Une enfant cinéaste.

Maria aux pieds nus. Rebecca Digne, 2025, 40 minutes.

Le portrait d’une petite fille. 8 ans, pas plus. Une enfant dynamique, vivante, espiègle. Qui bouge beaucoup. On dirait qu’elle ne peut pas rester en place. À l’image de la première séquence, magnifique, où elle saute de matelas en matelas et qui permet des gros plans sur ses pieds nus. Ces pieds, signe d’indépendance, de non-conformisme, d’autonomie. Mais la répétition du filmage nous fait nous demander s’il ne s’agit pas en fait d’un « toc ». Ces manifestations d’une certaine angoisse, à la limite du pathologique. On retrouvera ces actes compulsifs dans le cours du film. Maria tournant autour de la table dans la cuisine, visiblement sans pouvoir s’arrêter.

Cependant, cette orientation vers une approche psychologique, voire psychiatrique, n’est pas suivi par le film. La vie de Maria semble ne guère poser de problème. Elle vit dans la nature, de façon naturelle. Il n’est pas question de scolarité. Les parents ne sont pas vraiment présents en dehors du père dans la recherche d’une nouvelle habitation possible. Bref, on doit être dans de longues vacances. Maria a tout le temps d’apprendre à filmer et devenir une cinéaste amateure filmant sa vie et sa maison qu’il lui faudra sans doute quitter dans un avenir proche.

En effet. Le propriétaire de la maison a le projet de transformer le terrain sur lequel elle est bâtie en vignoble (nous sommes en Toscane, une région viticole). La maison sera alors transformée en cave ou en chai.  Quitter son lieu de vie habituel, se familiariser avec une nouvelle maison, voilà qui donne un sens au vécu de cette petite fille au cœur de son enfance. Et c’est bien sûr le motif principal de la narration. Mais comme nous sommes dans un Moyen-Métrage, il est traité avec un certain détachement, presque une superficialité. Ce qui ne constitue nullement un défaut pour le film, bien au contraire. Après tout, les aléas de la vie matérielle, façonnent sans doute la personnalité des enfants. Mais ici, la cinéaste ne fait pas de psychologie. Elle nous montre une enfant dans sa simplicité vécue. L’essentiel étant de nous la rendre attachante.

Dès que Maria se trouve en possession d’une petite caméra super 8 elle devient, en quelque sorte, la cinéaste du film. Bien plus qu’un film dans le film, les images qu’elle réalise sont sa véritable expression. Elles expriment son vécu bien plus que ne peuvent le faire des images d’adulte sur l’enfance. Et ce sont ces images, qui en viennent à se confondre avec celle de la cinéaste, crédité comme auteure du film, qui donne accès à cette spontanéité de l’enfance qui, alliée au calme des voix et des prés de la campagne Toscane, fait tout le charme du film.

 Comment Maria vivra le changement de sa vie en fonction du changement de maison ? C’est toute la subtilité de la cinéaste de nous le laisser imaginer.

Rencontre internationale du moyen Métrage, Brive, 2026.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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