L COMME LIBAN

Âme qui vive, Eliane Raheb, 2019, 74 minutes.

Le Liban a-t-il une âme ? Peut-il encore avoir une âme, une âme qui ne serait qu’à lui, unique et incomparable, après tant de guerres, de destruction, de malheur ? Du nord au sud, et ici, tout près de la frontière syrienne, les habitants peuvent-ils encore être animés d’une espérance de vie, de paix, de bonheur ?

Haykal, dont le film de Eliane Raheb, fait le portrait, est-il l’âme du Liban ? Il vit seul depuis que sa femme l’a quitté amenant loin de lui leurs quatre enfants. Mais il fait tout ce qu’il faut pour continuer à vivre. Il élève des moutons. Il s’occupe de ses arbres fruitiers. Il a ouvert un restaurant où les camionneurs qui passent par-là s’arrêtent. Et surtout, il reconstruit sa maison, pierre après pierre, littéralement. Haykal est un libanais qui donne une âme à son pays.

Ce pays, le Nord-Liban, le film nous en donne une vision topographique très précise. Puisque la maison de Haykal est située sur une hauteur, nous pouvons observer les villages éparpillés dans la vallée ou sur les versants opposés. Haykal les nomme un par un, en précisant à quelle confession ils appartiennent. Car ici, comme dans tout le Liban, c’est l’appartenance religieuse donne une identité. Et la question de leur cohabitation, de leur entente, revient implicitement tout au long du film, jamais posée ouvertement, mais présente dans tous les esprits. Dans les âmes aussi sans doute.

Et le temps s’écoule inexorablement, ici comme ailleurs. Peut-être un peu plus lentement qu’ailleurs. Nous traversons les quatre saisons, dont le retour de chacune est marqué par les mêmes événements. L’hiver la neige bloque la route et Haykal attend avec impatience la venue de la pelleteuse qui le libérera de son isolement. Au printemps les pommiers en fleurs illuminent le paysage. Mais la quiétude  du lieu n’est pas parfaite. Les camions soulèvent beaucoup de poussière. Il serait temps de goudronner la route. Petit conflit parmi d’autres…

Peut-on filmer une âme ? La caméra scrute longuement en gros plan le visage de Haykal, un visage qui dit tout de sa terre. De cette terre à laquelle il est fondamentalement attaché.

Âme qui vive est lauréat des étoiles de la Scam 2019.