L COMME LIVRE en prison

Entre les barreaux les mots. Pauline Pelsy-Johann, 2018, 56 minutes.

Des barreaux, le film en regorge. Aux fenêtres, aux portes, dans les couloirs. Normal, nous sommes en prison. Une grande prison. Et les plans de coupes dans les couloirs vides et interminables, sur les façades des bâtiments filmées en contre-plongée, sont impressionnants. De quoi nous donner un aperçu de ce que c’est que l’enfermement.

Prison et lecture, au premier abord ça ne va très bien ensemble. La majeure partie des détenus que nous allons rencontrer dans le film n’étaient pas des lecteurs avant leur incarcération. Le sont-ils devenus par nécessité, pour avoir une occupation, un divertissement ? Une occasion de sortir de leur cellule ? Mais beaucoup semblent vraiment, sincèrement, y prendre goût. Et leur fréquentation de la bibliothèque devient si vitale qu’ils ne pourraient plus s’en passer.

C’est un décret de Robert Badinter, alors ministre de la Justice, qui ouvre la voie à l’humanisation des conditions de détention. La lecture devient vite un moyen privilégié. Et le lancement de l’Association Lire c’est vivre, mobilisant un nombre important de bénévoles, va être l’outil principal de la mise en œuvre des activités concrètes.

Le film nous fait donc participer à la vie de la bibliothèque de la prison. Il nous fait rencontrer des détenus (jamais filmés de face, ou alors dans un contre-jour bleuté qui préserve l’anonymat obligatoire) qui évoquent la place de la lecture dans leur vécu de personne privée de liberté. Sont aussi présents ces bénévoles -et son président – de Lire c’est vivre qui donnent de leur temps pour apporter pensée et réflexion aux prisonniers.

Mais surtout, nous assistons à des « cercles de lecture » où en petits groupes, ace l’aide d’un animateur, s’opère une mise en commun, un partage, des expériences de lecture. Chacun peut évoquer le ou les livres qu’il a lus dans la semaine. Un intervenant – un philosophe par exemple – présente avec précision le sens de son travail. Mais le plus émouvant, ce sont ces séances de lecture à haute voix, quelques pages à tour de rôle. La lecture est parfois hésitante, mal assurée, mais ici on ne recherche pas la performance d’acteur. L’important c’est l’effort nécessaire pour prendre la parole devant le groupe.  La lecture de l’Etranger de Camus est ici particulièrement chargée de sens pour chacun.

Les films documentaires abordent souvent la prison sous un angle original (on pense à Être là de Régis Sauder ou A côté de Stéphane Mercurio). Entre les barreaux les mots est de ceux-là. Il contribue fortement à développer la réflexion sur le sens – et la nécessité – de la privation de liberté.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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