S COMME SITOGRAPHIE

Des liens sur le cinéma documentaire (sélection)

Sites généraux

Documentaire sur grand écran www.docsurgrandecran.fr   Association fondée en 1990 pour promouvoir et aider à la diffusion de films documentaires comme programme à part entière. Un catalogue très riche, avec des fiches de présentation des films distribués.

Ardèche Images http://www.lussasdoc.org/ Le site des états généraux du film documentaire de Lussas. La Maison du documentaire gère une base de données de plus de 10 000 titres.

Association des cinéastes documentaristes Addoc http://www.addoc.net/main.php

Documentaire.org http://documentaires.ouvaton.org/doc06/

Le mois du film documentaire http://www.moisdudoc.com/ Chaque année le mois de novembre est le mois du film documentaire. Pour tout savoir sur le programme partout en France.

Portail du film documentaire http://www.film-documentaire.fr/ Pour découvrir tous les aspects du cinéma documentaire contemporain

L’office national du film (ONF) du Canada http://www.onf.ca/ Une référence dans le monde du documentaire. Beaucoup d’extraits.

Cadrage http://www.cadrage.net/ revue en ligne universitaire. Des analyses, des dossiers…

Sites de festivals spécialisés

Cinéma du réel http://www.cinemadureel.org/ Le Site du festival organisé tous les ans par la bibliothèque publique d’information du centre Pompidou.

Vision du réel https://www.visionsdureel.ch/festival

Sites de cinéastes documentaristes

Nicolas Philibert. http ://www.nicolasphilibert.fr/ Son site officiel. Des fiches sur tous ses films. Sa biographie. Des textes de critiques sur son oeuvre.

Johan Van der Keuken. http://www.johanvanderkeuken.com/ Le site officiel du cinéaste et photographe néerlandais.

Agnès Varda https://www.cine-tamaris.fr/ le site de sa maison de production. Sa biographie et celle de Jacques Demy

Chris Marker http://www.chrismarker.ch site non officiel. Pour la richesse de la filmographie qu’il propose.

Raymond Depardon http://www.palmeraieetdesert.fr/ le site officiel

Sites de producteurs

Les films du paradoxe http://www.filmsduparadoxe.com/doc.html sélection de DVD

Les films d’ici http://www.lesfilmsdici.fr/accueil.htm des fiches sur de nombreux films importants.

Dissidenz http://www.dissidenz.com/ Les nouveautés, sur les écrans ou en dvd. Des vidéos (extraits, interviews, bandes-annonces) Une boutique où l’on trouve tous les titres importants. Une newsletter.

I COMME INTERNET

Now He’s out in Public and Everyone Can See de Natalie Bookchin

 En 2016, Long Story short de Natalie Bookchin avait obtenu le Grand prix du Cinéma du Réel, un film sur la pauvreté aux Etats Unis, où elle existe aussi, comme partout. Dans l’édition 2017 du festival parisien, nous avons pu voir son dernier film, un court métrage de 24 minutes, où elle reprend le même dispositif filmique, des personnes très variées qui nous parlent en gros plan et qui parfois sont présentes à plusieurs dans une mosaïque sur un écran partagé. Mais cette fois-ci il ne s’agit plus d’interviews, mais d’une sélection d’extraits de déclarations faites sur des blogs vidéo. Un montage très subtil qui réussit à construire un discours collectif sur un sujet unique que l’on découvre peu à peu, au fil de ces interventions multiples.

Un montage d’images trouvées sur Internet donc, des extrais toujours très brefs de blogs vidéo. Des hommes et des femmes, des jeunes, des moins jeunes, des blancs, des noirs, quelques asiatiques, bref une galerie d’américains types classe moyenne, en teeshirt ou buvant une bière, tous s’assoient devant une webcam et parlent. Ils font des déclarations qu’ils veulent solennelles, ou plus simplement ils donnent leur avis. Sur quoi ? De quoi parlent-ils ? De l’actualité du jour sans doute. Ou plus certainement de ce dont tout le monde parle sur le net au moment où ils prennent la parole, des sujets récurrents donc, les buzz les plus imprévisibles comme les rumeurs les plus tenaces. Sans se connaître, ils parlent tous de la même chose.

Le montage réalisée par la cinéaste réussit à organiser dans cette somme considérable un dialogue où chaque intervention, pourtant strictement individuelle en soi, prend place dans un grand débat qui devient public. Les images retenues sont le plus souvent des gros plans des visages de ceux qui s’expriment. Certains pourtant soignent la mise en scène, essentiellement par les éléments de décor en arrière-plan. Des images ponctuées dans le film par des écrans divisés où ces visages apparaissent et disparaissent rapidement. Et parfois même, dans ces images multiples tous les intervenants disent la même chose, un mot, une expression, un chœur unanime synthétisant la cacophonie des interventions précédentes. Des mots repères : argent, pouvoir. Tout est dit.

S’en tenir aux faits. C’est ce que chacun affirme. Comme si c’était si simple. Il s’agit d’un homme. Mais quelle est vraiment son identité ? Où est-il né. A-t-on des certitudes. L’évidence c’est qu’il n’y a pas de certitude. Comme à propos de la couleur de sa peau. Est-il vraiment noir ? D’autres ont affirmé qu’il était blanc. Mais peut-on contester qu’il soit riche. Certains parlent de Michael Jackson. On pense aussi à Obama (« un noir dans une maison blanche »). Ce n’est que la cinéaste brouille les pistes à loisir. Les pistes ne peuvent qu’être brouillées. Toutes se valent. Tous affirment ne pas être racistes. Mais la question raciale semble bien au centre de toutes les préoccupations. Nous sommes dans l’univers de la pure doxa. Celui qui se fera entendre c’est bien celui qui parle le plus fort, ou qui parle le plus. Mais dans le film tous n’ont qu’un temps de parole limité. Même si certains personnages reviennent plusieurs fois à l’écran. On ne peut retenir que des bribes de leurs discours. Nous sommes irrémédiablement enfermés dans ce monde du factice, de l’illusion, de la rumeur, du bruit (au sens des théories de la communication). Une illustration toute simple du monde d’Internet à l’époque des médias sociaux.

Cinéma du réel 2017, compétition internationale courts métrages.

Sur le précédent film  de Natalie Bookchin Long Story short, lire P comme Pauvreté.

dicodoc.wordpress.com/2016/03/31/p-comme-pauvrete/

Y COMME YOUTUBE

Un film à la gloire d’internet, qui n’existerait pas sans internet, ou plus exactement sans YouTube. Car YouTube permet des rencontres inimaginables, réduisant la distance géographique comme le distance sociale ou culturelle. Et quand il s’agit de musique, ce langage universel, YouTube peut rapprocher des personnes qui en dehors d’elle n’ont rien de commun.

La rencontre que le film de Ido Haar nous présente, c’est celle d’une jeune femme, Samantha, qui vit dans un quartier défavorisé de La Nouvelle-Orléans et de Kutiman, un musicien connu de la scène underground israélienne qui vit lui dans un kibboutz près de Tel Aviv.

Samantha n’a pas une vie facile. Elle travaille comme aide soignante dans une maison de repos et semble n’avoir de relation sociale qu’avec sa mère, qu’elle ne joint d’ailleurs que par téléphone. Elle a été violée dans sa jeunesse par son beau-père et cela reste pour elle une malédiction. Alors, c’est sur YouTube qu’elle trouve refuge, un peu de paix, un moyen de pouvoir s’exprimer. Elle a donc ouvert un compte sous le nom de Princess Shaw (tout un programme) et elle se filme en gros plan, parlant un peu d’elle-même, mais surtout elle chante. Elle chante a capella, des textes où elle dit surtout son mal de vivre. Des chants qu’elle offre au réseau mondial, bouteilles à la mer dont elle n’attend aucun miracle , et qui pourtant vont bouleverser sa vie, du moins pour un moment, une parenthèse de bonheur dans une vie de misère.

Car loin, très loin d’elle, un musicien qui passe sa vie sur le réseau, à la recherche de tout ce qui peut être nouveau, insolite, dérangeant, va découvrir la voix extraordinaire de Princess Shaw. La spécialité de Kituman, c’est le mix. Alors il part à la recherche de séquences musicales qui peuvent servir d’accompagnement aux chants de Samantha. Et il découvre des choses vraiment surprenante, une petite fille qui joue du piano, un guitariste électrique qui servira de solo, un joueur de violoncelle, des percussions… Il va assembler tous ces éléments en une véritable composition nouvelle, unique, une musique faite de bric et de broc et qui pourtant possède une unité dans laquelle la voix de Samantha s’intègre parfaitement. Dans le film, ces compositions nous sont présentées sur un écran partagé où chaque musicien apparaît dans les images de son YouTube personnel mais devenues une œuvre collective totalement originale. Et lorsque Samantha découvre cela sur YouTube elle explose de bonheur. C’est pour elle une consécration inespérée, miraculeuse. Le nombre de visions et de likes de son compte est en augmentation constante. Et le New York Time lui consacre même un article !

Mais ce qui fait aussi tout l’intérêt du film, c’est que la rencontre virtuelle entre Princess Shaw et Kutiman va devenir bien réelle. Samantha est invitée à Tel Aviv où elle va participer à un grand concert dont elle est la vedette. Des moments de grande émotions lorsque les deux musiciens tombent dans les bras l’un de l’autre. Et bien sûr le concert est un succès qui dépasse toutes les attentes. Samantha – Princess Shaw est une véritable star. Jamais elle n’aurait pu imaginer vivre cela un jour.

Mais tout rêve a une fin. Samantha retrouve son quartier de la Nouvelle-Orléans où elle ne pourra redevenir Princess Shaw que sur YouTube. A moins que…

Presenting Princess Shaw, un film de Ido Haar, Israël, 2015.

Prix du public à Visions du réel, Nyon, 2016.

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