H comme Hamadi (Dieudo)

Son dernier film Maman Colonelle vient de recevoir le Grand Prix de la compétition internationale au festival Cinéma du réel, 2017. Une bonne occasion de revenir sur ses films précédents, qui d’ailleurs ont eux aussi été primés dans ce festival. Un cinéaste qui nous montre avec une grande perspicacité les réalités de son pays, le République Démocratique du Congo : la politique, l’éducation, la guerre

Atalaku

Prix Joris Ivens au festival Cinéma du réel, Paris, 2013.

Le film est centré sur le pasteur Gaylor qui va devenir le temps de la campagne électorale (pour les élections de 2011, des élections libres, ce qui est rare en RDC puisque ce sont seulement les seconde depuis l’indépendance en 1960) « Atalaku », c’est-à-dire « crieur ». Il met ses compétences de tribun, habitué à haranguer les foules, au service du candidat le plus offrant. Il parcourt alors les rues de Kinshasa muni d’un porte-voix pour drainer le plus de monde possible au meeting tenu par un des candidats pour lequel il travaille. Il va dans les marchés et distribue quelques billets de banque qui ne servent pas officiellement à acheter des votes. Il fréquente, et le cinéaste avec lui, les « observateurs » ou les membres de la NSCC (Nouvelle Société Civile Congolaise), des femmes surtout dont le teeshirt proclame clairement leur programme. « Un autre Congo est possible avec la femme ».

La violence est omniprésente dans la politique. La nuit, dans un groupe de jeunes, une bagarre éclate. Le cinéaste filme une partie de la scène dans le noir et le lendemain il montre les visages couverts de pansements évoquant les coups de couteau. Dans la séquence filmée deux mois après le scrutin, les manifestants s’opposant par jets de pierre à l’armée sont filmés au ralenti, sans son. Le film se termine par la retransmission en off du serment prêté par le président élu (Kabila). Le cinéaste ne donne pas sa position personnelle sur le résultat de l’élection. Mais la façon dont il a filmé les Congolais tout au long de la campagne montre clairement son engagement politique, auprès du peuple.

Examen d’Etat

Prix international de la SCAM, prix des éditeurs/Potemkine. Festival Cinéma du réel, Paris, 2014

.Pendant une année, le cinéaste va suivre la préparation par un groupe de garçons et de filles de l’examen national, l’équivalent du baccalauréat. La préparation, ou plutôt le parcours du combattant que doivent affronter ces jeunes lycéens pour pouvoir passer l’examen et espérer être reçu à ce diplôme qui représente pour eux l’avenir, l’espoir d’un avenir meilleur. Réussir à l’examen n’est certes pas facile. Mais c’est surtout les conditions de la préparation qui vont poser problème pour la majorité des élèves. Arriver jusqu’à la salle d’examen est déjà un exploit. Réussir est alors presque plus une question de chance que de compétence. De chance, et d’argent. Car les cours de préparation sont payants et l’administration opère une chasse à ceux qui n’ont pas acquitté la « prime aux professeurs ». Une bonne partie des élèves sont alors expulsés de la salle de classe et un recourt auprès du proviseur ne servira à rien. Ces exclus devront essayer de s’organiser entre eux pour préparer l’examen par leurs propres moyens, trouver un local où se réunir et se mettre au travail. Une prise en main de sa destinée certes, mais des conditions de travail bien difficile.

Alors il faut mettre toutes les chances de son côté. Faire appel à un marabout par exemple.. Chaque soir un de ces élèves qui travaille comme manutentionnaire au marcher prendra une douche avec de l’eau dans laquelle auront macéré des herbes. Il fera pourtant partie de ceux qui échoueront, ce qui est dramatique pour lui, puisque l’examen est la seule possibilité qu’il peut avoir d’échapper à sa condition actuelle. Mais peut-être n’a-t-il pas fait le bon choix ? D’autres font apparemment plus confiance aux pouvoirs d’un prédicateur qui récolte les dons en espèces dans son église et bénit les stylos-billes pour assurer la réussite à l’examen. Face à la religion et à la superstition, il y a pourtant un autre moyen de s’assurer du succès : l’achat des réponses aux questions des épreuves. Les fuites sont en effet généralisées, mais multiples et la difficulté est alors de se procurer les bonnes.

Le filmage de l’épreuve ne manque pas d’humour. Le réalisateur insiste sur les moyens de protection des sujets (valises fermées par plusieurs serrures, enveloppes qu’il faut découper à la lame de rasoir) alors que nous savons que les réponses sont connues de tous à l’avance. Pourtant, les visages en gros plans des candidats qui attendent le début de l’épreuve sont marqués par l’angoisse.

Deux mois après les épreuves, les résultats tombent. C’est par téléphones portables qu’ils sont accessibles. Toute la ville est envahie par les jeunes klaxonnant à qui mieux mieux sur leurs motos. On a du mal à imaginer que l’obtention du diplôme provoque une telle explosion d’enthousiasme à la limite du délire. Ceux qui sont reçus sont recouverts de farine, de lait ou de toute autre substance blanche. Assurément le plus grand moment de leur vie.

 

Auteur : jean pierre Carrier

Auteur du DICTIONNAIRE DU CINEMA DOCUMENTAIRE éditions Vendémiaire mars 2016. jpcag.carrier@wanadoo.fr 06 40 13 87 83

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