E COMME ETATS-UNIS (1)

Episode 1

          Tous les quatre ans, à l’occasion des élections présidentielles américaines, le monde entier tourne son regard vers ce pays complexe considéré comme la première puissance mondiale. Le pays de la liberté ? L’incarnation de l’idéal démocratique ? Pour les européens habitués au suffrage universel direct, les élections américaines, avec ses primaires et un système de délégués par Etats, sont pratiquement incompréhensibles. Des élections aux résultats incertains, malgré la tyrannie des sondages…

Les Etats-Unis peuvent-ils encore nous surprendre ?

La diversité de son cinéma documentaire en tout cas, nous en montre des facettes souvent surprenantes, mais toujours significatives d’un pays qui peut encore faire rêver, mais  qui cristallise aussi les critiques et l’opposition au mode de vie de plus en plus dominant sur notre planète.

Retour sur quelques-uns des films phares de ce cinéma qui, bien que situé en dehors des circuits de production et de distribution dominés par l’industrie hollywoodienne, a réussi à gagner une place de premier plan dans le cinéma mondial.

Commençons cette série par un road movie documentaire, qui donne une vision saisissante de l’Est des Etats-Unis :

         Route one / USA, Robert Kramer , 1989

Partir du nord, de la frontière canadienne, là où commence la route one, et de la suivre jusqu’à son terme, au sud, à Key West. Un voyage nord-sud alors que toute l’histoire des États-Unis est marquée par l’appel de l’ouest. Mais il faut en finir avec les mythes, les grandes plaines, les Rocheuses, les déserts, la Californie. La route one, c’est la traversée d’une autre Amérique, les zones rurales, les petites villes, les grandes métropoles avec leurs buildings vus depuis les banlieues, les ghettos aussi.

Le début du film montre la forêt et le travail qui l’exploite. Quelques plans, un arbre abattu à la tronçonneuse, un bulldozer qui évacue les branchages, une machine qui charrie les troncs, les fumées d’une usine à papier, suffisent pour évoquer la destruction, la pollution, la mainmise de l’homme sur la nature. Dans le Maine, la première rencontre est celle d’une communauté indienne, les Pnobscot, lors d’un bingo (un loto) dont les bénéfices contribueront à leur survie. Là aussi, pas besoin de longs développements pour rendre compte de la situation actuelle de ces indiens rescapés de l’extermination. Plus loin, on entre dans l’intimité d’une communauté chrétienne. Au petit déjeuné, le père parle de Dieu à ses enfants de 5-6 ans préoccupés par leurs tartines de beurre de cacahouète. Au temple, le sermon du pasteur vilipende les parents qui cherchent à expliquer la vie aux enfants. L’éducation, la vraie éducation, n’a rien à justifier. Elle doit s’imposer, par la force physique s’il le faut. Dans une réunion publique, le même pasteur défend ouvertement le régime d’apartheid de l’Afrique du sud. Dans une autre micro-séquence, le patron d’une usine de pressing tient un discours des plus paternaliste vis-à-vis de ses ouvriers, dont il se targue d’assurer l’avenir. En contre-point, Kramer filme le travail à la chaîne dans une conserverie de poisson. Le film nous présente aussi quelques-uns des lieux marquants de l’histoire américaine. La maison de Thoreau par exemple, cet avocat qui osa défendre le capitaine John Brown, condamné à mort pour s’être élevé contre l’esclavagisme. A Boston, c’est aussi l’histoire des noirs, des soldats participants aux différentes guerres, qui est rappelée. A Washington, un guide présente la salle où fut rédigée la constitution américaine.  Recueillement ensuite devant le monument funéraire où sont inscrits les noms de tous les soldats américains tués au Vietnam, par ordre chronologique. Plus au sud, dans un « musée des tragédies », un plan rapide présentera la voiture où fut assassiné Kennedy à Dallas. Des traces du passé récent, mais aussi des fouilles découvrant des silex préhistoriques utilisés comme objets de tous les jours. Le rapport des américains à l’histoire de leur pays est pour le moins ambigu.

L’Amérique c’est aussi les pauvres, les défavorisés, les membres de communautés exclues du rêve américain, Indiens, Noirs, travestis, immigrés d’Amérique latine, comme cette femme venue du Salvador qui raconte la torture et le viol dont elle a été victime. Maintenant elle s’occupe de renseigner les sans papier à la recherche d’un travail.

Un film qui ne se veut pas un bilan définitif sur l’Amérique, mais qui en montre la diversité, le côté souvent imprévisible et surtout les aspects contradictoires.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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