Enlevées par Boko Haram

Les Mères de Chibok. Joel’Kachi Benson, Etats Unis, Nigéria, 2024, 88 minutes.

Que sont devenus les écolières de Chibok au Nigeria ? Kidnappées par les islamistes de Boko Haram depuis 2014. Des centaines de jeunes filles amenées loin de leur famille. Leurs mères attendent leur libération et leur retour au village. Un espoir entretenu par quelques libérations. Une attente longue et de plus en plus insupportable qui demande une patience à toute épreuve. Il faut pourtant continuer à vivre. Espérer.

 Le film de Joël est une immersion dans la vie d’une de ces femmes vivant dans cette région meurtrie. C’est sa sœur qui a été qui kidnappée, mais la douleur est la même. Et l’attente aussi interminable. D’autant plus que les voisines font état de rumeurs annonçant sa libération.

La vie du village, c’est l’agriculture vivrière, la culture du maïs, de l’arachide, une activité indispensable pour survivre. Il n’y a pas d’autre source de revenus. Mais le travail de la terre est pénible, difficile et surtout rien ne garantit les résultats. L’état de la récolte dépend de la pluie et ici, il n’est jamais certain qu’elle tombera en quantité suffisante. Une attente supplémentaire pour ces femmes sur qui repose la survie de toute la famille et la scolarisation des enfants. Car il faut de l’argent pour continuer à envoyer les enfants à l’école, surtout les filles, malgré les menaces de ces islamistes qui n’ont pas hésité à passer à l’action pour stopper l’éducation des filles.

Mais les mères de Chibok ont une volonté et une énergie indestructibles. Si la récolte est bonne, alors elles pourront payer les frais de scolarisation, les livres et les cahiers, les habits, les souliers. Des sommes importantes. Quelle joie alors lorsque l’orage s’annonce. La pluie est torrentielle au point de causer des dégâts aux habitations, mais elle assure une bonne récolte. Comme nous avons suivi toutes les étapes de la culture, préparer la terre, acheter des semences et les semer, entretenir la parcelle en désherbant, nous suivons la récolte puis la vente. Il faut, bien sûr, négocier le prix au village, dans les marchés.

Tout ce travail, ce sont les femmes qui s’en chargent. Les hommes sont absents. Nous ne les voyons que dans un seul plan où ils jouent aux cartes.

La seconde partie du film est consacrée au retour de la sœur enfin libérée Elle a eu un enfant pendant sa captivité. Elle est accueillie comme si de rien n’était, comme si ce n’était pas un enfant de la guerre et du viol Ce qui n’est pas le cas partout.

On retrouve le problème de l’éducation des filles. La sœur libérée veut reprendre ses études. Elle est acceptée dans une institution en ville. Son avenir est assuré. Le temps de sa captivité ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Le film ne nous dit rien des conditions de captivité de ces filles aux mains des islamistes. Il ne dit pas grand-chose non plus de la lutte contre le terrorisme. Il se consacre à la vie des femmes, leur travail et leur force mise au service de toute la famille. Elles sont vraiment le pilier de la communauté. Ce sont des agricultrices. Mais elles croient au pouvoir de l’éducation. Pour elle, seule l’éducation pourra triompher du terrorisme. Le film se termine sur ce message d’espoir.

Fipadoc, Biarritz, 2026

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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