R COMME ROI (de Roumanie)

La Guerre du roi film de Trevor Poots, 2016.

Ce film se donne comme objectif de réparer un oubli de l’histoire (des historiens ?), en mettant en lumière le rôle joué par le roi Michel 1° pendant la seconde guerre mondiale. Un rôle qui, selon le film, est loin d’être négligeable, puisqu’il aurait permis d’écourter la guerre d’environ 200 jours. Le film insiste sur le courage et la détermination de ce jeune roi de 19 ans, lorsqu’il accède au trône. Un hommage qui permet de comprendre l’histoire de ce jeune pays, pris en quelque sorte en tenaille entre l’Allemagne nazie (dont il est dans un premier temps un des alliés importants, surtout à cause de ses ressources pétrolières systématiquement utilisées par la machine de guerre hitlérienne) et les forces alliées, américaines et anglaises d’un côté et soviétiques de l’autre. Le roi est l’artisan de la rupture de son pays avec Hitler. Entreprise périlleuse couronnée dans un premier temps de succès, mais qui ne sera guère récompensée, puisque à Yalta, la Roumanie sera purement et simplement abandonnée aux mains de Staline. Le roi lui, devra abdiquer et s’exiler.

Le film utilise les moyens traditionnels du film historique, images d’archives et commentaires actuels par des spécialistes, historiens spécialistes de la guerre ou de la Roumanie, essentiellement anglophones. Mais le plus, et ce qui justifie le film, c’est le long entretien accordé par le roi, vieillissant mais parfaitement maître de ses souvenirs dans son exil suisse. Il fait donc le récit de son action, ce qui bien sûr est bien plus éclairant que tous les commentaires surajoutés par le cinéaste aux images. S’il y a un contraste particulièrement parlant entre les images de ce jeune roi pendant la guerre , plongé au cœur de l’histoire, et celle du même personnage aujourd’hui, alors qu’il est totalement hors des affaires politiques du monde et oublié de l’histoire, il n’y a cependant aucun décalage dans ses propos par rapport à la ligne adoptée par le film. Son discours actuel n’est aucunement une prise de distance par rapport à son action pendant la guerre. Il n’y a d’ailleurs dans le film aucune allusion à la Roumanie d’aujourd’hui , ni  sur le « règne » de Ceausescu. Mais peut-on lui reprocher de se centrer exclusivement sur l’histoire de ce roi et de son action pendant la guerre ?

Dernier point à souligner dans la réalisation du film : le recours à la reconstitution. De brèves séquences, jouées par des acteurs, mettent en scènes des moments décisifs de l’histoire dont on retrace le cours. Une tentative pour le réalisateur de donner un côté dramatique à son film en introduisant une sorte de suspens, peu opérant en fait, vu la brièveté des séquences. Si cette pratique rompt la monotonie qui guette bien des films historiques dans l’alternance systématique images d’archives / commentaires spécialisés, elle reste quand même relativement superficielle, donnant tout au plus au film un habillage fictionnel. Il aurait peut-être été plus pertinent de creuser le décalage temporel que permettait la présence du roi aujourd’hui par rapport aux images d’archives.

 Film sélectionné, en compétition documentaires, au festival international du film d’histoire de Pessac,  novembre 2016.

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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