E COMME ETATS-UNIS (3)

Episode 3. Retour sur le problème noir, de la lutte pour les droits civiques à la dénonciation du racisme. Des films qui prennent positions.

Crisis, de Robert Drew, 1963

Le gouverneur de l’Alabama, George Wallace, Robert Kennedy, ministre de la justice, Vivian Malone et James Hood, deux étudiants noirs. Le gouverneur de l’Alabama, George Wallace, s’oppose à l’entrée des deux étudiants noirs dans l’université « blanche » d’Alabama malgré un ordre de la Cour fédérale que le ministre de la Justice, Robert Kennedy, est chargé de faire appliquer. L’enjeu politique est considérable pour l’avenir des États-Unis et pour l’égalité des Blancs et des Noirs dans le pays. C’est en même temps le sens général de la présidence de John Kennedy qui est en jeu. Va-t-il ou non s’engager en faveur de l’égalité raciale ? Une crise grave, déterminante pour l’avenir d’un pays bien au-delà de l’avenir personnel de celui qui le dirige. Le film est le récit de cette crise, minute par minute, jusqu’à son dénouement. « Behind a présidential commitment », dit le titre. Il montre que gouverner, c’est décider, s’engager. À quel prix ? À quelles conditions ? Comment un homme, fut-il président du plus grand pays du monde, peut-il prendre des décisions déterminantes pour le mode de vie de millions de personnes ?

Free Angela Davis and all political prisoners, Shola Lynch, 2011.

Les années 70, en Amérique, sont les années de la contestation, contre la guerre au Vietnam et pour les droits civiques des Noirs. A travers le parti des Black Panters, à travers le parti communiste américain et le groupe Che-Lumumba Club auquel Angéla Davis adhère dès 1968, c’est la révolution qui est engagée, ou du moins espérée. « Le pouvoir au peuple », tel est le mot d’ordre sans cesse répété dans les meetings et les manifestations. Et la lutte armée apparaît comme le seul moyen d’y parvenir. Comme le dit le film, les Etats Unis, et principalement la Californie, sont en état de guerre.

Le film est centré sur le procès intenté à Angela Davis à la suite de l’évasion manquée en 1970 de trois militants noirs, les Frères de Soledad, qui se terminera par la mort d’un juge pris en otage. Les armes utilisées ont été achetées par Angela et elle militait effectivement pour la libération des prisonniers politiques noirs. L’occasion est trop belle pour le pouvoir de se débarrasser de cette brillante intellectuelle qui est déjà un symbole des luttes révolutionnaires. Elle est accusée de meurtre, séquestration et complot et encourt trois fois la mort.

Originaire d’Alabama, elle fait des études de philosophie à New York et surtout en Allemagne, ce qui lui permet d’obtenir un poste d’enseignante à l’université de Californie. Son adhésion au parti communiste est connue et dérange. Une femme, noire, communiste, peut-elle être acceptée dans cette fonction d’enseignant, d’autant plus que son chartisme attire une foule de plus en plus nombreuse d’étudiants. Son exclusion de l’université la rendra encore plus célèbre et sera l’occasion de manifestations de soutien qui préfigureront celles qui marqueront son procès.

En 2011, Angela Davis, si elle n’apparaît plus physiquement comme l’icône des afro-américains qu’elle fut, reste engagée dans une vigilance vis-à-vis des valeurs qu’elle a toujours soutenues.

Black Panthers, Agnès Varda, 1968.

A Oakland, en Californie, lors du procès d’un des leaders du parti des Black Panthers, Huey Newton. Sur la pelouse, devant le palais de justice, Varda va et vient. Elle filme les enfants, les femmes, les musiciens sur l’estrade où prendront la parole les orateurs. Elle filme aussi les groupes de Black Panthers dans leurs défilés militaires. Elle interroge ceux qui sont venus. Pourquoi sont-ils là ? Dans sa prison elle interroge le leader noir. Dehors ses porte-parole développent leurs positions politiques. Sur le procès de Newton, Varda ne prend pas position. Mais, dans le courant du film, elle ne cache pas qu’elle est plutôt du côté de la panthère, cet animal magnifique qui n’attaque pas l’homme mais se défendant toujours férocement, que du côté des « cochons » comme elle traduit la désignation de la police « brutale » d’Oakland. Lorsqu’elle ne filme plus les manifestations, c’est pour longer le ghetto où sont parqués les Noirs de la ville. Dans ce film de 30 minutes, très dense, Varda a réussi à capter l’ambiance de violence qui oppose les communautés. Il constitue aujourd’hui un document significatif de cette époque.

             Sud, Chantal Akerman, 1999

Voyageant dans le sud des États-Unis, Chantal Akerman va consacrer le film qu’elle tourne au Texas au crime raciste particulièrement odieux qui vient d’être commis à Jasper. James Byrd Jr, un Noir connu de tous, a été battu par trois Blancs qui l’ont ensuite attaché derrière leure camionnette et traîné sur la route pendant plusieurs kilomètres. La cinéaste se situe clairement du côté de ceux qui condamnent sans appel de tels actes. Mais son film, s’il dénonce le racisme, n’est pas un réquisitoire en bonne et due forme. Il ne cherche pas non plus à expliquer. Il rend simplement compte des faits. Ils sont suffisamment parlants en eux-mêmes.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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