Le dernier compromis. Anne Fonteneau, 2025, 82 minutes
Fiche
Intention.
Le portrait d’un syndicaliste dans l’exercice de ses fonctions. Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT. Il s’agit donc de filmer un engagement, un militantisme dans le milieu syndical
Ici, plus qu’ailleurs, c’est le contexte de réalisation de ce portrait qui conditionne le déroulement et le sens du film. Il s’agit de filmer les six derniers mois de Laurent Berger à la tête de la CFDT. Ce qui va correspondre exactement avec la contestation nationale du projet de réforme de la retraite. Mouvement qui mobilise toutes les journées du syndicaliste. Les manifestations gigantesques donc, leur préparation – banderoles et slogans occupent une grande partie du film – les déclarations aux médias, les concertations et les réunions avec les proches. Le film-portrait devient ainsi une chronique du mouvement social de contestation, de la première manifestation nationale au recours au 49.3 qui permet de faire adopter la réforme sans vote.
Mise en œuvre.
Est-il possible de faire le portrait d’un homme politique (un dirigeant ou un opposant) si l’on ne partage pas peu ou prou ses idées et ses prises de position ? En d’autres termes, est-il possible de « filmer l’ennemi », comme le demandait Jean-Louis Comolli dans sa saga électorale à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône à propos du Front National de Jean-Marie Le Pen. Sans aller jusqu’à la glorification, le portrait politique n’est-il pas toujours, à quelques exceptions près, un hommage ?
Ces exceptions sont effectivement rares. Citons, les plus connues. Le portrait que Barbet Schroeder consacre au général Idi Amin Dada. Pour bien marquer ses distances avec le dictateur africain, le cinéaste intitule son film, « autoportrait ». Sans aller jusqu’à cet détermination catégorique, Jean-Stéphane Bron ouvre son film sur le populiste suisse, l’Expérience Blocher, par un avertissement où il récuse toute lecture louangeuse du film. Façon de réfuter l’idée généralement admise selon laquelle on ne pourrait faire le portrait d’un homme politique sans se ranger à ses côtés.
Le film de Anne Fonteneau est une immersion dans le travail du dirigeant de la CFDT. Il ne comporte aucune critique de sa position de refus de la réforme des retraites proposée par le pouvoir. Il se place délibérément du côté du front unis syndicaliste dans ce combat. D’ailleurs le titre du film, qui reprend ce qui est un des traits dominant de l’engagement politique de la CFDT, le compromis, est significatif à cet égard, même si on pourrait lui opposer que le refus de la réforme en question par la CFDT est tout aussi catégorique que celui de la CGT !
Evaluation
Chronique de la lutte syndicale contre la réforme des retraites, le film a une forte valeur historique. Beaucoup de plans sont appelés à devenir des archives pour les historiens du futur. Un film peut-il rêver meilleure vie post mortem.
