Adolescent Yézidi

Rashid, l’enfant de Sinjar. Jasna Krajinovic, Belgique-France, 2025, 80 minutes.

Fiche

Intention.

Le portrait d’un adolescent. Un adolescent meurtri. Qui a connu l’horreur. Il ne peut se vivre que comme un rescapé. Un rescapé de Daesh. Un adolescent Yézidi.

Il a été enlevé comme tant d’autres enfants par Daesh. Dans cette partie du Kurdistan irakien où Daesh a commis tant de massacres. Un véritable génocide. Comment peut-on vivre comme rescapé d’un génocide ?

Rashid est revenu à Sinjar, parmi sa famille, son père et sa mère, ses sœurs, sa grand-mère. Mais le grand-père a été tué par Daesh et une de ses sœurs est toujours prisonnière de l’État islamique.  Il y a beaucoup d’amour au sein de cette famille meurtrie.

Rachid a retrouvé aussi ses amis. En errant dans la ville, il ne peut que constater les dégâts. Tant de bâtiments sont en ruines. Est-il possible de retrouver les traces du passé dans ces conditions ?

Au début du film, Rachid affirme qu’il ne quittera jamais son pays. Et pourtant. L’insécurité, la reprise des bombardements conduisent sa famille à envisager d’immigrer en Australie. Une décision bien lourde à prendre. Un véritable déchirement.

Mise en œuvre.

Un film tout en silence. Et en réflexion intérieure. La cinéaste filme les paysages avec beaucoup de retenue. Ils pourraient être grandioses. S’il n’y avait pas tant de ruines dans la ville.

La tonalité du film est à la fois nostalgique d’un passé révolu et plein d’inquiétudes sur l’avenir. La cinéaste nous immerge dans la vie de cet adolescent et de sa famille, sans commentaire, sans jugement. Les images sont suffisamment parlantes par elles-mêmes. La référence au génocide est une constante dans les dialogues entre Rachid et ses amis ou sa famille

Évaluation.

Sans se laisser aller à un déferlement d’émotions incontrôlé, le film sait parfaitement nous mettre dans une situation de sympathie avec cet adolescent et son peuple. Si le génocide n’est pas présent à l’image c’est pourtant son existence qui donne tout son sens à ce film dans son ensemble. Un traumatisme qui ne pourra jamais être effacé.

Pour Rachid et ses camarades, l’innocence de l’enfance est bien loin. Peut-on dire qu’il est devenu adulte sans passer par cette période de transition que nous appelons adolescence ? Le film se termine sur le départ en Australie. Sur l’incertitude de l’avenir, donc. D’autant plus que la survie de la Communauté Yézidie est loin d’être assurée.

Un témoignage inestimable.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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