P COMME PRESENTATION D’UN FILM – Un moment sans retour de Raymond Macherel


Le projet
UN MOMENT SANS RETOUR est un long-métrage documentaire pour le cinéma. Une plongée à l’intérieur de ce grand mouvement de révolte populaire : les Gilets Jaunes ! C’est l’histoire d’un groupe de Gilets Jaunes en Bretagne, du côté de Rennes. Une histoire pleine de soubresauts et de révélations. Ils ne se connaissaient pas la veille, ils avancent ensemble au-delà de ce qu’ils croyaient possible. Un film qui a pour ambition d’embarquer les spectateurs dans l’intimité et la lumière explosive d’un événement historique en train de s’écrire.

Comment l’aventure du film a commencé…
Samedi 8 décembre 2018 à Paris, Acte IV du mouvement. Raymond Macherel filme ses premières images devant la gare Saint-Lazare : « Si vous voulez rester en vie, vous rentrez chez vous ! » La menace du CRS s’adresse à un photographe indépendant qui voulait simplement récupérer le casque qu’on lui avait confisqué. La séquence postée sur Facebook fera plus de 3 millions de vues et sera partagée plus de 100 000 fois :
https://www.facebook.com/100002734044446/posts/1611823448918774
Mais l’aventure du film commence vraiment deux semaines plus tard en périphérie de Rennes. Grâce à un ami sur place, le cinéaste entre en contact avec un groupe de Gilets Jaunes particulièrement actifs qui se font appeler les « Lapins Jaunes ». Ils viennent d’investir un bâtiment à l’abandon pour lui redonner vie et en faire le quartier général de leur combat. Il leur explique ce qu’il veut faire, à la fois un document pour l’histoire et un film sur les coulisses du mouvement. Dans les premiers temps, ils sont un peu méfiants envers ce Parisien qui débarque. Pourtant, dès le premier jour, ils acceptent qu’il les filme.


Le synopsis
A l’automne 2018, le ciel se charge d’une lumière explosive. Des femmes et des hommes ont décidé de se rendre visibles à la surface des eaux de la mondialisation. Du côté de Rennes, Gaëtan, Sandrine, Patrick et les autres viennent d’investir un entrepôt à l’abandon, grande embarcation qu’ils retapent pour la rendre opérationnelle. Ils la baptisent au fronton : « Maison citoyenne – Gilets Jaunes ». Ils sont bien décidés, contre vents et marées, à faire plier ce pouvoir qui les regarde d’en haut. De puissants courants les agitent. Des courants contraires, venus des profondeurs tourbillonnantes de la gauche, de la droite, des extrêmes comme de l’abstention. Cela traverse les gestes, les paroles, les espoirs, les votes, depuis si longtemps. Des idées de révolution ressurgissent dans les têtes. On dirait que tout remonte à la surface. Dans le pays entier, les éléments se déchaînent. L’armada du pouvoir, d’abord désorientée, est envoyée pour frapper et contenir. Le ciel est saturé de grandes manœuvres et de gaz lacrymogènes. Des membres du groupe sont blessés, Gaëtan interpellé. La Maison citoyenne est en ébullition. On vit au rythme des vidéos qui circulent de portable en portable et des tensions qui s’accumulent, au-dehors comme au-dedans. Tout un charivari de sentiments éclate à mesure que les flots s’ouvrent et se ferment. On est frappé par la détermination des corps et des esprits engagés dans la bataille. Comme tant d’autres, ce groupe de Gilets Jaunes refuse de se laisser submerger. Il faut tenir ensemble, on s’est mis en mouvement, on avance. Mais l’horizon est encore lointain.


Les intentions du réalisateur
Les Gilets Jaunes ont ouvert une page dans l’histoire du pays et l’on pressent qu’ils annoncent des bouleversements encore devant nous. On n’avait pas connu en France un soulèvement d’une telle puissance depuis Mai 68. Depuis longtemps, je désirais vivre un tel événement, m’engager et filmer l’histoire en train de se faire. Moins pour documenter des affrontements spectaculaires que pour tenter de saisir ce qui se passe dans la tête des combattants. UN MOMENT SANS RETOUR a pour ambition de constituer un document d’histoire vive, d’histoire à chaud. Qui témoigne de ce qui s’est passé au sein d’un groupe de Gilets Jaunes en Bretagne au cours des mois de décembre, janvier et février 2018-2019. Je voudrais rendre sensible ce moment vivant du soulèvement, de la force collective, de l’impureté aussi, et des espérances. Le film placera les spectateurs sur un chemin de crête, au cœur d’une période dont on ne sait de quel côté elle pourrait basculer. Il permettra de suivre l’évolution d’un groupe de femmes et d’hommes engagés pour la première fois dans une dynamique de révolte. On découvrira des personnages forts et déterminés, aux caractères parfois antagonistes, qui essayent de cheminer ensemble. Plutôt que d’orienter la parole des protagonistes par des interviews et d’imposer au spectateur une voix-off surplombante, j’ai choisi de construire un récit immersif. Prendre le temps de la rencontre, scruter les visages, l’engagement des corps au fil des semaines. Raconter comment s’invente un collectif avec ses audaces et ses obstacles. Mais aussi, dans des situations en apparence plus banales, plus intimes, laisser affleurer ce qui ne peut être dit, laisser du temps à ce que l’on cherche encore. « Nous sommes tous des femmes et des hommes politiques », comme on a pu lire au dos d’un gilet jaune. Nous sommes toutes et tous traversés par la politique. Et si tout est politique, cela est vrai aussi de la décision de faire un film, du choix de son sujet, du point de vue que l’on adopte. Le film suit l’évolution de ce travail souterrain de la politique dans les têtes. Dans ce groupe de Gilets Jaunes bretons, les contradictions politiques ne se disent pas entièrement. Les votes passés sont laissés à distance, la frontière entre droite et gauche n’est pas tranchée. On souhaite vivre mieux, retrouver du commun, imaginer une démocratie plus vivante et même une nouvelle Constitution. A mesure que le mouvement et le film avancent, ces espoirs animent les discussions et portent le groupe au-delà de ce dont chacun se croyait capable. Car que ferait-on au lendemain de la destitution du président Macron ?
UN MOMENT SANS RETOUR est un film qui croit en la puissance du cinéma comme dispositif capable de nous faire entrevoir ce que l’on ne soupçonne pas au moment où on le filme. Je filme avec le souci de laisser les spectateurs libres d’interpréter où en sont les uns et les autres, et comment des chemins s’ouvrent, ou pas, au-delà de ce qui nous détermine et nous influence. Il serait possible que les inquiétudes et les intuitions des Gilets Jaunes nous regardent, nous traversent, nous toutes et tous qui cherchons à reprendre la main sur le cours des choses. Car l’histoire des Gilets Jaunes, ce moment d’intelligence collective, de courage, de risques, de révélations, c’est aussi notre histoire.

La Maison citoyenne
L’aventure du film se déroule dans la Maison citoyenne, principal lieu du tournage. Nous sommes en périphérie de Rennes, sur la commune de Saint-Grégoire, dans une zone industrielle proche de l’immense centre commercial « Grand Quartier ». Le bâtiment n’a rien d’attrayant, c’est une longue bâtisse de tôle, au toit plat, avec une baie vitrée sur le devant, qui devait accueillir un magasin de pièces automobiles ou un garage. Un lieu qui va reprendre vie grâce aux Gilets Jaunes ! Pour le groupe, c’est d’abord un refuge. Un abri en dur après les premières semaines passées entre cabanons et palettes sur les ronds-points. Le bâtiment a été rendu opérationnel en quelques jours : on l’a nettoyé, on a rebranché l’eau, l’électricité, réparé ce qui devait l’être. On l’a meublé avec ce que chacun a pu rapporter de chez soi ou ce que des sympathisants du mouvement sont venus donner. Il y a des chambres, une cuisine. La grande salle peut accueillir trois cents personnes debout, de quoi voir venir. Le groupe se prépare à vivre là, à y organiser la lutte. À y passer le temps qu’il faudra.
La Maison citoyenne est aussi un poste de combat. Elle a été choisie pour ses qualités stratégiques : à la fois isolée dans une zone inhabitée et facilement accessible en voiture par la rocade rennaise. Dans UN MOMENT SANS RETOUR c’est tantôt une salle des machines en ébullition où l’on refait le monde, tantôt un camp retranché où la vie de famille s’épanouit ou s’électrise. À mesure que le film avance, on la repeint, on reconfigure les espaces, on améliore l’ordinaire. Jusque-là, on était chacun chez soi. Depuis le début du mouvement, du commun se fabrique, s’invente au jour le jour, et se projette dans l’avenir.


Les territoires filmés
Le film se passe en grande partie dans la Maison citoyenne à Saint-Grégoire, mais n’est pas pour autant un huis-clos. Différents territoires sont traversés qui vont s’élargissant. Rennes et les alentours en Ille-et-Vilaine, la région Bretagne ensuite. À Saint-Malo lors du blocage de la gare maritime et devant le commissariat barricadé de la ville. À Saint-Brieuc lors d’un rassemblement en hommage aux morts du mouvement. À Quimper pour une prise de parole en public. Et sur la route de Morlaix que l’on n’atteindra jamais. Et puis il y a Paris où le groupe ne se rend pas mais dont on parle samedi après samedi. Paris d’où parle Emmanuel Macron le 10 décembre 2018 sur l’écran de télévision d’un bar. Paris à travers des scènes de manifestations et de violences policières que des membres du groupe regardent sur leurs téléphones portables : au pied du ministère de Bercy, à proximité de l’Arc-de-Triomphe, devant l’Assemblée nationale. Et soudain, rebondissement à l’initiative du personnage de Gaëtan qui a décidé d’entreprendre un « Tour de France », le film se déplace sur des territoires inattendus : l’Alsace, la ville de Commercy dans la Meuse, les routes de Meurthe-et-Moselle, du Nord, et même jusqu’en Belgique.

Quelques personnages du film
GAËTAN
, 33 ans.
Gaëtan est un des porte-parole des « Lapins Jaunes », avec Patrick. Ancien militaire, il a quitté l’armée après avoir servi en Côte-d’Ivoire. Devenu artisan du bâtiment, il s’est spécialisé dans la construction de maisons en bois bio-climatiques. La très forte personnalité de Gaëtan polarise la vie du groupe. On reconnaît avoir besoin d’un leader qui prend des initiatives, qui ose aller à l’affrontement et, surtout, qui parle avec les mots de tout le monde. Mais on critique sa façon de se mettre en avant, de ne pas écouter. Un personnage qui se distingue aussi par son « génie » propre, sa liberté de ton, son phrasé. « L’histoire est en train de se tourner « , dira-t-il.
SANDRINE, 35 ans
Sandrine est une ancienne commerciale devenue cariste, intérimaire dans des entreprises de l’agroalimentaire. Elle est mère d’une adolescente qu’elle élève seule dans un petit bourg en périphérie de Rennes. C’est un personnage qui écoute beaucoup et qui à l’occasion ne manque pas de franc-parler. « Remettre l’église au milieu du village, et ben vas-y, parle des morts et des blessés ! », dira-t-elle en écoutant sur son portable une interview du ministre de l’intérieur Christophe Castaner par Rémy Buisine. Elle va peu à peu prendre de l’importance dans le groupe jusqu’à devenir elle aussi porte-parole.
« Dans six mois, tu ne te reconnaîtras plus », lui confiera Patrick qui a l’expérience.
PATRICK, 68 ans
Patrick est l’autre porte-parole du groupe. Retraité, ancien militant socialiste, il fut délégué fédéral aux entreprises du PS d’Ille-et-Vilaine. Il travaillait dans les services techniques à la mairie de Rennes du temps de l’ancien maire Edmond Hervé. C’est par son club de motards qu’il a eu vent de l’appel du 17 novembre. Dans le groupe, il fait figure de sage, on s’appuie sur son expérience politique, mais on lui reproche un petit côté professoral. Il voudrait placer l’action des Gilets Jaunes « dans la perspective de la victoire finale ».
RAYMONDE, 68 ans
Raymonde est retraitée et vit avec une toute petite pension. Tout le monde dans le groupe l’appelle « Mamie ». Elle a passé une partie de son enfance en Algérie avant la guerre d’indépendance. Elle se souvient de Mai 68 à Rennes et n’avait plus jamais manifesté depuis. « Quarante ans que j’attendais que ça pète ! » s’exclamera-t-elle. À la Maison citoyenne, son « QG », elle est devenue cheffe de famille : elle cuisine, gère les sous, veille à l’ordre et à la propreté, poussant des coups de gueule parfois contre le laisser-aller des plus jeunes.
FRANCK, 31 ans
Franck est célibataire, employé dans une entreprise de nettoyage où il vient d’être promu chef d’équipe. Il remet en état des locaux et des logements à la suite de sinistres. Comme beaucoup, après le travail, il passe ses soirées à la Maison citoyenne. Pour lui, dans les manifestations du samedi, « il faut que ça bouge ! » si on veut arriver à quelque chose et « faire tomber Macron ». Dans plusieurs scènes du film, il raconte avec jubilation sa participation aux échauffourées en première ligne. Et dit son impatience face à Patrick et Gaëtan qui entendent mener la lutte autrement.



L’équipe du film
Raymond Macherel
, réalisateur. UN MOMENT SANS RETOUR est son premier film documentaire pour le cinéma. Né à Paris, d’origine suisse et uruguayenne, Raymond Macherel a grandi dans une famille de parents ethnologues. Après des études à « Normale sup », il a été professeur de français pendant une dizaine d’années en Seine-Saint-Denis, parallèlement à une activité d’artiste photographe qui l’a conduit à exposer à la Maison européenne de la photographie. Puis il a travaillé quelque temps auprès de responsables politiques, participant notamment à la campagne présidentielle de 2012. En 2013, il décide de changer de voie et s’engage dans la distribution de films documentaires pour le cinéma. Il rencontre Gilles Perret et accompagne pendant un an la diffusion de son film Les Jours heureux. Suivront des collaborations avec des producteurs et distributeurs pour faire rayonner la sortie de films documentaires en salles, organiser et animer des centaines de ciné-débats dans une démarche d’éducation populaire. Parmi eux, Howard Zinn – Une histoire populaire américaine de Daniel Mermet et Olivier Azam (2015), Comme des lions de Françoise Davisse (2016) ou L’Époque de Matthieu Bareyre (2019).
Laure Budin, monteuse. Laure Budin est chef monteuse pour le cinéma et la télévision. Elle a commencé sa carrière comme assistante-monteuse sur le film Molière d’Ariane Mnouchkine, puis L’Ange de Patrick Bokanowski. Elle a été chef monteuse pour des longs-métrages de fiction et des documentaires comme Faro, la reine des eaux de Salif Traoré, Chant public devant deux chaises électriques d’Hélène Châtelain, Brésil, la guerre des enfants de Sandra Wernek, Résistances et Cette lumière n’est pas celle du soleil de Bertrand Favre, ou encore Jean Rouch, cinéaste africain d’Idrissa Diabaté. Elle est aussi monteuse son et a travaillé notamment sur Poker de Catherine Corsini, L’Œil qui ment de Raoul Ruiz, L’Envol et Un rêve solaire de Patrick Bokanowski, et très récemment sur Les Révoltés de Michel Andrieu et Jacques Kebadian sorti en salles en 2019.
L’association Doc Pop Films porte ce projet documentaire. L’association Doc Pop Films a été créée en mars 2020. Elle a pour objet la production d’œuvres audiovisuelles et la promotion de toute action culturelle et sociale liée à la diffusion de projets ayant pour champ l’audiovisuel et en particulier le cinéma documentaire. Elle s’inscrit dans une démarche d’éducation populaire, avec la conviction que le cinéma peut être une expérience commune vitale pour interroger et penser le monde.

Dossier de Presse
UN MOMENT SANS RETOUR
Un film de Raymond Macherel
Campagne de financement participatif dès le 9/09 sur http://www.KissKissBankBank.com

A COMME ABECEDAIRE – Jean-Paul Julliand.

Apprendre

Enseigner peut s’apprendre !

Armée

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Citoyenneté

Graines de ronds-points

Contestation

Graines de ronds-points

Ecole maternelle

Dis Maîtresse !

Enfance

Dis Maîtresse !

Enseignement

Enseigner peut s’apprendre !

Et pourtant ! – … Enseigner peut s’apprendre !

Formation des enseignants

Et pourtant ! – … Enseigner peut s’apprendre !

Gilets jaunes

Graines de ronds-points

Guerre d’Algérie

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Mémoire

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

Pédagogie

Dis Maîtresse !

Enseigner peut s’apprendre !

Politique

Graines de ronds-points

Ils ne savaient pas que c’était une guerre ! – Algérie… 50 ans après

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – GRAINES DE RONDS-POINTS de Jean-Paul Julliand

I COMME ITINERAIRE D’UN FILM – GRAINES DE RONDS-POINTS de Jean-Paul Julliand

Une idée comme point de départ. D’où vient-elle ? Et comment chemine-t-elle, a-t-elle cheminé, dans l’esprit du cinéaste ? Quel chemin a-t-elle parcouru ? Quel raccourci, quel détour a-t-elle emprunté ? Qu’a-elle croisé sur sa route ? Un livre, une musique, un tableau, un autre film …

Puis il faut passer à l’acte. Trouver de l’argent. Repérer des lieux, rencontrer des personnages, et bien d’autres choses qui vont constituer ce travail spécifique à ce film-là, et qu’on ne retrouvera dans aucun autre.

Enfin il faut rendre compte de la rencontre avec le public, dans des festivals, des avant-premières, en VOD ou en DVD, et la sortie en salle ce qui, hélas, n’est pas offert à tous.

Un long cheminement, souvent plein de chamboulements, de surprises, et d’obstacles à surmonter. La vie d’un film.

1 Conception

« Graines de ronds-points » est né d’une préoccupation – j’étais très intrigué par le mouvement des gilets jaunes, véritable OVNI politique sorti de nulle part – et d’une opportunité. Ralenti par des gilets jaunes sur un rond-point, pas très éloigné de mon domicile, le dialogue s’engage. Je me gare. Je me présente en tant que réalisateur. Je laisse ma carte de visite… et j’attends une réponse à ma proposition d’un tournage en immersion. Après quelques jours de flottements, le feu vert arrive.

Durant tout le tournage (6 mois), je filme sans faire signer de droits images. J’annonce simplement qu’avant toute sortie, sur quelque support qui soit, je ferai une projection privée où je solliciterai la signature de droits images ; ce qui est le cas en juin 2019. Deux interviewés sur dix-neuf refusent d’apparaitre dans le film. Je dois donc remonter en partie le documentaire durant l’été 2019 pour être prêt en septembre. Mais j’étais préparé à cette hypothèse.

2 Production

Je fonctionne dans le cadre de l’association Electron Libre Compagnie qui avait sur son compte un petit « trésor de guerre », suite à la production et/ou la distribution de films précédents. Mais je fais 90% du film tout seul… ce qui a ses limites, notamment pour les prises de son. Dans ce cadre-là, je suis bénévole. Seuls mes frais sont pris en compte. En revanche, le mixage son et la colorimétrie sont « sous-traités » à des copains, rémunérés à minima… Mais qui auraient été associés aux bénéfices, si le film avait dépassé les 5000 entrées ; ce qui ne sera pas le cas.

3 Réalisation

Je cadre. Je prends le son. Je monte… et je réalise.

Tout se joue dans ma tête… et un peu en réaction avec les initiatives des autres projets. Ainsi j’ai dû tenir compte de la sortie de « J’veux du soleil » de Gilles Perret et François Ruffin. Ils travaillent à chaud, dans l’urgence, autour d’une personnalité connue. Je décide donc de filmer sur le long terme, en prenant mon temps et en n’apparaissant jamais dans le film ; rajoutant juste une voix off d’intro et une autre, très brève, de pré-conclusion.

Je commence à pré-monter au bout de trois mois de tournage, mais de façon très grossière pour avoir une idée d’où je pouvais aller avec ce film.

4 Diffusion

J’ai tenté de proposer le film à une boite de prod, qui en a parlé à une télévision régionale… Mais rapidement le diffuseur a su que d’autres films sortiraient en interne dans son réseau… Donc l’idée a germé d’un autre film sur le suivi des gilets jaunes accompagnants les projections de « Graines de ronds-points » en salles de cinéma… Ce projet a finalement été abandonné… J’ai énormément de mal à travailler avec des boites de prod, qui sont sur des rythmes et des modes de fonctionnement qui ne sont pas les miens… à 74 ans.

Le film est sorti en salles le 13 novembre… pour l’anniversaire du mouvement. La distribution est assurée par Electron Libre Compagnie qui a désormais de bons contacts avec un grand nombre d’exploitants, rencontrés lors des projections débats de mes films précédents et qui aiment bien ma façon d’animer les échanges post-projections.

Quelques exploitants ont cru que ce documentaire ferait une carrière comparable à « J’veux du soleil ».

Mais la plupart a bien senti que le vent avait tourné. Les gilets jaunes n’étaient plus au top dans l’opinion publique, d’autres mouvements sociaux se dessinaient (réforme des retraites) et les gilets jaunes eux-mêmes s’étaient usés, sans négliger les divergences de points de vue internes.

Bilan : 50 salles… 2000 entrées avec des succès enthousiasmants et des bides énormes. Sans parler des séances signées mais annulées du fait du Covid19.

Mais dans tous les cas de belles rencontres et beaucoup d’enrichissements personnels.

Depuis le début du confinement, le film est disponible sur deux plateformes VOD et l’association commercialise en direct (via Facebook) le DVD… qui pour le moment se vend très peu.

Mais, au-delà de la richesse des rencontres humaines, je pense que ce film devrait être utile, dans l’avenir, pour aider à comprendre ce qui s’est passé… et peut-être aussi ce qui va se passer.

Jean Paul Julliand