1 L’origine du film
L’idée de ce film est née en 2019, pendant l’incarcération de mon ex-compagnon à la prison de Fresnes. Nous nous étions lancés dans une correspondance assidue, et je trouvais ses lettres très belles. J’ai pensé qu’elles pourraient donner lieu à un film épistolaire : elles avaient une dimension de témoignage forte, et en même temps c’étaient des lettres intimes, des lettres d’amour. J’ai repensé alors à un film de Chantal Akerman, News from home, dans lequel elle lit des lettres que sa mère lui envoie, sur des plans de New-York où elle est partie vivre. J’ai voulu reprendre ce dispositif en le transposant, et associer aux lettres de prison des images de mer, de paysages, d’horizons. Jouer sur le contraste entre les images et le texte, pour évoquer l’enfermement. Bien sûr il y a eu tout un travail en amont de sélection des lettres, pour créer un rythme et mettre en valeur certains thèmes.
2 La production
À partir du moment où Ahmed a accepté, il y avait pour moi une certaine urgence à faire ce film, très peu de temps après sa libération. Dans mon esprit il allait former une sorte de diptyque avec mon roman autobiographique L’Autre Ahmed ou L’Attente, qui venait d’être publié : dans le roman, c’est mon point de vue de compagne sur la prison et la maladie psychique, dans le film, on accède à celui d’Ahmed à travers ses lettres. Aussi je n’ai pas voulu attendre de trouver une production, des financements, ce qui peut facilement prendre des années. Le dispositif se prêtait bien à l’autoproduction alors je me suis lancée ! C’est un film que nous avons fait à deux avec mon chef opérateur. Ça a été de la débrouille avec les moyens du bord : un ami a voulu « produire » ce film en me donnant un peu d’argent pour que je puisse défrayer mon chef op, une autre amie m’a prêté un zoom pour m’enregistrer, et puis j’ai fait moi-même toute la post-prod son. Le film a coûté moins de 1000 euros.
3 La réalisation
Le film a été tourné en pleine période de confinements liés au covid. Avec Gurvan Hue, le chef opérateur de presque tous mes films, nous avons eu l’idée de procéder un peu à l’image de cette correspondance entre Ahmed et moi : de Paris, je lui écrivais mes intentions, et lui tournait des plans en Bretagne où il vit, dans la région de Douarnenez. C’était possible de fonctionner comme ça parce qu’on se connaît très bien, je savais qu’il avait parfaitement compris le projet et je n’ai pas eu peur de déléguer la partie images. Mon travail a ensuite surtout été un travail de montage, d’association des images et du texte, et la création de la bande sonore car il n’y a aucun son direct dans le film. C’est un film très artisanal, dans lequel j’ai pris beaucoup de plaisir à « fabriquer ». Je n’ai pas vraiment de compétences techniques et je n’aurais pas pu me le permettre dans le cadre d’une fiction produite, mais son dispositif assez simple m’a offert cette liberté. Ce côté « Do It Yourself » me semblait cohérent avec son sujet très intime aussi.
4 Distribution et parcours en festivals
Ce film n’a pas eu de distributeur, il n’a pas eu de diffusion autre qu’en festivals et je me suis occupée moi-même aussi de cette partie-là. Mais pour un film de 45 minutes (on sait que les moyens-métrages sont difficiles à diffuser !) autoproduit et difficile à classer entre le documentaire et l’expérimental, il a eu un parcours assez beau depuis 2022 : une quarantaine de festivals en France et à l’étranger, notamment le Festival du Film d’Education d’Evreux, et une dizaine de prix, dont celui de l’Association des Critiques de Cinéma de Ligurie au festival FLIGHT / Mostra de Gênes. Son parcours n’est pas encore tout à fait terminé d’ailleurs, il a encore obtenu récemment un Prix du Public à l’Asti International Film Festival en Italie. Maintenant on peut le regarder sur internet, j’espère qu’il continuera à vivre de cette façon : https://vimeo.com/684678825
