E COMME ETATS-UNIS (2)

Episode 2 : regard sur l’économie

Capitalisme,  une histoire d’amour, Michael Moore, 2009.

Michael Moore part en croisade contre le capitalisme américain. Il le fait avec les moyens qui sont les siens, des moyens cinématographiques. Il essaie donc d’être spectaculaire. Par exemple, il arrive en camion devant des sièges de banques à Wall Street avec de grands sacs portant le signe $, et demande aux banquiers de descendre y verser l’argent pris au peuple américain. Ou bien il annonce réaliser des « arrestations citoyennes », toujours à Wall Street. Les vigiles imperturbables l’empêchent simplement de pénétrer dans les bâtiments. Les policiers ont plus de mal à lui interdire de filmer. Alors il dépliera sur les grilles de la rue un grand rouleau de collant jaune comme ceux qui délimitent les chantiers. Michael Moore est fidèle à son personnage de provocateur un peu bouffon avec son mégaphone, sans oublier son éternelle casquette.

Moore n’est pas économiste. Il se moque d’ailleurs pas mal des spécialistes qui ont du mal à expliquer les mécanismes de la finance. Alors il en reste aux idées générales, simplificatrices bien sûr, voire quelque peu simpliste.  Moore se garde bien de se lancer dans des théories politiques. Si tout va mal dans le système capitaliste, c’est la faute de quelques méchants, les banquiers, à qui Reagan, cet « homme sandwich », a tout simplement confié les commandes de l’Etat. Et puis, il y a  la détresse de ces Américains jetés à la rue, expulsés de leur maison par la police agissant au nom d’une banque qui les a bernés. « On essaie juste de survivre » dit une femme en pleurs. « Entre ceux qui ont tout et ceux qui n’ont rien, il n’y a plus de milieu » dit un homme qui lui aussi a tout perdu. Le capitalisme n’était-il pas pourtant, le « meilleur mode de vie au monde » ?

 

Cleveland contre Wall Street, Jean-Stéphane Bron, 2010.

Le film organise un procès (fictif puisqu’il n’a jamais eu lieu), entre la ville de Cleveland, très durement touchée par la crise financière de 2008 et les banques qui en sont l’origine. les différents épisodes du procès sont organisés en séquences qui s’enchaînent selon une gradation subtile. On part de l’émotion de ce policier ex-membre de la brigade d’expulsion au bord des larmes en racontant son intervention chez une vieille dame qui perd tout en perdant sa maison. Et on finit par l’ancien conseiller à la maison Blanche sous Reagan, partisan du libéralisme absolu dont il décrit dans pathos aucun, sans un quelconque sentiment, les mécanismes. Entre les deux, on écoute les victimes des subprimes, mais aussi ceux qui ont d’une façon ou d’une autre joué un rôle dans la crise. Un ex-dealer devenu courtier qui a su s’enrichir grâce aux commissions payées chaque fois qu’il place un prêt « subprime ». Ou bien encore cet informaticien, auteur du logiciel qui sera utilisé par toutes les banques pour transformer les hypothèques en produits financiers.

Ne nous faisons pas d’illusion, le véritable procès de Wall Street n’est pas pour demain. De toute façon, en quoi Cleveland et les habitants pauvres de ses quartiers défavorisés peuvent-ils inquiéter un tant soit peu l’empire de la finance ? Si par miracle ils obtenaient quelques compensations financières, quelques miettes par rapport aux gains des banques, qu’est-ce que cela changerait à leur situation ? Car la morale de l’histoire, et du film, n’est-elle pas qu’il y aura toujours des pauvres tant qu’il y aura des riches ?

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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