S COMME SCANDALES – Roumanie

L’affaire collective. Alexander Nanau, Roumanie, 2019, 109 minutes.

Un film-enquêtes. Enquêtes au pluriel. Des enquêtes qui s’enchaînent les unes les autres, chacune apportant son flot de révélations qui suscitent de nouvelles enquêtes. Des scandales en cascades. Toujours plus inacceptables. Jusqu’au sommet de l’Etat. La corruption se propageant dans la totalité de la société roumaine. Où cela peut-il s’arrêter ? Le système de santé en particulier s’en remettra-t-il ?

Le film d’Alexander Nanau est organisé en trois actes.

Acte 1 : l’incendie d’une discothèque à Bucarest qui fait pas mal de victimes, des jeunes surtout

. Le film utilise les images des caméras de surveillance montrant la panique, l’impossibilité de fuir. Il n’y a pas d’issues de secours.

 Un acte court, rapide. Le lancement des enquêtes ? Pas vraiment. Comme si connaître l’origine de l’incendie n’avait aucune importance. Il y a plus grave. D’autres questions qui suscitent des soupçons sur l’efficacité des hôpitaux et leur gestion.

Acte 2 : L’enquête journalistique.

Un journaliste travaillant dans un journal sportif ( !) lance un travail d’investigation. Les faits sont plus graves que l’incendie lui-même. Beaucoup des grands brules décèdent à l’hôpital, en cours de soin. Certains avaient demandé d’être transférés en Allemagne, ce qui leur a été refusé. L’hôpital roumain est tout à fait capable de soigner les grands brulés et possède les mêmes équipements qu’en Allemagne, ne cessent de répéter les autorités. En fait, les décès se succèdent.

Le film nous plonge au cœur du travail d’investigation journalistique. Il suit systématiquement les actions du journaliste vedette et de son équipe. En insistant sur la rigueur de la démarche, la pugnacité lorsqu’il s’agit d’interroger les représentants du pouvoir. Le ministre de la Santé fait les frais des révélations. Il est remplacé par un jeune médecin qui n’est pas un politicien. Fin de l’acte 2.

Acre 3 : le combat d’un ministre.

Le journaliste que nous avons suivi jusqu’à présent ne disparaît pas vraiment du film, mais sont rôle est réduit au simple poseur de questions dans les conférences de presse du ministre. C’est celui-ci qui devient le personnage principal.

Le suivant à chaque instant de son travail, détaillant ses prises de décisions, « coutant ses conversations téléphoniques, dans son bureau et jusque dans son appartement, le film en fait une véritable star. Découvrant l’ampleur de la corruption dans les hôpitaux, ce ministre ne recule devant rien, suivant la mission qu’il s’est donné sans hésitation apparente. Réussira-t-il à lui tout seul à mettre fin à un système bien établi et concernant tous les rouages de la société ? Le film le laisse longtemps espérer. Pourtant la dernière séquence revient au réel. Les résultats des élections signifient clairement que les tenants du pouvoir en place triomphants pourront gouverner comme avant. Le temps de la dénonciation de la corruption n’aura été qu’une parenthèse.