné. Nous le reverrons dans quelques plans au cours du film, mais il n’est pas utilisé systématiquement comme fil conducteur. Cette première séquence introduit bien pourtant l’idée directrice du film, la notion de voyage. Le film sur Berlin commençait lui aussi sur un moyen de transport, un train qui entrait dans la ville. Ici nous partons sur les mers et les océans. Le voyage doit nous faire découvrir l’inconnu.

En bon disciple de Vertov, Ruttman construit son film selon un principe d’association d’images. Ce type de montage peut parfois produire des effets surprenant, mais le cinéaste ne cherche pas à bousculer systématiquement le spectateur. Il ne s’arrête pas sur des vues qui pourraient alors devenir du pittoresque. Il n’y a pas d’images choc dans Melodie der Welt. Ou alors, toutes les images du film sont des images chocs !

Les thèmes annoncés au début de chaque acte disent bien la dimension globalisante du projet. Il ne s’agit pas de privilégié tel ou tel aspect en fonction d’une préférence personnelle. Le cinéaste s’efface devant la profusion des images du monde. Il ne vise rien d’autres que nous entrainer dans un plaisir visuel basé essentiellement sur la diversité, le renouvellement incessant du regard, un tourbillon où il n’y a pas de moment de répit.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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