LE MAG DU DOC

Numéro 2                                                                             juillet 2026

Périodicité aléatoire

Le doc à voir en salle

La baleine et le musicien de Valentin Paoli, 2024, 83 minutes

Les baleines aiment-elles la musique électronique, en particulier celle de Rone.

Le doc à revoir (vod ou dvd)

Ziggy Stardust and the Spiders from Mars de D. A Pennebecker (David Bowie)

L’adieu à Ziggy filmé par un précurseur du cinéma direct

Les festivals du moment

*Résistances. Foix 3-11 juillet 2026

La 30° édition

*FID Marseille. 7-12 juillet 2026

37° édition

La thématique à creuser

Filmer la musique

Une liste sélective.

Tous les genres, ou presque. Avec une nette domination du contemporain et de l’actualité. Les archives musicales existent pourtant. Et sont d’ailleurs de plus en plus exploitées.

Des concerts et leur backstage, des répétitions, des entretiens avec les musiciens, ou leur entourage, famille et amis. Sans oublier les spécialistes, ceux qui « ont autorité » pour dire le sens d’une œuvre, retracer les grands moments d’une carrière, révéler le fond de l’âme de personnalités hors du commun.

L’art donc, mais aussi l’industrie, le commerce, les millions de disques vendus, la gloire et la déchéance. N’est- ce pas dans le destin des pop-stars, de mourir à 27 ans ?

Les salles de cinéma ont aujourd’hui les moyens de donner à la musique la force – ou la pureté – qui lui est due. Voir un film musical – un film où la musique tient la première place – ce n’est donc pas uniquement admirer des images, c’est avant tout vivre une expérience sonore, où la musique n’a rien d’un simple fond ou un accompagnement. Même si la « musique de film » a connu et connait encore de grande réussite. Il n’en sera pas question ici. Comme nous ne prendrons pas en compte les comédies musicales, ni les captations de concerts, qui ne peuvent pas être considérées comme des documentaires.

Classique

Nous l’orchestre de Philippe Béziat

Ravel en mille éclats de Gordon et François-René Martin

Leçons de ténèbres de Vincent Dieutre

Mon voyage d’hiver de Vincent Dieutre (Schubert)

Le concerto Mozart de Jean-Louis Comolli

Shut up and Play the Piano de Philipp Jedicke (Chilly Gonzales)

Royal Orchestra de Heddy Honigmann

Traviata et nous de Philippe Béziat

Orquestra Geração de Filipa Reis et João Miller Guerra

L’Opéra de Jean-Stéphane Bron

Expérimentale

Conférence sur rien de Jean-Jacques Palix (John Cage)

We don’t care about music anyway de Gaspard Kuentz et Cédric Dupire.

Chanson

La solitude du chanteur de fond de Chris Marker (Yves Montand)

Ne change rien de Pedro Costa (Jeanne Balibar)

Arno dancing Inside my head de Pascal Poissonnier (Arno)

Sugar Man de Malik Bendjelloul

Leonard Cohen – Bird on a Wire ! De Tony Palmer

Pop, Rock

The Stones and Brian Jones de Nick Broomfield

No direction home de Martin Scorcese (Bob Dylan)

Rolling thunder revue de Martin Scorsese (Les Rolling stones)

Ziggy Stardust and the Spiders from Mars de D. A Pennebecker (David Bowie)

Gimme Shelter de David et Albert Maysles (The Rolling stones)

Eat That Question: Frank Zappa in His Own Word de Thorsten Schütte

Twenty feet from stardom de Morgan Neville

Le Prince Miiaou deMarc-Antoine Roudil

Janis de Amy Berg

Ami de Asif Kapadia

Kurt Cobain, About a Son de AJ Schnack

Shine a light De Martin Scorsese (The Rolling Stones)

Eric Clapton, live in 12 bars de Lili Fini Zanuck

Vingt mille jours sur Terre de Iain Forsyth et Jane Pollard (Nick Cave)

Whitney: Le Droit d’être moi de Nick Broomfield et Rudi Dolezal

Soul

Soul Kids deHugo Sobelman

Punk

L’Obscénité et la fureur de Julien Temple

Des jeunes gens mödernes de Jean-François Sanz

Rap

93 la belle rebelle de Jean-Pierre Thorn

Jazz

Chasing Trane : The John Coltrane Documentary de John Scheinfeld

Ornette, Made in America de Shirley Clarke

Michel Petrucciani de Michael Radford

Jazz manouche

Les fils du vent de Bruno Le Jean

Blues

The Blues : Godfathers and Sons de Marc Levin

The blues : Du Mali au Mississippi de Martin Scorcese

The Blues : Piano Blues de Clint Eastwood

Gospel

Amazing grace, Aretha Frankling de Alan Elliott, Sydney Pollack

Country

Bungalow session de Nicolas Drolc

Flamenco

Paco de Lucía, légende du flamenco de Curro Sánchez Varela

Afrique

Finding Fela de Alex Gibney

Arabe

Le Blues de l’orient de Florence Strauss

El Gusto de Safinez Bousbia

Cuba

Buena Vista Social Club de Wim Wenders

Mexique

Chavela Vargas de Catherine Gund et Daresha Kyi

Brésil

Saudade do futuro  de César Paes et Marie-Clémence Paes

Musique du monde

The music of strangers de Morgan Neville

Fanfare

L’harmonie de Blaise Harrison

Musique de film

Ennio de Gioseppe Tornatore

Musique de rue

L’orchestre souterrain de Heddy Honigmann,

Chorale

D’une seule voix de Xavier De Lauzanne

  • Portrait de cinéaste – Van der Keuken Johan.

Cinéaste néerlandais (1938 – 2001)

         Photographe et voyageur, Johan van der Keuken a le profil idéal des cinéastes documentaristes modernes. Photographe il le fut dès sa jeunesse, dès 16 ans, grâce au cadeau d’un appareil photo que lui fit son grand-père, comme il le raconte en ouverture des Vacances du cinéaste. Son attrait pour les voyages le conduisit, depuis son Amsterdam natal, aux quatre coins du monde, de l’Asie à l’Amérique latine. Documentariste moderne, il l’est par ce regard toujours très personnel qu’il porte sur toute chose, sur les réalités sociales et humaines qu’il observe et sur toutes ces personnes qu’il rencontre et qu’il filme avec une empathie jamais démentie.

         Né à Amsterdam en 1938, il y est mort en 2001. Cette ville où il est enterré a donc encadré sa vie. Elle est omniprésente dans son cinéma, même lorsqu’il voyage à l’autre bout du monde. Van der Keuken est toujours revenu à Amsterdam, ce qui ne contredit nullement le côté cosmopolite de l’œuvre du cinéaste, étant elle-même une ville de mélange, une ville véritablement interculturelle. Dans la grande fresque qu’il lui consacre, Amsterdam global village, on rencontre, en suivant les itinéraires d’un livreur de photos marocain, des Tchétchènes, des boliviens, des ghanéens et aussi des hollandais. Il y a des touristes sur les canaux de la ville et des squatteurs dans les immeubles vides. Une opposition qui résume une grande partie du cinéma de Van der Keuken.

         Van der Keuken n’était pas musicien lui-même, mais la musique tient une grande place dans son œuvre et dans sa vie. On le sait grand amateur de jazz et les bandes son de ses films en témoignent. Les plus remarquables sont l’œuvre de Willem Breuker, saxophoniste et chef d’orchestre, qui collabora avec le cinéaste pour une bonne dizaine de films, de Lucebert, temps et adieu (1966) à Animal Locomotion (1994) en passant par La Jungle plate (1978) et Vers le sud (1981). Et puis Van der Keuken consacre au moins un film entier à la musique, Cuivres débridés, à la rencontre du swing (1995), dont le titre dit suffisamment l’intention.

         L’œuvre de Van der Keuken, importante quantitativement, est faite de surprises, à chaque nouvelle réalisation. Partant d’une découverte personnelle, il nous fait rencontrer des hommes toujours surprenants, des pays et des villes qu’il semble être le seul à avoir visités. Mais surtout, notre étonnement vient de la multiplicité des formes qu’il met en œuvre. C’est peu dire que chaque film est pour le spectateur une révélation. Certains peuvent paraître de « simples » documentaires, d’une facture proche du cinéma direct. Amsterdam global village par exemple prend beaucoup de temps pour humer la ville et ses habitants. Le filmage de ses fêtes semble si spontané qu’on peut dire que le cinéaste nous y fait participer sans arrière-pensée, simplement pour le plaisir visuel et sonore qu’elles procurent. A l’opposé, d’autres films sont de vrais essais cinématographiques, inventant une construction directement issue du sujet qu’il aborde. L’art moderne, sous toutes ses formes, est alors une source d’inspiration cinématographique. La Tempête d’images, est un titre qui dit à lui seul la force de ce cinéma. Et puis, on trouve souvent Van der Keuken là où on ne l’attendait pas. Politique, il s’engage aux côtés de la cause palestinienne (Les Palestiniens, 1975). Economiste, il dénonce le règne de l’argent roi et le pouvoir des banques (I love $, 1986). Social, il suit un SDF en marge de la célébration du bicentenaire de la Révolution française à Paris (Le Masque, 1989). Journaliste, il participe à un festival de cinéma à Sarajevo et en ramène un reportage sur la vie dans cette ville en temps de guerre (Sarajevo film festival, 1993). Autobiographe, il nous fait suivre la progression de sa maladie et l’inexorabilité de son issue (Vacances prolongées, 2000).

Les films de Van der Keuken sont des itinéraires géographiques et personnels, historiques et terriblement actuels. On n’en finirait pas d’égrener les multiples facettes de cette œuvre qui n’a véritablement pas d’équivalent dans le cinéma mondial.

En 2023, une exposition-rétrospective, Le Rythme des images, lui est consacrée au musée du Jeu de paume à Paris.

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Par jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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