F COMME FAMILLE – Vieillesse.

Il faut ramener Albert. Michaël Zumstein, 2021, 52 minutes.

Un film de famille, centré sur le trio des parents âgés, Nicole et Colette, les sœurs et Roger le plus âgé. A eux trois, ils ne sont pas loin d’atteindre les trois siècles. Nous les découvrons faisant des mots croisés dans l’appartement parisien de Roger, en se disputant gentiment. Une famille dont nous ne connaîtrons pas l’histoire de ses membres. Mais peu importe. La vieillesse de nos trois personnages se passe sereinement. Aucun ne se plaint de douleurs ou autres désagréments dus à l’âge. Et rien ne semble devoir venir perturber cette quiétude.

 Sauf qu’il existe – il existait – un quatrième membre, un deuxième frère, l’ainée de la fratrie, Albert. Albert est mort à la guerre, en Italie et il est actuellement enterré dans un cimetière militaire français en Algérie, à Oran. Et le grand projet – le seul projet- de la fin de vie de Roger c’est de faire rapatrier le cercueil d’Albert dans un cimetière parisien. Projet qui semble au premier abord irréalisable, tant la procédure administrative est complexe.

Les deux sœurs, Nicole et Colette, vont pourtant se lancer avec acharnement dans l’entreprise. Il leur faut pour cela utiliser les moyens modernes de communication, maîtriser un minimum internet et l’ordinateur, et même une tablette toute neuve, pour se renseigner sur les lois en vigueur en Algérie pour pouvoir faire une demande par mail.

Une grande partie du film est consacrée aux étapes de cette recherche. Tout en pestant contre les procédure administratives, les deux sœurs s(initie aux technologies numériques, aidées par leurs enfants et même une étudiante en informatique censée posséder la clef de toutes les difficultés. C’est souvent très drôle. En particulier dans les tentatives faites pour utiliser Siri, cet assistant dit « intelligent », mais qui ne comprend pas les questions qui lui sont posées. Le cinéaste, qui fait partie de la famille, filme cet apprentissage avec une grande tendresse. Mais d’une façon plus générale, le film est une exploration très concrète des difficultés que peuvent rencontrer les personnes âgées vis à vis des outils modernes. Sans aide, il leur serait quasiment impossible de s’en sortir.

Tous ces efforts seront couronnés de succès, ce qui nous vaudra une séquence finale dans un cimetière, d’abord pour repérer la tombe qui pourra accueillir le cercueil d’Albert. Ensuite lors de la cérémonie d’inhumation avec les représentants des anciens combattants, leurs drapeaux et leurs médailles. Un hommage posthume à ce frère disparu depuis bien longtemps, qui concrétise parfaitement l’unité de cette famille.

Albert, nous l’aurons vu dans le film, grâce à des photos et de petits films issus des archives familiales. Un jeune homme grand, beau, athlétique. Quelques 70 ans après sa disparition, son souvenir reste bien présent dans la mémoire de son frère et de ses sœurs, bien qu’ils aient rarement évoqué son souvenir entre eux avant le tournage du film. La découverte et la lecture des lettres que les deux frères s’envoyaient pendant la guerre est un grand moment d(émotion pour les deux sœurs …et le spectateur.

Et ce n’est pas la moindre qualité du film que d’évoquer ainsi la douleur du deuil qui reste vive malgré les années qui passent. La guerre reste, pour ceux qui ont vécu cette époque tragique, une plaie que rien ne peut refermer.

FIPADOC 2022, Biarritz.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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