UNDERGROUND PUNK

LA GRANDE TRIPLE ALLIANCE INTERNATIONALE DE L’EST.  Nicolas Drolc & Guillaume Marietta, 2022, 93 minutes.

L’underground du nord-est de la France au début des années 2000. A Metz d’abord. A Strasbourg ensuite. Un underground retrouvé grâce aux archives. Des archives elles-aussi souterraines. Exhumées grâce au travail acharné des réalisateurs. Et montées dans le plus pur style punk, débridé, délirant, hallucinant. Sans règles et sans repère.

Cet underground est d’abord musical. Une musique bruyante, sans concession, qui pourrait bien renvoyer les Sex Pistols au rôle d’enfants de cœur.

Les groupes foisonnent. Il s’en crée en quelques secondes et disparaissent sans qu’on s’en aperçoive. Deux guitareux se rencontrent, jouent ensemble et deviennent potes. Une aventure commence. On joue dans les bars, dans les caves, dans les usines désaffectées, dans tous les lieux où on ne risque pas trop d’être délogés par la police. A Metz c’est sous un pont d’autoroute. Des concerts pour quelques dizaines de fans, au mieux. Mais peu importe. On fait la fête et la bière coule à flots.

Certains groupes résistent à l’usure du temps. La liste de leurs noms est en soi un véritable poème. Du plus surprenant au plus banal. A voir dans le générique de fin du film.

On chante en anglais bien sûr. Ou quelques fois en français. Mais ça ne change pas grand-chose. De toute façon il n’est guère possible de comprendre les paroles, assommées qu’elles sont par la batterie. Les chanteuses hurlent tout autant que les chanteurs. La sono n’est pas toujours de très bonne qualité. Mais ce qui compte, c’est l’énergie, la puissance sonore, poussée au maximum. A vous dégommer les oreilles.

Cet underground est aussi visuel, graphique et plastique. S’incarnant dans des fanzines essentiellement. Quelques feuilles photocopiées où on dessine, où on écrit quelques textes. Des slogans surtout. Pour les groupes les plus connus, il y a les couvertures des albums. Au noir et blanc des fanzines répondent les couleurs des murs peints, recouverts de graffs, à dénicher dans des lieux les plus improbables les uns que les autres.

Le film de Nicolas Drolc et Guillaume Marietta a le grand mérite de ne pas être uniquement un film d’archives, aussi passionnantes et éloquentes soient-elles. Les réalisateurs ont retrouvé les acteurs de cette saga punk. Aujourd’hui, bien sûr, ils ont vieilli. Réunis autour de quelques bières, ils feraient presque anciens combattants. Mais ils ont encore pas mal de dynamisme pour raconter les grands faits et les petits gestes de cette épopée. Où se sont-ils rencontrés ? Et leur premier concert ? Et la Grande Triple Alliance Internationales de l’Est, qui a trouvé cette dénomination ? Un label dont il faut assumer la notoriété. Des anecdotes souvent insignifiantes. Mais c’est la vie, tout simplement. Evoquée sans nostalgie. Une aventure qui pourrait bien durer encore. Sous d’autres formes.

Un Film indispensable pour retracer l’histoire de la vie culturelle au début du XXI° siècle. Rien de moins.

Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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