Kusama : Infinity – La Vie et l’Œuvre de Yayoi Kusama. Heather Lenz, États-Unis, 2018, 76 minutes
Un portrait, un hommage, un parcours, une vie entièrement dédiée à l’art, le long chemin rempli d’embuches vers la notoriété.
La consécration finale : sur ses vieux jours enfin, Yayoi Kusama est reconnue comme une créatrice déterminante dans l’art des XX° et XXI° siècles. Reconnaissance tardive mais planétaire. Bien au-delà du Japon, son pays natal, et des Etats Unis où se déroula la plus grande partie de sa carrière.
Un parcours exemplaire. Depuis son enfance malheureuse dans une famille désunie, son opposition à ses parents, sa mère surtout, qui fait tout pour la détourner la voie qu’elle s’est choisie, la création artistique. Ses difficultés pour trouver sa place dans le milieu artistique américain où elle est l’objet d’un racisme rampant et surtout d’une misogynie ouverte dans ce milieu très patriarcal. Et ce n’est pas mieux au Japon. Bref, elle n’est pas loin de pouvoir incarner la figure de l’artiste maudit, vivant dans la misère, mais poursuivant coûte que coûte son travail, donnant toute sa force, toute sa vitalité, pour son art. Un art qui prendra souvent un côté scandaleux, par la présence de la nudité par exemple dans ses happenings.
Le film de Heather Lenz pourrait très bien servir de modèle à tout projet de documentaire sur un.e artiste. Par la richesse de la documentation d’abord. Il fourmille de photos, en noir et blanc et couleurs, Kasama jeune à New York, puis dans la suite de sa carrière, souvent devant ses œuvres, ou même dans ses œuvres. Beaucoup de vidéos aussi, de ses performances à New York. Puis, vers la fin de sa longue vie – elle vient de décéder à 97 ans – nous la voyons au travail, pinceau à la main, penchée sur sa toile. Et nous pouvons l’écouter, lors de quelques déclarations significatives de sa personnalité.
Dans son documentaire, Heather Lenz évite d’avoir recours à un commentaire en voix off, préférant confier la dimension informationnelle aux différents intervenants, amis de l’artiste et personnalités qui l’ont connue voire aidée dans ses périodes difficiles. Et puis, le récit chronologique ne manque pas de créer un certain suspens, ou du moins une interrogation constante pour le spectateur. Pour ceux qui ne connaissaient pas Kusama avant de voir le film, celui-ci est une vraie découverte, vivante, stimulante, passionnante. Même si bien des aspects de sa vie foisonnante et de son œuvre restent à approfondir.
