A propos de La fille qui parle avec les étoiles de Fabienne Le Houerou
1 Comment avez-vous connu Fabienne Le Houérou / Marie Françoise Courel
Marie Françoise Courel
1. Par son père avec lequel nous nous sommes d’abord affrontes, ensuite par notre rencontre au Caire au CEDEJ lors d’une visite (d’inspection du Centre pour le CNRS) et la rencontre de Hala Bayoumi amie de Fabienne
Fabienne Le Houérou
J’ai entendu parler de MFC bien avant de la rencontrer par mon père Henri Noël Le Houérou, botaniste, spécialiste des déserts et des phénomènes de désertisation. Je savais qu’il la tenait en haute estime scientifique. Notamment pour ses approches pluridisciplinaires dont il pensait qu’elles étaient importantes pour la science. Lui-même étant à la fois botaniste et géographe.
J’ai grandi dans des contrées de désert et il murmure toujours en moi.
En 2007 MFC elle a été contactée par mon directeur de HDR , Robert Ilbert, pour être présidente du jury. C’est à cette occasion que je l’ ai physiquement rencontrée et pu apprécier sa rigueur et sa générosité humaine. Son sens de la mesure et de la justice. Lors de cette HDR il était question de filmer mes terrains sur les migrations, et son approche pluridisciplinaire a permis d’ouvrir les débats de manière heuristique, notamment au regard de réactions universitaires très conservatrices. Les méthodes visuelles en sciences ne faisant pas l’unanimité à cette époque…Loin de là.
Très longtemps après j’ai voulu faire un portrait filmé.
En 2022. Elle n’était pas vraiment convaincue mais elle a fini par accepter et j’ ai commencé à filmer alors que j’ étais presque à la retraite et elle aussi. Ce qui permettait une relation sans enjeu, gratuite, humaine. Libre.
Elle a fini par accepter et j’ai commencé à filmer en 2022 jusqu’en 2025
2 Comment s’est déroulée la préparation du film ?
Marie-Françoise Courel
Tout d’abord refus de ma part qu’elle fasse un film sur moi, mais elle a su utiliser les arguments (témoignage pour les étudiants, pour la recherche pour les thèses des étudiants africains dont certains profs se permettaient de parler de thèses de complaisance, argument majeur de mon acceptation de témoigner de la qualité de leur recherche !
Fabienne Le Houérou
Le tournage s’est échelonné sur plusieurs années. Chaque fois que je venais à Paris où qu’elle venait à Marseille je filmais un petit bout.
Cela s’est fait progressivement, en douceur. Au début je la connaissais peu et puis j’ ai appris à la connaître, à apprécier son humanité, son courage, son humour et sa simplicité. Je crois que cette douceur simple se retrouve dans le film. Il y a une grande sincérité et c’est ce que je retiens. Cette franchise décapante qui a fait que la relation s’est transformée en complicité. Je me rappelle, à ce propos, de Claude L. Strauss avait déclaré, dans une revue (Les Cahiers du Cinéma) qu’en cinéma anthropologique les témoins deviennent presque toujours des amis. Et c’est vrai qu’une relation sincère, sur la durée, se transforme en amitié.
3 Comment avez-vous vécu le tournage
Marie-Françoise Courel
Le tournage très naturel : entretien libre réponses aux questions sans aucune contrainte donc authenticité totale camera quasi disparue donc oubliée !
Fabienne Le Houérou
Très agréablement. Son échelonnement l’a rendu plus humain. Pas de rush, pas de stress. Juste de l’écoute et de la disponibilité. On déjeunait agréablement ensemble.
Alors oui c’est un film d’hommage et je le revendique complètement. Une production m’en avait fait le reproche. Mais, si j’ai choisi le personnage de MFC, c’est bien parce qu’elle dégage quelque chose de rare et de remarquable comme souvent les scientifiques qui ont une véritable passion pour leurs études.
Cela a un nom : authenticité. De nombreux scientifiques la possèdent.
A l’heure où la science est partout attaquée, réduite et humiliée, il me semblait d’utilité publique de faire découvrir la pureté de la science à travers ses acteurs. Comme le disait si joliment Marie Curie « la science est belle ». Cette beauté-là, je souhaitais la faire apparaître et la partager. J’ai toujours trouvé la science « belle » dans son utilité. Elle ne juge pas, elle explique.
4 Comment voyez-vous la vie actuelle du film et dans le futur ?
Marie-Françoise Courel
La vie actuelle du film ? Il est très bien accueilli partout il arrive au bon moment apporte de l’eau à mon immense bagarre scientifique et humaine,
Bon moment parce que je prépare la cinquième rencontre mondiale Watarid5 ( l’eau en régions arides) en Mauritanie prévue en février 2027 j’ouvrirai le site très bientôt et vous mettrai en copie. Les quatre précédents ont été de très belles réussites et je souhaite que le 5eme bénéficie d’un suivi filme de bout en bout la fameuse et indispensable pluridisciplinarite ne se réalisant que par la rencontre physique des participants, communiquants, durant la tournée sur le terrain lorsque le physicien discute avec le sociologue ou l’historien et tous s’aperçoivent qu’un regard partage vaut la peine
C’est le début de la compréhension d’un système complexe.
Je pourrai vous en écrire des tartines là-dessus mais l’essentiel c’est ma vie de recherche et d’amour sur ces espaces et par ceux qui m’ont adoptée et sont devenus et sont toujours les miens !
Ceci étant L’avenir de la planète passe par la sauvegarde des nappes profondes sous les déserts et le recyclage de l’eau en surface pour qu’elle soit potable, la philo, la socio, la psycho sont convoquées, c’est le défi majeur !
Fabienne Le Houérou
Le film est déjà sélectionné dans différents festivals. Je pense qu’il voyage déjà. Il est au Népal en ce moment, ce pays vient de traverser un drame terrible et l’urgence climatique est un enjeu de survie. Le film est invité en Inde. Je ne sais pas si les Chinois vont le sélectionner. Il sera en compétition, cet automne, à l’excellent Zagora international festival, un festival transaharien.
Le film montre l’engagement de MFC pour les Ouïghours et ce serait intéressant qu’on le montre en Chine. Je n’attends pas grand-chose de la télévision qui aime les produits formatés. C’est un film libre qui ne répond pas aux injonctions de l’audimat tant la poésie y est importante. Il fait 35 minutes mais il est lent. Il prend le temps de goûter les paysages.
Poésie des paysages, poésie du regard de MFC sur le monde. Ses parfums et ses perles « ambassadrices de beauté » et d’universalité. Varda disait si on ouvrait les gens on trouverait des paysages. Pour MFC ce serait la splendeur du désert.
