A COMME ABECEDAIRE – Jean-Paul Julliand.

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Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

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I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – GRAINES DE RONDS-POINTS de Jean-Paul Julliand

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – GRAINES DE RONDS-POINTS de Jean-Paul Julliand

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

1 Conception

« Graines de ronds-points » est né d’une préoccupation – j’étais très intrigué par le mouvement des gilets jaunes, véritable OVNI politique sorti de nulle part – et d’une opportunité. Ralenti par des gilets jaunes sur un rond-point, pas très éloigné de mon domicile, le dialogue s’engage. Je me gare. Je me présente en tant que réalisateur. Je laisse ma carte de visite… et j’attends une réponse à ma proposition d’un tournage en immersion. Après quelques jours de flottements, le feu vert arrive.

Durant tout le tournage (6 mois), je filme sans faire signer de droits images. J’annonce simplement qu’avant toute sortie, sur quelque support qui soit, je ferai une projection privée où je solliciterai la signature de droits images ; ce qui est le cas en juin 2019. Deux interviewés sur dix-neuf refusent d’apparaitre dans le film. Je dois donc remonter en partie le documentaire durant l’été 2019 pour être prêt en septembre. Mais j’étais préparé à cette hypothèse.

2 Production

Je fonctionne dans le cadre de l’association Electron Libre Compagnie qui avait sur son compte un petit « trésor de guerre », suite à la production et/ou la distribution de films précédents. Mais je fais 90% du film tout seul… ce qui a ses limites, notamment pour les prises de son. Dans ce cadre-là, je suis bénévole. Seuls mes frais sont pris en compte. En revanche, le mixage son et la colorimétrie sont « sous-traités » à des copains, rémunérés à minima… Mais qui auraient été associés aux bénéfices, si le film avait dépassé les 5000 entrées ; ce qui ne sera pas le cas.

3 Réalisation

Je cadre. Je prends le son. Je monte… et je réalise.

Tout se joue dans ma tête… et un peu en réaction avec les initiatives des autres projets. Ainsi j’ai dû tenir compte de la sortie de « J’veux du soleil » de Gilles Perret et François Ruffin. Ils travaillent à chaud, dans l’urgence, autour d’une personnalité connue. Je décide donc de filmer sur le long terme, en prenant mon temps et en n’apparaissant jamais dans le film ; rajoutant juste une voix off d’intro et une autre, très brève, de pré-conclusion.

Je commence à pré-monter au bout de trois mois de tournage, mais de façon très grossière pour avoir une idée d’où je pouvais aller avec ce film.

4 Diffusion

J’ai tenté de proposer le film à une boite de prod, qui en a parlé à une télévision régionale… Mais rapidement le diffuseur a su que d’autres films sortiraient en interne dans son réseau… Donc l’idée a germé d’un autre film sur le suivi des gilets jaunes accompagnants les projections de « Graines de ronds-points » en salles de cinéma… Ce projet a finalement été abandonné… J’ai énormément de mal à travailler avec des boites de prod, qui sont sur des rythmes et des modes de fonctionnement qui ne sont pas les miens… à 74 ans.

Le film est sorti en salles le 13 novembre… pour l’anniversaire du mouvement. La distribution est assurée par Electron Libre Compagnie qui a désormais de bons contacts avec un grand nombre d’exploitants, rencontrés lors des projections débats de mes films précédents et qui aiment bien ma façon d’animer les échanges post-projections.

Quelques exploitants ont cru que ce documentaire ferait une carrière comparable à « J’veux du soleil ».

Mais la plupart a bien senti que le vent avait tourné. Les gilets jaunes n’étaient plus au top dans l’opinion publique, d’autres mouvements sociaux se dessinaient (réforme des retraites) et les gilets jaunes eux-mêmes s’étaient usés, sans négliger les divergences de points de vue internes.

Bilan : 50 salles… 2000 entrées avec des succès enthousiasmants et des bides énormes. Sans parler des séances signées mais annulées du fait du Covid19.

Mais dans tous les cas de belles rencontres et beaucoup d’enrichissements personnels.

Depuis le début du confinement, le film est disponible sur deux plateformes VOD et l’association commercialise en direct (via Facebook) le DVD… qui pour le moment se vend très peu.

Mais, au-delà de la richesse des rencontres humaines, je pense que ce film devrait être utile, dans l’avenir, pour aider à comprendre ce qui s’est passé… et peut-être aussi ce qui va se passer.

Jean Paul Julliand