J COMME JOUET.

Pêche Mon Petit Poney. Thomas Riera. France 2012, 40 minutes.

         Comment un enfant de six ans peut-il réagir lorsqu’il reçoit en cadeau d’anniversaire un petit poney ? Et surtout, quelles réactions peut-il avoir lorsque, devenu un jeune adulte, il découvre, ce qui ne lui était jamais venu à l’esprit, que ce jouet a toujours été considéré comme un jouet de fille ? Devenu cinéaste, il entreprend alors une enquête très personnelle pour comprendre, ou essayer d’expliquer, la place particulière que ce jouet de fille a tenu dans son enfance et même son adolescence de garçon. Un film entièrement autobiographique donc, où l’auteur se met lui-même en scène devant la caméra, une enquête intime en même temps qu’une réflexion sur la question du genre, une quête d’identité qui débouchera sur l’affirmation, ou la prise de conscience de son homosexualité. Un film complexe donc, mais dominé de bout en bout par un humour bon enfant, qui ne fait pas rire aux éclats, mais qui est toujours attendrissant.

         L’enquête que mène le cinéaste permet quelques découvertes, ménage de petites surprises mais au fond n’apporte pas de véritable révélation. En ce qui concerne le problème du genre, la question est réglée très vite. Dans un magasin de jouet, la vendeuse, spécialiste de la question, est catégorique. Il n’existe pas de petit poney destiné aux garçons. Pour le cinéaste, l’enjeu de sa recherche devient subitement clair : qui donc a bien pu lui faire ce cadeau qui reste surprenant. Le film apportera une réponse dans une séquence qui est apparait comme la raison d’être du film. Ce sont bien les parents de Thomas qui ont fait le cadeau, la preuve en étant apportée par la mention du prix et de la date de l’achat dans le livre de compte du père. Leur motivation ? La révolte, dit la mère, la non-acceptation des stéréotypes culturels concernant le genre. Pourquoi un garçon n’aurait-il pas le droit de jouer au petit poney ? Certes, ce garçon gardera ce jouet féminin pour lui tout seul, ne l’incluant pas dans ses relations avec ses camarades. Mais la déclaration de la mère doit être comprise dans toute sa portée éducative : puisque ce jouet est essentiellement féminin dans les représentations courantes, il est important de l’offrir à un garçon.

         Pour le reste, l’enquête connait quelques épisodes savoureux. Le cinéaste découvre une version animée pour la télévision de Petit Poney. Il ne doit pas être très difficile de retrouver le petit garçon qui interprète la chanson du générique. Et en effet la chorale dont il faisait partie existe encore. Sauf, oh surprise, que l’interprète en question n’est pas un garçon, mais une fille ! Le cinéaste a été abusé par les cheveux courts et surtout par son identification symbolique avec la vedette télévisée de son idole. Nous découvrons ensuite une collectionneuse possédant dans ses placards bien rangés un nombre impressionnant de petit poney de tous formats, de toutes couleurs et de toutes origines. Qui aurait pu imaginer une telle passion pour un jouet en plastique aussi banal ? Dernière étape de l’enquête, la recherche de la petite boite en métal que le cinéaste a enterré jadis avec un marron devenu aujourd’hui un arbre. La boite en question demeurera introuvable. Elle contenant de petits messages qui pourraient révéler l’intimité entre le garçon et son jouet devenu son confident. Cette intimité restera enfouie dans le passé.