Le Muranow de Varsonie de Olga Prud’homme-Farges, 2025, 58 minutes.
Quelle merveilleuse idée que cette collection de films qui nous fait voyager à travers le monde sur les traces de salles de cinéma qui ont traversé l’histoire, survivant à tous les aléas, économiques et politiques, et devenu « mythique », comme le proclame le titre de la collection produite par Kolam Productions. Nous allons ainsi en Asie (le Mondial de Takada, le Capitol de Singapour), en Amérique latine (le Campo Amor de La havane ou le Cinéma du bout du monde au Chili) et aussi bien sûr en Europe où la liste est longue : le Batalha de Porto, le Modernissimo de Bologne, le Thission d’Athènes, le Lucerna de Prague. En France, on ne peut oublier le Champo à Paris, le temple de la cinéphilie, toujours célébré depuis la Nouvelle Vague. Le film qui lui est consacré est réalisé par Joël Farge qui est le cofondateur de la collection. Enfin, il faut citer l’Eden de La Ciotat réalisé par Alain Bergala, le plus ancien cinéma qui évoque si fortement la naissance du cinéma et l’aventure initiée par les Frères Lumière.
Avec Olga Prud’homme-Farges, qui est à l’initiative de la collection, nous nous arrêtons à Varsovie. La salle s’appelle le Muranov, un nom d’origine italienne dû à l’action d’une architecte venue de Venise dans le quartier qui portera ce même nom. Un film exemplaire par son ampleur narrative, sa portée historique et politique. Un film chargé d’émotion et grâce auquel la formule classique « la magie du cinéma » prend un sens concret et universel.
Olga Prud’homme-Farges inscrit son film dans son histoire personnelle. Sans l’existence de cette salle, elle ne serait pas là, dit-elle. C’est là en effet que ses parents – lui,français et elle polonaises -, se sont rencontrés. Une idylle amoureuse qui se poursuivra jusqu’à la réalisation du film où leur fille, devenue cinéaste, leur fait visiter cette salle qui a vu la naissance de leur amour. Une saga familiale racontée tout simplement, mais qui a survécu à la folie du siècle.
Le film inscrit donc cette histoire personnelle dans la grande histoire, celle de la ville, Varsovie, et celle du pays, la Pologne. Olga mobilise donc des images d’archives, le ghetto construit par les nazis, la destruction de la ville lors de la guerre. De la Pologne. Le film évoque, avec une grande précision des actes fondamentaux, l’annexion par Hitler ou la reconstruction après-guerre par le régime soviétique. Tout au long de cette histoire, c’est celle du cinéma polonais dans son ensemble qui sera le jalon. Et qui sert de repère. Les grands noms de cette histoire sont donc évoqués, Andrzej Wajda, Krzysztof Kieślowski, Andrzej Żuławski, Roman Polanski, Krzysztof Zanussi ou Paweł Pawlikowski. Jusqu’au film phare, l’Homme de fer de Wajda. Un film qui prend tout son sens dans l’évocation de l’action menée par le syndicat Solidarnosc.
Un travail d’historien donc, riche et rigoureux, mais aussi un travail de cinéaste. Avec ce scénario qui coule de source tout du long. Et les images commentées à la première personne avec une grande sincérité.
N’avons nous pas tous une salle de cinéma ? Où nous avons découvert nos premiers films et où certainement nous avons non seulement élaboré des rêves merveilleux, mais aussi connus le véritable bonheur.
