M COMME MEDIATHEQUE.

Aujourd’hui les bibliothèques sont devenues des médiathèques. Un changement d’appellation significatif de la reconnaissance –définitive – du cinéma (mais aussi de la télévision) comme objet culturel, à part entière, à côté du livre, en complémentarité avec le livre.

Les médiathèques mettent donc en avant les livres portant sur le cinéma (autour des cinéastes et des acteurs et actrices, sans oublier les perspectives historiques et théoriques) ou les romans ayant fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Après tout, les relations entre cinéma et littérature ne datent pas d’aujourd’hui. Et bien sûr elles mettent à la disposition de ses lecteurs, des films en prêt sous forme de dvd, mais aussi plus récemment par accès à une plateforme numérique, Les Yeux docs.

Mais ici comme ailleurs il y a au moins une exception, une bibliothèque qui reste bibliothèque dans sa désignation, malgré la place importante qu’elle accorde dans ses activités au cinéma et tout particulièrement au cinéma documentaire. Il s’agit, on l’aura deviné, de la BPI (Bibliothèque Publique d’Information) du Centre Pompidou à Paris.

L’engagement de la BPI en faveur du développement et du rayonnement du cinéma documentaire est déjà ancien, comme le prouve l’existence – en bonne forme – du festival Cinéma du réel qu’elle pilote depuis 41 ans. Cette année voit l’arrivée à sa tête d’une nouvelle déléguée générale en la personne de Catherine Bizern. La programmation, à côté des nombreuses sections non compétitives, met particulièrement en évidence la vitalité du documentaire français, avec en particulier la projection en soirée d’ouverture du dernier film de Yolande Zauberman, M, déjà primé cet été à Locarno, et en compétitions française de premières mondiales attendues, comme les derniers films de Vincent Dieutre, Marie Dumora ou Manuela Frésil, pour ne citer qu’eux.

Plus récemment, la BPI est à l’origine de la Cinémathèque du documentaire, située elle aussi au Centre Pompidou. En un an elle a diffusé quelques 350 films et totalise plus de 13 000 spectateurs. Un succès inattendu et qui en dit long sur les attentes du public (et pas seulement les cinéphiles traditionnels) en matière de cinéma non-fictionnel.

La Cinémathèque du documentaire propose une programmation par trimestre, centrée autour d’un thème particulier, « portrait/autoportrait », en ce qui concerne l’hiver 2018-19. Ce fut l’occasion de revoir l’œuvre d’Alain Cavalier et pour beaucoup de découvrir celle de Ross McElwee, et de suivre leur dialogue autour de cette forme du cinéma autobiographique désignée plus précisément par la formule « cinéma en première personne ».

Les autres volets de sa programmation ne manquent pas d’intérêt. Citons la formule Les Yeux docs, séances gratuites à midi, qui propose sur grand écran les films de la plateforme numérique du même nom. Les Trésors du doc propose un dimanche par mois une plongée dans l’histoire du cinéma documentaire avec les classiques incontournables (comme on dit) mais aussi des raretés qui seront pour beaucoup autant de découvertes. La Fabrique des films propose une double séance, la projection d’un film d’un auteur qui vient en première partie présenter un projet en cours, retraçant sa genèse et les étapes de sa réalisation, en l’illustrant d’extraits déjà réalisés et d’une iconographie significative sans oublier les références textuelles et littéraires. Le court-métrage n’est pas oublié, avec la section Du Court toujours, des films choisis en relation avec la thématique du trimestre et présentés par leurs réalisateurs-trices. Nouvelles écritures est une section qui, comme son nom l’indique, mobilise les créations utilisant les technologies numériques et Internet. Chaque mois, la Cinémathèque laisse la place à la revue Images documentaires et à son comité de rédaction qui vient  animer la projection du film choisi. On le voit, l’ensemble est riche et varié et l’on ne peut que souhaiter voir se généraliser des séances « hors les murs » pour ne pas ignorer le public non parisien.

Quelles sont les activités des médiathèques en  faveur du cinéma documentaire ? Quelques exemples :

Le réseau national des médiathèques est aujourd’hui particulièrement impliqué dans l’opération du mois de novembre « Mois du film documentaire » ; opération initiée et pilotée par l’association Images en Bibliothèques. En 2018 ce sont plus de 800 médiathèques en France qui ont participé au Mois du film documentaire, opération qui d’ailleurs essaime en Europe et dans le monde entier.

Signalons aussi la création du label IB (Images en bibliothèques) attribué tous les trois mois à une sélection de films documentaires par un jury composé de bibliothécaires. Il s’agit de signaler aux médiathèques les films récents qui paraissent importants et devraient donc figurer dans leur fonds.

Par ailleurs, un jury de bibliothécaires existe également dans le festival Cinéma du réel. Il décerne tous les ans un prix des bibliothèques qui contribue également à mettre en valeur la création documentaire.

Si les médiathèques offrent souvent un large choix de documentaires en prêt grâce aux DVD (les dvd « Images de la culture » diffusés par le ministère de la culture via le CNC ne sont pratiquement trouvable que dans les médiathèques) il existe aussi depuis peu une plateforme numérique, Les Yeux docs, initiée par la BPI et accessible sur inscription dans les médiathèques participantes. Il est alors possible de visionner les films chez soi, en streaming ou après téléchargement. L’offre est limitée à quatre films par mois. Signalons que le catalogue des Yeux docs fait une large place aux films sélectionnés au Cinéma du réel, et en particulier ceux qui y ont obtenu le prix des bibliothèques.

Il n’est pas possible de signaler ici toutes les actions particulières des médiathèques concernant le cinéma documentaire. Je me limiterai donc à un seul exemple (mais les médiathèques peuvent très bien ajouter ici en commentaire leurs propres actions). Il s’agit de La médiathèque Marguerite Yourcenar (Paris 15°) qui organise une fois par mois une projection d’un film documentaire, souvent en présence du – de la cinéaste. Cette séance a un intitulé particulièrement savoureux : « Le Goût du doc ».

A consulter :

Le site web d’images en bibliothèque : https://imagesenbibliotheques.fr/ 

Et l’article M COMME MOIS DU FILM DOCUMENTAIRE : https://dicodoc.blog/2018/11/13/m-comme-mois-du-film-documentaire/

M COMME MOIS DU FILM DOCUMENTAIRE.

 Le mois de novembre est le mois du film documentaire.  Comme chaque année. Une opération lancée en 2000 par Images en bibliothèques et qui connait depuis un succès sans cesse grandissant.

Il s’agit avant tout de projeter des films documentaires, des films qui ont la réputation de ne pas être des films grand public et qui, en grande partie pour cela, sont peu diffusés et donc peu vus en dehors des festivals et des grandes villes. Les films sont projetés en salles de cinéma, mais aussi dans les bibliothèques et médiathèques, ce qui permet de faire connaître les collections de documentaires existant dans ces établissements. Ils sont aussi diffusés dans d’autres structures pouvant rejoindre localement l’opération, des établissements scolaires et universitaires, des musées, des associations liées au cinéma. La coordination nationale est assurée par l’association des Bibliothécaires de l’image.

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Images en bibliothèques a été créé en 1989. C’est une association chargée de mettre en valeur les collections cinématographiques et audiovisuelles existant dans les bibliothèques, collections dont 40 % sont des documentaires. Les bibliothèques proposent ces films en prêt, mais aussi en consultation sur place et en vidéo à la demande. Elles organisent des projections publiques, pas seulement pendant le mois de novembre d’ailleurs, à destination d’associations et du public scolaire.

 

Les médiathèques disposent de fonds de films rares, non sortis en salle et non édités par ailleurs. Ces fonds existent grâce au soutien du Service du livre et de la lecture du ministère de la Culture et du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) qui favorise l’accès à son catalogue, Images de la culture, riche de plus de 2500 titres, et qui constitue un outil particulièrement efficace de diffusion de films dans le secteur non commercial (établissements scolaires, bibliothèques publiques, musées, festivals, établissement pénitentiaires).

Le Mois du film documentaire est ainsi une occasion unique, sous des formes très diversifiées laissées à l’initiative des organisateurs, de voir des films sélectionnés ou non autour d’une thématique, de rencontrer des réalisateurs et d’autres professionnels du cinéma, de débattre des œuvres.

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Voici un exemple, parmi d’autres, de la programmation de l’édition 2018  : la  thématique « la guerre 1914 – 1918 » (centenaire oblige)

Là où poussent les coquelicots, Vincent Marie / 2016 / 52’

L’héroïque cinématographe, Laurent Véray et Agnès De Sacy / 2002 / 48’

Nom de code : poilus d’Alaska, Marc Jampolsky / 2011 / 90’

Elles étaient en guerre (1914-1918), Fabien Béziat et Hugues Nancy / 2014 / 94’

Les Français dans la grande guerre, Cédric Condom / 2008 / 52’

Graine de Poilu, Magali Magne / 2014 / 58’

Fusillés pour l’exemple, Patrick Cabouat / 2003 / 52’

Sillons de feu, Gérard Raynal / 1995 / 56’

1916, Fabien Bedouel / 2003 / 8’

Les Derniers de la der des ders, Jean-Marc Surcin / 1999 / 52’

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Bilan de la 18e édition (2017).

(Source le site du mois du film documentaire : http://www.moisdudoc.com/

3 137 séances

  • dont 275 séances à l’étranger
  • dont 250 séances pour les jeunes publics

1 528 films projetés

  • 22 % de films de patrimoine
  • 30 % de courts métrages

1 321 cinéastes représenté·es

  • dont 500 venu·es à la rencontre du public
  • 45 % des séances accompagnées par le/la cinéaste

150 000 spectateurs

  • 10 % de jeunes publics
  • Une hausse de la fréquentation constatée dans 33 % des lieux

Des centaines d’événements accompagnant les projections

  • 84 % des séances accompagnées de débats, expositions, ateliers pratiques, -* conférences, etc.

2 154 structures participantes

  • 799 médiathèques
  • 344 salles de cinéma
  • 332 structures culturelles
  • 301 institutions publiques
  • 157 structures pour le cinéma
  • 91 établissements éducatifs
  • 84 structures sociales
  • 40 structures du réseau culturel français à l’étranger
  • 5 structures de presse / media