P COMME PIANO – Gare.

Tuning. Ilan Yagoda. Israël, 2020, 53 minutes.

Un piano perdu dans la gare centrale de Tel-Aviv, au milieu d’un trafic incessant, des voyageurs plus pressés les uns que les autres et qui n’ont presque jamais le temps de s’arrêter – pour écouter, pour jouer. Un piano au milieu des annonces des haut-parleurs et du bruit des trains au niveau inférieur, celui de la ville très présente avec ses immeubles, ses embouteillages et sa circulation automobile. Un piano mis à la disposition des voyageurs. Et effectivement il y a bien toujours quelqu’un qui se met à jouer.

Qui sont-ils ? Il est clair que le réalisateur a fait des choix. Son film n’a pas le style caméra de surveillance : je pose la caméra près du piano et je la laisse enregistrer ce qui se passe. Non. Le projet du film est de montrer d’abord la diversité de ceux qui jouent. Car bien sûr n’ont été retenus que des musiciens, non pas professionnels, mais simplement des hommes et des femmes qui simplement aiment ma musique et la pratiquent, des jeunes et des plus âgé.e.s, les soldats et des employés de la gare, tous différents dans leur tenue vestimentaire et leur apparence physique. Mais tous savent jouer. Il y a bien quelques hésitations parfois, mais c’est comme s’il s’agissait de se dégourdir les doigts, ou de réfléchir un moment au sujet du morceau à interpréter. Tous ont, de façon évidente, ; une formation musicale. Il n’y a que quelques enfants qui, passant par là, appuient sur des touches simplement pour produire des sons. Ceux qui s’installent sont des voyageurs comme les autres. Il ne s’agit pas pour eux de meubler l’attente d’un train. S’ils jouent, c’est qu’ils aiment la musique. S’ils chantent c’est qu’ils aiment chanter. D’ailleurs, ils ne jouent pas pour un public -très peu de personnes s’arrêtent pour les écouter. Ils jouent et chantent pour eux, pour leur plaisir.

Mais ils jouent aussi pour la caméra, et donc pour le public indéfini qui verra le film. A l’évidence ils savent qu’ils sont filmés (leur nom est d’ailleurs mentionné au générique). Mais ils jouent le jeu. Concentrés sur le piano, ils ne regardent pas la caméra. De toute façon les angles de prise de vue sont variés et toujours changeants. Ils s’arrêtent, s’assoient, jouent ou chantent, se lèvent et repartent. Le film les laisse dans l’anonymat. Sans jamais chercher à savoir qui ils sont, d’où ils viennent et où ils vont. Sauf pour ceux qui demandent leur chemin ou qui indiquent leur destination à la femme assise dans la cabine des renseignements près du piano. Tout ce que nous savons d’eux, c’est qu’ils prennent le train eux aussi.

Que jouent-ils ? Comme ces musiciens sont très variés, les musiques qui composent ce concert improvisé l’est aussi. De la musique classique (Chopin) à la musique américaine (un morceau de Ray Charles chanté en anglais) et même du rap, israélien bien sûr ! Les chants sont des chansons d’amour pour les plus jeunes ou des chants plus traditionnels pour les plus âgés. Mais toujours, le filmage leur rend justice et ne les coupent jamais en plein morceaux. Et les plans sur les visages savent toujours capter l’émotion.

Le film montre ainsi que la musique peut rapprocher les personnes, même dans un lieu aussi déshumanisé qu’une gare. Preuve, cette séquence où une dame assez âgée s’arrête près du piano où un jeune homme commence à jouer. Elle lui demande si elle peut chanter et elle interprète deux morceaux, accompagnée par le pianiste qui visiblement éprouve un grand plaisir de le faire.

Grâce à la musique, et malgré la présence envahissante des soldats, ce film réussit à nous donner l’image d’un pays tranquille, qui aurait enfin trouve la paix. Un message politique donc.

Fipadoc 2021

T COMME TRAIN – Filmographie

Des voyages ferroviaires, sur tous les continents. Des États-Unis à la Russie, de l’Iran au Mexique. Des voyages qui n’ont pas tous des motivations bien précises. Ni une destination non plus. Des voyages qui sont des passions. Des voyages qui nous font découvrir des paysages chaque fois différents et dont on ne refuse pas la séduction.  Mais aussi qui nous offrent des rencontres surprenantes, en dehors des lieux communs. Voyager en train, dans ces films, n’est jamais quelque chose de neutre, ni de banal. Une passion, un désir ou un rêve d’enfance, une contrainte parfois, mais plus souvent l’appel de la liberté. Les gares quant à elles peuvent avoir des parfums enivrants, inquiétants, ou être des refuges. Et toujours le plaisir de savourer les paysages, la nature sauvage, les rails qui défilent à l’infini, et les tunnels qui permettent de terminer le film dans le noir.

Et n’oublions pas, un des premiers films est celui d’un train et d’une gare.

Russie

Quelques jours ensemble, Stéphane Breton, 2014, 91 minutes.

Etats-Unis :

 This train I ride. Arno Bitschy, 2019, 75 minutes

Iran

Safar, Talheh Daryanavard, 2010, 55 minutes.

Mexique :

Quand passe le train, Jérémie Reichenbach, 2008, 30 minutes

Chine

Le dernier train, Lixin Fan, 2009, 87 minutes

A l’ouest des rails, Wang Bing, 2003, 551 minutes.

Cuba

La Carga, Victor Alexis Guerrero, 2015, 24 minutes

Italie

Il passaggio della linea. Pietro Marcello, 2007, 60 minutes.

Rome désolée, Vincent Dieutre, 1995, 75 minutes

Bologna centrale, Vincent Dieutre, 2001, 59 minutes

Les travailleurs du rail :

Cheminots.Luc Joulé et Sébastien Jousse, 2010, 81 mn.

La dimension historique :

Le train en marche, Chris Marker, 1971, 35 minutes.

Les gares :

Gare du nord Paris

Géographie humaine, Claire Simon, 2012, 100 minutes.

Gare Saint Lazare

Paris, Raymond Depardon, 1997, 96 minutes.

Et la série télévisée

Des trains pas comme les autres, crée par François Gall et Bernard d’Abrigeon. Première diffusion janvier 1987.

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