Direct action. Ben Russell et Guillaume Cailleau, Allemagne, France, 2024, 216 minutes
Le film de Ben Russell et Guillaume Cailleau débute par des images des luttes passées. Celles de la destruction de la ZAD de Notre-Dame-des-Landes. Les bulldozers écrasent les maisons de zadistes. Sous la protection de la police. Ces images sont contenues dans des fichiers stockés sur un ordinateur. Dont l’écran est filmé en gros plan. Nous pouvons suivre des yeux la souris qui clique sur tel ou tel de ces fichiers. Ce que commande une voix off.
Après cet incipit, le film se déroule en deux parties. La première rend compte d’instants de vie des zadistes. La seconde, les manifestations contre les Méga-Bassines de Sainte-Solive.
La première partie est la plus originale. Essentiellement par le traitement de la durée. Elle s’ouvre sur une vue de la tour de la ZAD. Qui tient la place de la tour de contrôle de l’aéroport non construit. Une vue en contre-plongée, fixe. On dirait une image photographique. Mais bien vite, on perçoit le mouvement des nuages en arrière-plan. Ce plan très long est particulièrement surprenant venant après les images d’archives centrées sur l’action destructrice de la police. Il nous prépare à la méthodologie de filmage utilisé dans tout le film. Des plans-séquences, d’une durée variable. Mais pour certains très longs. Ici la référence à Wiseman est inévitable.
Pas de mouvement de caméra ou si peu. Le plus souvent le cadrage sur fixe. Un plan général de l’espace filmé. Mais il y a quand même des exceptions. Par exemple le gros plan utilisé dans la séquence des boucles d’oreilles. De même, la séquence aérienne est aussi une exception par rapport à la fixité des plans. Il s’agit alors d’une image en mouvement. Nous survolons les nuages. Et la séquence se termine par une plongée vers le sol. Suivi alors un temps de vol en rase-motte.
Les plans fixes visent à nous immerger totalement dans une situation ou dans un paysage. Mais la longueur des plans est-elle toujours nécessaire ? A-t-elle toujours une nécessité narrative ? Chez Wiseman, la durée a toujours une nécessité. Il faut donner le temps à la situation filmée de révéler tout son sens. Ici, il y a des plans, comme ce chemin de campagne où l’on voit deux carcasses de voiture. Où il ne se passe rien. La durée est alors plutôt arbitraire.
Mais en définitive, chaque plan a sa logique propre. Une autonomie certaine. Et le film pourrait alors durer indéfiniment. Façon de souhaiter longue vie à la ZAD ? Mais bien sûr, le principe de réalité n’est jamais long à être de retour. Si. pendant tous ces plans de la zad nous avions oublié l’État et ces forces de l’ordre ils vont vite se rappeler à nous. De la pire des façons, la violence.
