Cuba et Alaska. Yegor Troyanovsky, Ukraine-France-Belgique, 93 minutes.
La guerre en Ukraine comme elle est déjà montrée par bien des films réalisés côté ukrainien. La guerre comme on ne peut pas ne pas la montrer. Avec ses souffrances, ses peurs, avec la solidarité entre les soldats, leur amitié. Les blessés, les membres déchiquetés, et les morts. La guerre du côté des premiers secours, tout faire pour sauver des vies.
La guerre en Ukraine vue du côté féminin. On avait déjà suivi cette femme engagée et qui, depuis le front, écrit à son fils réfugié à l’étranger. Pour le rassurer sur sa mère et pour lui faire connaître ja réalité du Front. (Mon cher Théo, Alisa Kovalenko, 2025) Ici, on part en guerre aux côtés de deux membres des secours d’urgence, Cuba et Alaska. Des surnoms qui leur vont comme un gant. Pour le côté exubérant de l’une, évoquant les Caraïbes. Le côté froid, glacial de l’autre, blanche comme la neige. Deux amies, inséparables. Et les nombreux plans où on les voit de face à l’avant de leur véhicule de secours, avec des instants de rire franc, sonore, enthousiasmant, mérite de faire la tour du monde.

Si elles rient beaucoup, surtout Cuba, elles ne sont pas pourtant insensibles aux drames de la guerre, à son absurdité, à son impitoyable cruauté. Alaska sera blessée grièvement et risque de perdre l’usage de ses jambes. Seule une rééducation longue et difficile réussira pourtant à la sauver. Quant à Cuba, elle vivra un bonheur amoureux de courte durée, puisque celui qu’elle veut épouser après la guerre sera tué sur le front. Dans les deux cas, le film montre la souffrance muette, en toute simplicité pourrait-on dire. Mais avec une intensité émotive inégalable. Surtout lors des obsèques de l’amoureux de Cuba.
Ainsi, le film fonctionne beaucoup sur des jeux de contraste. Les moments de joie de vivre alternant avec la douleur de la mort. À la guerre sur le Front ukrainien le cinéaste oppose un défilé de mode féminine à Paris, où sont présentées les créations venues du pays en guerre. Malgré tout, la vie continue, la vie doit continuer. L’Ukraine ne sera pas vaincue, tous ces soldats et soldates filmés sur le front le disent. Ils et elles le proclament avec la conviction inébranlable de ceux qui ont le droit de leur côté.
Fipadoc, Biarritz 2026
