A COMME ANDES

Le mystère des lagunes, fragments andins de Atahualpa Lichy, Venezuela, 2011.

Si vous ne connaissez pas les Andes vénézuéliennes, ce film est une bonne occasion de les découvrir. Il nous offre en effet une plongée au cœur de ces hautes montagnes, avec des vues vertigineuses sur les profondes vallées, et des échappées tout près des nuages et même du ciel. Les images ont la beauté que l’on attend, n’évitant pas –comment serait-ce possible d’ailleurs – une part d’exotisme. Mais il évite de sombrer purement et simplement du côté du tourisme, car il réussit à nous faire pénétrer dans la vie des habitants de ces petits villages, de les suivre dans leur vie culturelle, en écoutant leur musiques et leurs chants, en participant presque à leurs danses et surtout à leurs fêtes, particulièrement colorées et bruyantes ! Une région reculée du monde, presque isolée, où les coutumes et traditions ancestrales restent particulièrement vivantes. Et comme aux plus belles heures du cinéma direct, celles de la trilogie de l’Île-aux-Coudres des Perrault et Brault, le film acquière une véritable portée ethnographique, sans jamais être exagérément didactique, même lorsqu’il s’agit de recueillir la parole de spécialistes.

Le film est construit de façon particulièrement ingénieuse. Si le générique nous présente, dans un texte en surimpression, la présence et la prégnance des légendes, la première séquence est beaucoup plus terre à terre. Nous rencontrons en effet l’animateur de la radio locale, seul moyen de communication dans cette région que les ondes hertziennes de la télévision ne peuvent pas atteindre. Et puis, nous le retrouvons dans sa tournée de « bibliomule », parcourant sur son animal les sentiers escarpés pour porter des livres aux enfants des villages les plus lointains. Et c’est un grand plaisir de voir la joie de ces enfants à son arrivée et leur attention dans la lecture d’un album. Nous sommes bien loin des légendes annoncées et il faudra attendre les dernières séquences du film pour aborder directement ce « mystères des lagunes » du titre. Entre temps nous aurons écouté beaucoup de chants et de musiques, surtout du violon, nous aurons assisté à la fête de la Saint Isidore et à celle de la Saint Benoit où les innombrables danseurs et musiciens, habillés comme la statue du Saint, ce sont passé le visage à la suie pour être noir comme lui. Tout cela et surtout la longue séquence de cette fête qui prend des dimensions inimaginables dans nos campagnes, nous conduit à petit pas vers cette évocation finale des lagunes de haute montagne et des croyances qui s’y rattachent. Le calme de l’eau après la furie de la multitude d’explosions de poudre qui scandent la fête. Pourtant les eaux des lagunes  ne sont pas vraiment dormantes.

Ce film est accessible en VOD sur Viméo. Un bonne occasion de faire des découvertes surprenantes.