F COMME FABLE

La cigale, le corbeau et les poulets de Olivier Azam

Voici une fable de notre temps. Une fable qui vous fera rire, par moments. Une fable qui pourra aussi vous révolter, par moments. Ou qui provoquera quelques haussements d’épaule. C’est selon. Une fable en tous cas, qui dénonce avec les armes du cinéma les incompétences du pouvoir politique.

La fable concerne l’affaire des balles de 9 mm envoyées par courrier – anonyme bien sûr – à certains hommes politiques et en particulier au chef de l’Etat, Nicolas Sarkozy. Une plaisanterie peut-être. De mauvais goût sans doute. Mais en période de risques d’attentats, la menace est prise au sérieux – menace de mort évidemment – et le pouvoir ne pouvait pas rester inactif et traiter l’affaire par l’indifférence, voire le mépris. S’engage alors une course contre la montre, où l’Elysée – qui n’aime vraiment pas être tenu en échec, comme ne manque pas de le souligner les médias – va mobiliser les gros moyens pour démasquer cet outrecuidant corbeau.

Le film nous amène donc sur le lieu de la fable, un petit village de l’Hérault, Saint-Pons-de-Thomières, qui va être investi par 150 policiers dont la brigade antiterroriste. Mais pourquoi ce village-là, et pas un autre du même département, puisque il est facile de comprendre que les lettres en sont issues. Elles sont en effet signées « Cellule 34 », l’Hérault donc, comme les experts du renseignement l’ont très vite compris !  Et d’ailleurs il existe à Saint-Pons un bureau de tabac, qui est en même temps une « librairie régionaliste », La Cigale, qui a tout l’air d’être un repère de gauchistes qui passent leur temps à envoyer des lettres – pas anonymes celles-là, aux élus du coin et au-delà, pour dénoncer les injustices, les mensonges et les abus de toutes sortes. Bref tout ce qui menace la véritable démocratie. Et puisqu’il faut trouver au plus vite les coupables, il ne fait plus de doute que cette cigale-là s’est transformée en Corbeau.

Le film va donc nous présenter les habitants de Saint-Pons qui fréquentent assidument la Cigale, à commencer bien sûr par le propriétaire des lieux, buraliste de son état, Pierre Blondeau, chef supposé de la cellule 34, qui a tout pour déplaire aux autorités. Grande gueule, il ne mâche jamais ses mots, même par écrit, en particulier dans la revue (artisanale) qu’il édite et qu’il distribue lui-même dans les boites à lettres de la commune, sans oublier le député-maire qui y est chaque fois – ça finit par devenir irritant – pris à parti. Aux côtés du buraliste on trouve un ancien militaire président de la maison de retraite  (son bras droit et homme à tout faire), un ouvrier à la retraite membre d’Attac, le boucher-charcutier du village garde-chasse à ses heures, un principal de collège lui aussi à la retraite, un ressortissant suisse, un plombier à la retraite (décidément ils ne sont plus très jeunes) et président du Secours Populaire. Cette joyeuse bande de vieux papys sont tous connus pour être des « rouges », donc des terroristes en puissance. Ils vont tous être interpellés un beau matin à l’aube et placés en garde à vue pour être interrogés. Et la plaisanterie dur jusqu’au moment où le corbeau est enfin démasqué, en la personne d’un « déséquilibré » qui n’a jamais mis les pieds à la Cigale.

Le film ne peut que soulever la sympathie de tous ceux qui se réjouissent de voir « les poulets » roulés dans la farine. Mais il a aussi un côté sérieux lorsqu’il retrace la lutte de ces « résistants » contre l’implantation d’éoliennes et autres menaces sur l’environnement. Ils vont même jusqu’à présenter une liste aux élections municipales et ne ménagent pas leurs efforts dans la campagne électorale. Efforts bien peu couronnés de succès en fin de compte. Le buraliste de la Cigale ne sera pas maire de la commune. Du coup le film prend un petit air de gravité qui contraste fortement avec la folle gaité avec laquelle est traitée l’affaire corbeau. Il y a même une certaine nostalgie : mais où sont les luttes de masse d’antan. Et pour finir, dernier plan quelque peu coloré de tristesse, le buraliste et son fidèle bras droit se représentent eux-mêmes en Don Quichotte et Sancho Panza.

 

B COMME BUSH (vu par Michael Moore)

Une image, un film. Farhenheit 9/11 de Michael Moore

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Le président des Etats-Unis était le jour de l’attaque des tours du World Trade Center en visite dans une école. Il est assis devant les élèves alignés en rang face à lui. A sa gauche une femme, également assise et vue de profil, dont on peut supposer qu’elle est l’enseignante de la classe. Un homme debout près du président se penche pour lui parler à l’oreille. Sa venue dans la classe a sans doute interrompu ce qui était présenté au président. La scène est en effet entièrement figée. L’enseignante baisse les yeux vers le livre qu’elle a entre les mains. Les enfants, vus de dos (ils sont pratiquement tous noirs, habillés de blanc) sont eux aussi parfaitement immobiles. Bush est sans réaction, impassible, comme si ce qui lui est annoncé à l’oreille ne devait pas perturber sa visite de l’école.

Le film de Moore est une charge violemment anti Bush et le cinéaste ne cache pas qu’il le réalise pour contribuer à sa non-réélection à la présidence des Etats-Unis. Pour cela il retrace chronologiquement les événements marquant du premier mandat de Bush. De son élection contestée jusqu’à la guerre en Irak en passant par la protection dont jouit la famille Ben Laden après les attentats du 11 septembre, le Patriot act, la guerre en Afghanistan, la « grande coalition » contre l’Irak et les bombardements de Bagdad. Chaque fois, Moore s’attache à rétablir la vérité contre les thèses officielles (les manipulations politiques et médiatiques en Floride pour l’élection de 2000 ou l’affirmation de la possession par l’Irak d’armes de destruction massive). Il en ressort l’image d’un président incompétent, voire malhonnête. Qu’il ne manifeste aucune émotion, indignation ou colère, en apprenant les attentats de New York, en fait alors un individu indigne de la fonction qu’il occupe. Et pourtant, Bush sera bel et bien réélu.