P COMME PRISON – Haïti

407 jours, Eléonore Coyette, Belgique-Haïti, 2020, 7 minutes.

407 jours, ça correspond à combien d’heures, combien de minutes, combien de second ? Des milliers, des milliards de moments de souffrance.

407 jours, combien de semaines, combien de mois ? Une éternité en enfer. L’enfer d’une prison où la torture, les mauvais traitements sont quotidiens. Une éternité dans l’isolement, la privation de liberté, la destruction de la vie.

Un film pour renaître.

Le film d’Eléonore Coyette est un cri contre l’injustice, un soulèvement contre l’arbitraire d’une dictature aveugle et toute puissante.

Un cri de 7 minutes, mais qui résonne pour l’éternité. Le cri de la liberté indestructible, même en prison, même sous la torture. La liberté de l’art, de la création, de la beauté.

Paul Junior Casimir plus connu sous le nom de « Lintho » est marionnettiste, donc artiste. Dans un pays en extrême difficulté, Haïti, il mène sa barque tant bien que mal, contre vents et marées. Mais cela ne doit pas plaire à tout le monde. Est-il dénoncé ? Que lui reproche-t-on ? On ne le saura pas. Il ne le saura pas. Aucune accusation officielle n’est formulée contre lui. Toujours est-il qu’il est arrêté, emprisonné, torturé. Et c’est l’engrenage infernal de la violence.

L’animation – un mélange d’images réelles, des fleurs par exemple dans le début du film, et de stop motion avec des marionnettes pour mettre en scène le personnage central – contribue fortement à créer cette tonalité dramatique qui caractérise le film. Les images de la prison ne peuvent être que sombres, presque sans couleur. Lorsqu’il y a de la lumière c’est pour filmer la ville, mais avec un éloignement, un recul, une distance maximale. Comme si la vie s’éloignait à jamais. Et le récit – cette voix presque monotone en première personne – ne nous fait grâce d’aucun détail.

Lintho est artiste. Il était artiste avant sa triste aventure. Il est resté artiste en prison. A sa libération il retrouve son art, une exposition où ses marionnettes grandeur nature rendent compte de l’enfermement carcéral.

Une grande leçon de liberté.

« Créer des marionnettes pour que les gens cessent de se comporter comme des marionnettes » Paul Junior Casimir, dit Lintho.

 

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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