Y COMME YAKUZA

Kijima stories de Laetitia Mikles.

Un film enquête, un film portrait ; un film dessin, un film poème ; un film voyage, un film rencontre ; un film aventure aussi, un film policier, enfin presque ….

Peut-on ne plus être un yakuza, lorsque depuis l’âge de 16 ans l’on a fait partie d’un clan et partagé toutes ses activités ? Peut-on redevenir un homme, simplement un homme comme les autres, un homme honnête. C’est si rare que la presse en fait un de ses titres à propos de M. Kijima. S’il n’est plus yakuza, comment cela a-t-il été possible ?

Les yakuza, les mafieux du Japon. Mais ce terme est intraduisible, sauf de faire image. Sur le mode Chicago, les gangsters ; sur le mode film français d’avant la nouvelle vague, la pègre ; sur le mode cité de banlieue, les voyous ; sur le mode boite de nuit sur la Riviera, le milieu…

Des yakuza, le film évoquera, de petites touches fugaces, leur mythologie. Le code d’honneur des clans, leur hiérarchie, le doigt coupé, le dos entièrement recouvert de tatouages, en couleur. De M. Kijima, on ne saura rien, mais on pourra imaginer bien des choses.

Quitter les yakuzas ? A ses risques et péril. Et à condition d’être aidé, beaucoup. Pour l’un ce sera la photographie, et il s’y consacre entièrement, au point de ne plus quitter son appareil. Pour un autre, ce sera la religion, rencontrer une Église, suivre l’enseignement d’un prophète ; ou se retirer du monde en devenant moine. La voie la plus ardue : sur 10 qui viennent au monastère, un seul reste. M. Kijima est peut-être de ceux-là.

Et les femmes ? Existe-t-il des yakuzas féminines ? Si l’on en croit les tatouages que porte celle que la cinéaste rencontre, on peut croire que cela doit bien exister. Mais comme les autres, ceux qui ont accepté de parler à la caméra, elle se contente d’allusions. Avoir été yakuza ne s’avoue qu’à mots couverts.

Le film pourrait être aussi un road movie. Et il y a bien des plans de routes, des routes qui défilent devant nous, sans que l’on sache qui est à l’intérieur du véhicule (une voiture fantôme ?) Il n’y a pas vraiment de paysage à admirer. Des champs, des prairies, quelques travailleurs occupés à faire les foins. Si l’on ne nous avait pas dit que nous sommes au Japon, que nous avons quitté le sud pour nous rendre dans le nord, on pourrait se croire dans une campagne du centre de la France. Sauf que les dessins réalisés à l’encre noire, d’un pinceau fin et agile, nous obligent à quitter l’occident. Comme les dos tatoués des yakuza.

Pourtant, Kijima stories n’est pas un film sur les yakuzas. Ce n’est même pas un film sur le Japon. C’est plutôt un film sur le dessin, un art tout en subtilité qu’il nous montre dans sa réalisation même, en gros plans cadrant exclusivement la feuille et le pinceau. Et l’encre qui vit sur la surface du papier, qui se mélange, qui crée des formes, et presque des couleurs dans les nuances de gris. Jamais l’artiste. S’agit-il de M. Kijima ?

Dans une autre vie, M. Kijima deviendra cinéaste. Ce serait sans doute un excellent moyen de quitter le monde des yakuzas.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

Une réflexion sur « Y COMME YAKUZA »

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