Avocate en banlieue.

Maïmouna, la voix du 9-3. Anouk Burel – Antonin Boutinard Rouelle, France, 2025, 91 minutes.

Le portrait d’une jeune avocate en Seine Saint Denis. Elle a été élevée par une mère seule avec 3 enfants, une mère qui ne sait ni lire ni écrire, mais qui fait tout pour que ses enfants ne vivent pas la même vie qu’elle. Et elle le leur dit. Leur donnant cette confiance en soi, dans ses propres capacités, nécessaires pour réussir. Et ça marche. Maïmouna, un exemple de réussite, malgré la pauvreté, malgré la couleur de la peau, malgré l’origine sociale, malgré le fait d’être fille.

Filmée soit dans le tribunal, vêtue de sa robe d’avocate, ou dans une salle de théâtre, devant les sièges vides, Maïmouna se livre entièrement, franchement, directement. Elle parle de son origine, de son parcours, de la banlieue, de sa mère. Depuis son enfance, elle rêve de devenir avocate, mais c’est plus qu’un rêve, c’est un désir, une volonté qui mobilisera toute son énergie. La preuve vivante que c’est possible.

Le film nous propose un portrait très agréable à regarder. Maïmouna parle avec beaucoup d’aisance et de franchise. Elle se revendique fille de la banlieue du 9 3, une expression qu’elle préfère d’ailleurs ne pas employer. Elle est fière de pouvoir maîtriser à la fois le langage des jeunes avec qui elle a grandi, le parler welsh, et le langage châtié des gens de la bonne société. Et de passer de l’un à l’autre, selon les circonstances. Elle raconte comment elle a surmonté tous les obstacles, nombreux, rencontrés sur son passage. Elle rend hommage à ceux qui l’ont aidée, dont la rencontre fut un atout. Et une joie. Le théâtre au collège grâce à un couple de professeurs, visiblement très fiers de la réussite de celle qui a été leur élève.

Et surtout, elle rend hommage à sa mère sans qui rien n’aurait été possible. Des propos enthousiasmants pour un parcours donné comme si simple qu’on en oublierait presque que Maïmouna reste une exception.

Le film ne reste pas centré sur la personnalité de son héroïne. Il nous montre aussi avec une précision extrême son métier nous plongeant au cœur de son exercice quotidien, l’étude des dossiers souvent volumineux, la rencontre avec ceux qu’elle défendra et la préparation de la défense et surtout, les audiences où elles plaident avec beaucoup d’éloquence, allant droit à l’essentiel. Elle convaincra visiblement les juges à qui elles s’adressent.

L’éloquence, c’est d’ailleurs sa passion. Elle a gagné trois concours et elle intervient dans des groupes de jeunes qu’elle initie au pouvoir du bien parler. Des entraînements pour un concours qui sera un grand moment pour ces jeunes et surtout, bien sûr, pour le gagnant. Mais le film ne s’attarde pas sur ces moments de joie. Il suffit qu’on sente concrètement tout le bénéfice que ces jeunes peuvent tirer de cette formation.

Mais le plus grand mérite du film est de nous immerger dans l’exercice de la justice en banlieue. Nous pénétrons dans des affaires de viol, de proxénétisme, de vol. Nous suivons l’interrogatoire par la présidente ou la juge pour enfants. Nous écoutons le réquisitoire du procureur, suivi de la plaidoirie de Maïmouna, souvent brève et allant à l’essentiel. Les verdicts choisis, même s’il y a condamnation, sont plutôt cléments, visant à laisser surtout aux plus jeunes une seconde chance dans la vie. Le tout filmé avec beaucoup d’habileté, surtout dans les cadrages, pour préserver l’anonymat de tous.

Tous les collégiens et collégiennes du 9 3 et autres banlieues devraient voir ce film. Il les aidera certainement à développer cette confiance en soi indispensable dans le dur chemin de la vie. Il leur montrera aussi que la justice n’est pas un simple instrument de répression aveugle. Mais qu’elle vise plutôt à aider chacun à trouver une juste place dans la société. Ce qu’incarne parfaitement l’avocate Maïmouna.

Fipadoc, Biarritz 2026

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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