E COMME ÉTATS-UNIS (4)

L’immigration. L’actualité brulante…

Deux films présentant des  portraits d’immigrés, à New York et en Californie du sud. Des portraits pour le moins contrastés !

Taxiway, Alicia Harrison, 2013.

Un film qui se passe dans des taxis dont les chauffeurs sont tous des immigrés aux Etats Unis. Des taxis de New-York. Une façon de découvrir la vielle aussi. De parcourir des rues et des avenues où il y a souvent beaucoup de circulation, beaucoup de taxis d’ailleurs. Dans les avenues commerçantes il y a beaucoup de piétons sur les trottoirs. Dans d’autres rues, il y a presque personne. Les buildings sont moins hauts. Il y a même des arbres en bordure des voies de circulation. Une vision de la ville qui n’en reste pas aux clichés traditionnels.

Le film nous propose une série de portraits de ces chauffeurs, tous immigrés, venant d’Inde (la seule femme), du Ghana, de Colombie, du Maroc, du Brésil ou d’Ouzbékistan. Tous sont contents de leur travail, « a good job », tous parlent anglais, tous connaissent parfaitement la ville, tous ont le sens de l’entraide. Leur taxi, c’est un peu leur maison. Ils évoquent les difficultés rencontrées à leur arrivée. Ils ne s’appesantissent pas sur ce côté négatif. Maintenant on les sent intégrés, sans doute grâce à leur travail. Pourtant ils restent souvent l’objet de remarques xénophobes voire racistes. L’un d’eux raconte comment, alors qu’il écoutait à la radio une émission très critique vis-à-vis de Bush, le passager à côté de lui finit par lui dire « tu n’es même pas américain ». A quoi il répondit « je suis plus américain que toi. Moi j’ai choisi de le devenir. Toi tu es né ici ». Il y a toujours un certain humour dans les anecdotes qu’ils évoquent pour la cinéaste. Un  marocain par exemple a un ami d’enfance qui lui a immigré en Italie. Au téléphone il l’appelle Taxi Driver, et il raconte cela en imitant la voix de De Niro. D’ailleurs le cinéma est très présent dans le film. A un feu rouge, un groupe de photographes et de cinéastes investissent la chaussée devant le taxi arrêté. Une femme habillée de cuir noir pose devant eux, dos à la caméra de la réalisatrice qui filme la scène depuis le taxi. Quand le feu redevient vert, le groupe disparaît aussi rapidement qu’il était entré dans notre champ de vision.

Ici, l’immigration n’a pas que des côtés noirs.

De l’autre côté, Chantal Akerman, 2002.

Une frontière, dans le sud des Etats-Unis. D’un côté il y a ceux qui ont tout et de l’autre ceux qui n’ont rien. On comprend aisément alors que ceux qui sont du mauvais côté veuillent passer « de l’autre côté », pour trouver des conditions de vie meilleures, échapper à la misère et à la faim. Ils sont prêts à tout, à risquer leur vie s’il le faut, car bien sûr, les riches font tout pour les repousser, pour ne pas être envahis, comme ils disent.

Chantal Akerman aborde le problème de l’immigration clandestine des deux côtés de la frontière, au Mexique et en Californie. Du côté sud, au nord du Mexique ses rencontres sont éloquentes. Un jeune Mexicain qui raconte comment son frère a péri avec la majorité de ses compagnons dans le désert où ils s’étaient perdus. Elle rencontre ensuite une vieille dame et son mari. Eux, ce sont leur fils et leur petit fils qui sont morts en voulant aller au nord. Elle interroge aussi un garçon de 14 ans, pris sans papier et qui a été mis en prison avant d’être envoyé dans un orphelinat. Il n’a qu’une idée, tenter sa chance à nouveau. Comme ce groupe de clandestins qui ont été recueillis et nourris mais dont la situation est bien précaire. Une suite de véritables tragédies.

De l’autre côté le ton change. La transition est brutale avec ce panneau, « Halte à la montée du crime. Nos propriétés et notre environnement sont détruits par l’invasion. » Le patron d’un petit restaurant est le plus nuancé. Il affirme éprouver de la compassion pour les immigrés. Un homme plus âgé lui n’a pas de sentiment. Puisqu’on vient l’agresser en rentrant sur son terrain malgré l’interdiction, il n’hésitera pas à utiliser son fusil pour se protéger. Le shérif fait appel à la loi et à la valeur pour lui fondamental de la constitution américaine, la propriété. En Californie du sud le mur et la surveillance policière ont rendu la frontière de moins en moins facile à franchir. Ils sont pourtant toujours aussi nombreux à tenter leur chance. On le sait depuis le début du film, beaucoup n’en reviennent pas.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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