L’invasion. Sergueï Loznitsa, Pays Bas, France, États Unis, 2024, 145 minutes.
Fiche
Intentions
Comment la population ukrainienne vit-elle la guerre déclenchée par l’invasion russe de son territoire ? Comment fait-elle face à la mort, la mort quotidienne ? Celle des soldats d’abord, un fils, un mari, un frère, un ami, un voisin. Comment rendre hommage à ces héros ?
Loznitsa ne montre pas la mort en acte, an train d’arriver. Sur le front, dans les tranchées, sous les obus ou les balles. Il montre la mort dans les cérémonies militaires d’hommage. Lors des enterrements dans le cercle de famille, mais en présence de la population. Dès l’incipit, c’est la ferveur populaire qui est mise en avant, le recueillement devant la souffrance des proches qui devient la souffrance de tous. D’églises en cimetière, dans l’ensemble du pays.
Il y a bien quand même, dans cette généralisation du deuil, une note d’espoir. Une note de gaieté. Le mariage du soldat, l’amour visible. Et les rites traditionnels. La guerre ne peut pas effacer cela.
Mise en œuvre.
Pas de commentaire. Pas d’interview, pas d’entretien, pas de déclaration à la caméra. On pense bien sûr à Wiseman. Ici les effets de la guerre sur la population civile sont montrés sans effet particulier. Un cinéma brut pourrait-on dire. Un cinéma de participation, de partage du deuil, de la douleur.
La vie dans la guerre n’est plus celle d’avant l’invasion.Dans un centre de rééducation, les blessés amputés essaient leurs prothèses. Courageusement ils réapprennent à marcher, même sans jambes.
Partout, la vie continue. A l’image de l’école qui se doit de poursuivre sa mission d’éducation.
Évaluation,
Comme dans Maïdan, le film que Loznitsa a consacré à la révolution dite de février, Il y a déjà 10 ans, ce qui inspire chaque image, c’est l’unité du peuple. Le film a pour cela une tonalité épique. Patriotisme et héroïsme en sont les piliers.
Beaucoup de films rendent compte du martyr des ukrainiens dans cette guerre qu’ils n’ont pas voulue. Que ce soit en filmant le front, les tranchées, les assauts des soldats ou les bombardements sur les villes et les destructions qui en résultent, tous dénoncent la cruauté et la barbarie de l’invasion russe. Loznitsa le fait avec une grande force en étant au plus près d’une population meurtrie, mais qui sait rester digne. Elle ne peut rester sans espoir dans un futur de la paix retrouvée.
