A demain mon amour. Basile Carré-Agostini, 2021, 92 minutes.
Le titre nous le dit, ce film est un film d’amour. Il met en scène un couple amoureux, un couple qui a vécu son amour pendant de longues années et qui continue à le vivre encore et encore. Un tel amour n’est-il pas éternel.
Pourtant en regardant de plus près, et notamment l’identité de ce couple, sans remettre en cause cette première qualification, il nous faut en ajouter une autre. Ce film est un film révolutionnaire, ou pour le moins un film qui nous parle de révolution – à défaut de la faire. Un film qui est donc une critique implacable du néolibéralisme capitaliste, et ceci tout simplement parce que cette critique a été et est encore le thème de prédilection, le crédo revendiqué ouvertement par ce couple érigé dans le film au rang de personnage central, de héros révolutionnaire, le temps d’un film.
Ce couple c’est Michel et Monique Pinçon-Charlot, deux sociologues bien connus pour leurs écrits sur la grande bourgeoisie en France, ceux qu’il est courant de dénommer les ultra riches, omniprésent dans le CAC 40 et dans l’industrie du luxe, entre autres. Nos deux chercheurs sociologues du CNRS sont maintenant à la retraite, ce qui ne les empêche pas d’être présents sur le front des luttes sociales dont notre époque est riche. On les retrouve donc dans les manifestations des gilets jaunes sur les Champs-Élysées, mais aussi dans les cortèges contre la réforme des retraites, ou de façon moins voyante, dans l’occupation de l’usine Ford à Blanquefort en Gironde, aux côtés d’un futur candidat à l’élection présidentielle.
Tout au long du film, Monique et Michel sont des personnages publics, prenant la parole devant des assemblées nombreuses, rencontrant des interlocuteurs chez eux ou dans des bistrots, des personnages engagés avec qui ils confrontent leurs idées. Mais en même temps le titre du film nous promet de pénétrer dans leur intimité, ce qui sera fait dès la première séquence, tournée dans leur chambre à coucher où nous les surprenons dans leur lit, au réveil, le matin. Leur appartement au fil du film n’aura plus de secrets pour nous, pas plus que leurs coutumes alimentaires, dès le petit déjeuner. Cette intimité a bien sûr pour but – et pour résultat – de nous les rendre sympathiques, en espérant que cette sympathie personnelle se reporte sur les idées qu’ils défendent. Une sympathie que le film se plaît à souligner : «je vous adore » clame une femme les rencontrant dans la foule d’une manifestation samedi de gilets jaunes.
Gagneront-ils de nouveaux lecteurs grâce au film ? Il faut l’espérer car les thèmes qu’ils présentent ici demandent évidemment à être approfondis. Un film qui est donc un vibrant appel à la réflexion.
